De la guerre à la libération sexuelle : épisode 3/4 du podcast Histoires de rencontre : Nous deux, où, quand, comment ?

Baiser.
Baiser. ©Getty - CSA Images
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Le XXe siècle fait vivre à la conjugalité, l’amour et la sexualité un renversement historique. Retour sur ce siècle des contrastes, qui va de la naissance du baiser prude jusqu’aux corps à corps débridés, et qui va révolutionner la rencontre amoureuse durablement.

La guerre éclate. Les couples brusquement séparés écrivent leurs sentiments et leurs désirs par courrier comme le raconte l’historienne Clémentine Vidal-Naquet : “Pendant la Grande Guerre, il y a une démocratisation de la pratique épistolaire. Écrire une lettre, c'était réservé aux familles bourgeoises. Dans les familles de milieux plus populaires, chez les paysans, ce n'était évidemment pas le cas. Et donc, ce que j'ai constaté, c'est qu'il y avait tout de même des points communs dans ces correspondances. Le premier, c'est ce maintien de l'ordinaire. Et l’autre élément c’est qu’une partie des correspondants découvrent l'introspection et découvrent l'expression du sentiment amoureux par écrit et l'expression du désir sexuel”.

Après-guerre, les parents ont de moins en moins leur mot à dire sur le choix du ou de la conjoint(e) de leurs enfants. Les agences matrimoniales se transforment en presse spécialisée qui diffuse des petites annonces. L’individualisme triomphe avec l’avènement d’une société capitaliste et marchande.

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Grâce à la bicyclette, aux services d'autocar, puis à la voiture individuelle, dès l'entre-deux-guerres, on va de bal en dancing. Les lieux de loisirs se multiplient : le cinéma, les cafés, les boîtes, les surprises-parties. Ainsi, la sociologue Eva Illouz, explique : “Alors que jusqu'au XXᵉ siècle, les jeunes gens se rencontrent dans un cadre domestique, à la maison, en tout cas, pour la petite bourgeoisie ou la bourgeoisie, à partir du début du XXᵉ siècle et beaucoup plus après la Première Guerre mondiale, les rencontres vont se faire dehors, dans une sphère institutionnalisée du monde des loisirs.

Elle souligne, par ailleurs, que c’est à cette époque qu’apparait le mot ‘dating’ : “Aujourd’hui dans le mot ‘dating’, on n’entend que la signification amoureuse du terme. Mais dans dating, il y a aussi le fait que l'on sorte de la maison, parce quand l'homme allait chez la femme, ça s'appelait ‘calling on a woman’. Il allait chez elle, dans son espace domestique. ‘Dating’, c'est se rencontrer dehors. Et donc, il y a forcément aussi, cette connotation d'espace public commercial et commercialisée.”

La seconde guerre interrompt temporairement cet élan de la jeunesse mais dès l’après-guerre, les jeunes gens découvrent les joies du flirt et du baiser qu’Hollywood a contribué à standardiser. Le langage et les corps se libèrent. Les consciences aussi. La libération sexuelle bat son plein. Eva Illouz précise : “Après les années 60, la rencontre amoureuse se fait sur un mode individualiste. Les familles sont mises à l'écart, les rencontres amoureuses deviennent véritablement des rencontres sexuelles. On sépare entièrement la rencontre de la cosmologie religieuse. Il s'agit désormais de leur donner un caractère hédonique, c'est-à-dire que le but de la rencontre et de donner du plaisir. Et ça veut dire aussi que le but de la rencontre n'est plus le mariage.

Quant à l’historienne Anne-Marie Sohn, elle rappelle : “Avec l'arrivée de la pilule, tout est possible. Avec l'énorme avantage d'éviter des mariages réparateurs, comme je les appelle, qui ne sont pas forcément des mariages heureux. Et quand on couple ça, en plus, avec la légalisation de l'avortement, les femmes sont tranquilles. C'est un énorme progrès.”

Ces quelques années de légèreté et d’euphorie vont trouver leur point d’arrêt avec l’irruption du SIDA. Cette révolution sexuelle restera inachevée.

Un documentaire de Julie Navarre, réalisé par Jean-Philippe Navarre.

Avec :

Clémentine Vidal-Naquet (historienne),

Anne-Marie Sohn (historienne),

Claire-Lise Gaillard (historienne),

Jean-Claude Kaufmann (sociologue),

Eva Illouz (sociologue),

Marie Bergström (sociologue),

Sophie Jacotot (danseuse et historienne de la danse),

Yannick Ripa (historienne),

Michel Chomarat (Editeur et spécialiste de la mémoire LGBT), Maguy et Laura.

Archives Ina  : Véronique Jolivet

Documentation musicale : Virginie Gresset – Qiting Wang

Mixage : Hervé Dubreuil

Bibliographie

Liens

Partenariat

LSD, La série documentaire est en partenariat avec Tënk , la plateforme du documentaire d’auteur, qui vous permet de visionner jusqu'au 31/10/22 le film de Isabelle Broué - Lutine (97' - 2016)

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