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photo Russie
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© Radio France

Le renard :Corbeau, tu vas voter pour Poutine ?Le corbeau se tait. Le renard répète :Bon allez corbeau, tu vas voter pour Poutine ?Le corbeau se tait. Le renard insiste :Allez, corbeau, dis moi, tu vas voter pour poutine ?Le corbeau finit par ouvrir le bec : OUIIIIILe fromage tombe, le renard s’en saisit et s’enfuit.Le corbeau pensif : Et si j’avais dit non, qu’est-ce que cela aurait changé ?Cette anecdote russe rapportée par Amandine Régamey dans son livre : Prolétaires de tous les pays, excusez moi ! Dérision et politique dans le monde soviétique illustre bien que « L'époque de la domination totale est révolue ».A Moscou et dans les grandes villes, ils sont des milliers, jeunes et vieux, libéraux et communistes, gauchistes et nationalistes à manifester pacifiquement. Jamais depuis l’implosion de l’URSS, de telles foules n’avaient été rassemblées. Au cœur de la colère, les élections législatives. Truquées sans vergogne. Au point que le parti Russie Unie, le parti au pouvoir, arrivé en tête avec 49,3% des voix et une majorité absolue à la Douma aurait, selon les experts, glonflé son score d’un tiers. Des manipulations abondamment filmées par les internautes, les vidéos montrant des mains jetant à la va vite des liasses de bulletins dans les urnes….Et les manifestants d’exiger de nouvelles élections, reprenant en chœur le slogan popularisé par le jeune bloggeur Alexei Navalny « Russie Unie, parti des escrocs et des voleurs », clamant aussi « Poutine, dehors », « Poutine en Tchétchénie » ou « Une Russie sans Poutine »…Et Mikhaïl Gorbatchev de demander l’annulation de l’élection et le Parlement européen de réclamer mercredi l'organisation de « nouvelles élections libres et régulières »… La peur a changé de camp et la Russie n’est n’est plus le pays muselé, résigné, apathique qu’elle était devenue depuis que Vladimir Poutine en était l’homme. Oui, les Russes sont déçus par ce jeune espion tout en muscles qui leur avait promis de chasser les voleurs et de leur rendre une dignité nationale….Et sa morgue, à peine contenue à l’égard de cette contestation vendredi dans son show télévisuel annuel, ses diatribles anti-occidentales, ses philippiques contre les Etats-Unis, accusés de financer l’opposition, ses promesses de libéralisation politique ne suffiront pas à ramener la confiance…..Alors jusqu’où ira ce printemps russe que personne n’attendait plus et qui déjà destabilise le clan Poutine. L’heure de « la servitude volontaire », chère à la Boétie a-t-elle sonné ? La démocratie d’apparence a-t-elle vécu ?

On croyait les russes fâchés avec la démocratie. Par mépris ou méconnaissance, on les disait peu sourcilleux à l'égard de la tyrannie, peu résistants face à l'autocratie. Pour des raisons quasi-ataviques, ce grand pays des tsars et du communisme bureaucratique serait réfractaire à l'idée démocratique. C'était oublier bien vite que la démocratie des soviets s'est très tôt opposée à la dictature bolchévique, comme lors de la révolte de Kronstadt qui s'est déroulée en mars 1921 avant que les troupes de Léon Trotski ne décident de tirer sur ces marins insurgés comme sur des perdrix ou des lapins. C'est oublier que ce peuple est autant celui de Pouchkine que celui de Poutine. C'est oublier le regain démocratique dont témoigne ces manifestants.Face à cette défiance historique, la stratégie du pouvoir en place est toujours la même : s'il ne parle plus directement d'agent de la CIA comme au bon vieux temps de la guerre froide, Vladimir Poutine évoque l'ombre de Washington qui financerait les manifestants. A Bruxelles, Dmitri Medvedev tente même d'acheter la paix électorale auprès de ces partenaires européens à coup de milliards d'euros. Pour comprendre les raisons d'une longue dérive autoritaire, nous avons décidé d'inviter deux observateurs engagés de la société russe. Marie Mendras , qui est professeur à sciences Po, chercheuse au CNRS et au CERI, qui a publié en 2008 aux éditions Odile Jacob Russie, l'envers du pouvoir et qui signé une tribune dans Le Monde en septembre 2011 où elle décryptait « la victoire du clan Poutine sur les institutions » et relevait déjà la « lucidité » des bloggeurs Russes à propos d'un pouvoir corrompu. André Glucksmann est également notre invité aujourd'hui. Philosophe connu pour avoir pensé les racines totalitaires du communisme et du marxisme dans les années 1970, célèbre pour avoir soutenu de nombreuses causes comme la résistance tchétchène, il vient de publier avec Elena Bonner, la militante des droits de l'homme et ex-compagne du prix Nobel de la paix Andréï Sakharov Le roman du juif universel paru aux éditions du Rocher. Dans une tribune du Monde du 14 décembre, il pose tout simplement la question qui est la nôtre aujourd'hui : « Après Ben Ali et Kadhafi, est-ce le tour de Poutine ? ». Mais il ne sera pas question ce soir que de Printemps Russe, de démocratie ou de corruption, de Russie de Pouchkine ou de Russie de Poutine, les Retours du Dimanche se penchent aussi dans la vie des idées qui agitent les pages débats du Monde sur Claude Lefort…. Enfin notre tour du monde, en compagnie de Patrick Jarreau , chef du service politique du monde, part à la recherche du 3e homme, la petite bête qui monte du Béarn, entendez de François Bayrou et de la réindustrialisation française….Mais écoutez d’abord l’ hommage que vos Retours ont voulu rendre a Vaclav havel disparu ce matin à l’aube à l’âge de 75 ans… Homme de théâtre, dissident, principal artisan de la révolution de velour, président, Vaclav Havel a incarné la lutte des intellectuels de l’Europe centrale contre le communisme …

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L'équipe

Nicolas Truong
Production
Agnès Chauveau
Production
Avril Ventura
Collaboration
Vincent Abouchar
Réalisation