Vladimir Poutine lors de la parade militaire, le 9 mai 2022.
Vladimir Poutine lors de la parade militaire, le 9 mai 2022. ©AFP - Kirill Kudryavtsev
Vladimir Poutine lors de la parade militaire, le 9 mai 2022. ©AFP - Kirill Kudryavtsev
Vladimir Poutine lors de la parade militaire, le 9 mai 2022. ©AFP - Kirill Kudryavtsev
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La diplomatie peut-elle arrêter la guerre ? Face à la belligérance, quelle stratégie adopter : celle des armes ou celle de la parole ?

Avec
  • Pierre Vimont Diplomate
  • Louis Gautier Universitaire spécialiste des questions internationales, stratégiques et de défense, ancien secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale
  • Jérôme Pellistrandi Rédacteur en chef de Revue Défense Nationale (RDN)

Depuis près de cinq mois, à l’ombre de l’offensive russe en Ukraine, se dessinent deux visions : l’une qui cherche à en finir au plus vite, l’autre qui veut faire payer la Russie pour sa cruauté et son impérialisme du nouveau monde. L’Union européenne commence à se fissurer à ce sujet entre "camp de la paix" et "camp de la justice". Que peut la diplomatie dans ce débat ? Et plus largement, pourquoi continuer de discuter avec l’ennemi quand la guerre est déclenchée ? Dans cette zone grise entre belligérance et indifférence, quelle est la plus efficace des stratégies : celle qui parle par les armes ou celle qui use de la voix ?

Les invités

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  • Général Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la Revue Défense Nationale (RDN)
  • Louis Gautier, président de la 3e chambre à la Cour des comptes, universitaire spécialiste des questions internationales, stratégiques et de défense, ancien secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale
  • Pierre Vimont, diplomate, représentant spécial d'Emmanuel Macron pour la Russie, ancien ambassadeur de France aux États-Unis

Guerre en Ukraine : la diplomatie affaiblie

Représentant spécial du président de la République pour l'architecture de sécurité et de confiance avec la Russie depuis 2019, le diplomate Pierre Vimont, constate que : "Dans une guerre de haute intensité, comme celle dans laquelle on se trouve aujourd'hui, la diplomatie n'a plus grand chose à faire ; son champ d'action est extrêmement limité (…). Au tout début de cette guerre, il y a eu une ébauche de négociation entre la Russie et l'Ukraine, d'abord à la frontière avec la Biélorussie et pendant plusieurs jours de manière assez approfondie à Istanbul, rappelle-t-il. Tout s'est arrêté quand on a découvert les horreurs de Bucha et tous les massacres aux environs de Kiev. À ce moment-là, pour les Ukrainiens, il n'était plus possible de parler avec la Russie – et c'est compréhensible. La coalition des pays européens et de l'Amérique s'est rangée comme un seul homme derrière l'Ukraine".

Quant au général Jérôme Pellistrandi, il nous fait remarquer "qu’on est dans une situation où personne ne peut gagner, personne ne peut perdre. C'est ce qui est compliqué. On arrive à une espèce de plateau dans lequel les Ukrainiens ont réussi à bloquer et à faire échouer les plans initiaux russes, mais ils n'ont pas les moyens de (les) renverser. Ce qui est très inquiétant, c'est que c'est un conflit qui s'installe dans la durée et avec une intensité comme on ne l'a pas vue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe".

Axe militaire ou démarche diplomatique : quelle stratégie pour arrêter la guerre ?

Pour le général Jérôme Pellistrandi, "le travail entre militaires et diplomates est absolument fondamental, c'est leur quotidien." À la condition d’un dialogue permanent, cela "permet de réagir très rapidement face à une menace qui n'a cessé de s'accroître depuis le 24 février 2022".

Pierre Vimont ajoute que la complémentarité entre militaires et diplomates est essentielle, "parce qu’ils regardent la crise sous deux angles différents. Pour ce qui concerne les diplomates, ils apportent une vision géopolitique devenue de plus en plus complexe dans un monde multipolaire. (…) Les diplomates apportent leur connaissance de ce qui est en train de se passer dans les pays parties prenantes au conflit, pour expliquer quels sont les intérêts qui les amènent à être présents dans un tel conflit, pour voir ce qui les motive, pour essayer de voir comment on peut faire pression sur eux, comment on peut essayer de travailler avec eux pour arrêter ce conflit".

À la question "Peut-on arrêter la guerre ?", Louis Gautier répond par l’affirmative. L’ancien secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale rappelle que : "Le premier qui pourrait l'arrêter, c'est évidemment Vladimir Poutine qui l'a enclenchée sur des objectifs de guerre qu'il a maintenus suffisamment flous pour décider le moment où il pourrait l'arrêter". La question de savoir qui peut la gagner est, elle, plus épineuse. "On peut envisager ou accompagner un cessez-le-feu, mais il ne sera possible que si les Russes considèrent qu'ils ont déjà obtenu un gain suffisant, précise Louis Gautier. Il ne faut pas que ce cessez-le-feu débouche sur la reconnaissance de l'inacceptable. C'est toute la difficulté".

Références sonores

  • Extrait du documentaire  Un président, l'Europe et la guerre de Guy Lagache, à voir ou revoir sur france.tv
  • Archive de Dominique de Villepin alors ministre des Affaires étrangères à la tribune des Nations Unies en 2003 à propos de la guerre en Irak

Pour aller plus loin :