Le poète français Jean Sénac (1926-1973)
Le poète français Jean Sénac (1926-1973) - DR
Le poète français Jean Sénac (1926-1973) - DR
Le poète français Jean Sénac (1926-1973) - DR
Publicité

Dans ce 4e et dernier quadrithème consacré à la Méditerranée littéraire, Charles Dantzig rapproche deux poètes qui, à près de vingt siècles d’écart, sont tristement morts au bord de cette mer : Ovide et Jean Sénac.

Né en 1926 à Béni Saf, en Algérie,  Jean Sénac a été assassiné en 1973 à Alger, et le meurtre est resté irrésolu. Sa poésie rappelle beaucoup celle de Garcia Lorca, autre poète assassiné tout près de la Méditerranée, de l’autre côté, en Espagne. Le sort des poètes sur les pourtours de cette mer n’a vraiment pas toujours été faste. L’un des plus anciens, Ovide, y a fini tristement - c’est d’ailleurs le titre d’un de ses livres, Les Tristes - exilé par l’empereur Auguste. Et depuis deux mille ans, on en cherche la raison.

Mon idée est qu’Ovide avait a la fois du génie et de l’allégresse, ce qui crée beaucoup d’ennemis. Le génie n’est excusé que s’il prend l’apparence utilitaire et pompeuse. Il avait beaucoup d’esprit, autre crime. Ovide avait publié quelques livres légers et anodins comme L’Art d’aimer, ou encore un traité de maquillage. Et puis un jour, exil en Scythie, dans l’actuelle Roumanie, à Constanza. Pourquoi ? Pour rien, peut-être. Il avait suffi que ses moqueries agacent le monarque. Et peut-être que celui-ci, qui avait une fille partouzeuse, a soupçonné Ovide de savoir des choses. C’était un hypocrite, Auguste. Comme tous les tyrans, il a régné par la morale. Quand la politique est interdite aux peuples, on les subjugue en leur désignant des ennemis supposément immoraux et en les réprimant sexuellement. Bien des pays arabes de confession musulmane subissent actuellement cela. Auguste a fait supprimer des archives d’Etat les œuvres d’Ovide, mais aussi celles de son père adoptif, César, à qui il devait tout. Mais voilà, dans sa de jeunesse, César avait écrit des poèmes érotiques ! Et Ovide est mort dans cet exil à demi barbare, où il ne devait trouver personne avec qui avoir une conversation décente.

Publicité
28 min

Près de deux mille ans plus tard, Jean Sénac exprimait de la joie. Une joie parfois politique, et on trouve dans certains poèmes une exaltation d’époque, comme une ode à Fidel Castro, qui n’était pas antipathique parce qu’elle ne partait pas d’une malveillance. Sa joie la plus manifeste est sexuelle. Il aimait les hommes, Arabes ou non. Un de ses poèmes sur un amoureux arabe contient un blasphème comique sur le Coran. Quant à un autre amoureux, qui se prénommait Jacques, il s’amuse parfois à écrire Jaaaaaaacques, comme s’il faisait jouir. Un des de poèmes de Sénac s’intitule Le mythe du sperme - Méditerranée. Allez, va, on peut aussi jouir de la mer.

29 min