Manifestation de Gilets jaunes, décembre 2018. ©Getty - Kiran Ridley
Manifestation de Gilets jaunes, décembre 2018. ©Getty - Kiran Ridley
Manifestation de Gilets jaunes, décembre 2018. ©Getty - Kiran Ridley
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Résumé

La rue sera-t-elle toujours à nous ?

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Depuis quelques années, au sein des manifestations traditionnelles, et parfois à côté d’elles, se développent des pratiques qu’on qualifie d’émeutes. Elles ont été particulièrement visibles dans ce qu’on appelle « le cortège de tête » et dans le mouvement des Gilets jaunes. On a parlé d’un retour au passé mais ces dites émeutes pourraient aussi bien être un nouveau visage des mouvements sociaux.

Quoi qu’il en soit, ces pratiques ont une histoire, une histoire qu’on ne trouve pas dans les livres mais qui se raconte de bouche à oreille, s’inscrit sur les murs de nos villes et parfois sur les corps des manifestants.

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Ainsi, Marco un manifestant, raconte le rôle des stades de foot, plus important qu’il n’y parait dans son parcours d’antifasciste : “Les stades, c'est des laboratoires de la répression et de la résistance pour les manifs. Il y a plein de techniques, comme les interdictions de manifester, qui sont juste une application aux manifestations des interdictions d'aller au stade pour les supporteurs”. Il confie par ailleurs l’une des raisons qui peuvent pousser à revenir manifester malgré, ou peut-être à cause de la violence : “Quand tu vas en manif sans être préparé et que tu te retrouves à avoir peur, à te faire frapper, il y a un truc d'impuissance. Et dans ces situations-là, il y a ceux qui se disent ce n'est pas pour moi. Et il y a ceux qui se disent si c'est comme ça, je vais revenir et je vais m'organiser.

Mais parfois, les manifestations tournent mal, même sans avoir participé aux émeutes comme pour Vanessa gravement blessée par un tir de LBD et marquée à vie : “Le policier qui a tiré, il m’a tué intérieurement, je suis morte à l’intérieur à cause de lui, l’ancienne Vanessa ne peut plus exister, n’existe plus, il a fallu que j’en crée une nouvelle.”

De son côté, Sébastien, un autre manifestant s’interroge : ”Qu'est-ce que l’on attend d'une manifestation ? Je pense que les cortèges où il ne se passe rien, où c'est juste une déambulation sans but précis, de Républiques à Nation, tout le monde s'en fout. Quelle efficacité ça a ?” d’ailleurs, il ajoute que “si les représentants politiques n'écoutent pas la rue quand ils parlent gentiment, il faut arrêter de parler gentiment”.

Pour Marco, l’émeute est une stratégie de persuasion : “Pendant six mois avec les gilets jaunes, l'avenue du luxe à la française a été complètement inaccessible. Ça, c'est des choses qu'il faut envisager comme des formes de grèves contemporaines”. Cependant, son ambition va plus loin : “Envahir l'Elysée, c'est un objectif. Après, il faut des années de Gilets jaunes, et d'encerclement du centre par les périphéries pour y arriver.”

Un documentaire d’Adila Bennedjaï-Zou, réalisé par Annabelle Brouard.

Avec :

Romain Huet, ethnographe

Dany, Barbara, Louise, Gilet jaune

Vanessa, Sébastien, Marco , manifestants

Chanson de fin :  "La rage" par Keny Arkana

Références

L'équipe

Perrine Kervran
Perrine Kervran
Perrine Kervran
Production
Annelise Signoret
Collaboration
Annabelle Brouard
Réalisation
Maryvonne Abolivier
Collaboration
Anahi Morales
Collaboration