Une mère et ses enfants au milieu des décombres fumants de leur ville après un bombardement nazi
Une mère et ses enfants au milieu des décombres fumants de leur ville après un bombardement nazi
Une mère et ses enfants au milieu des décombres fumants de leur ville après un bombardement nazi ©Getty - Bettmann
Une mère et ses enfants au milieu des décombres fumants de leur ville après un bombardement nazi ©Getty - Bettmann
Une mère et ses enfants au milieu des décombres fumants de leur ville après un bombardement nazi ©Getty - Bettmann
Publicité
Résumé

Que se passera-t-il quand les derniers témoins ne seront plus là ? Quand ils ne pourront plus dire : j’y étais ? Pour nous qui venons après, ils se souviennent. Bruit, odeur, couleur remontent à la surface.

En savoir plus

Plus de 80 ans après les premières rafles, les exils forcés et les premières bombes, des enfants de la seconde guerre mondiale et de la Shoah font remonter à la surface leurs plus anciens souvenirs : jouet abandonné, odeur de train, embrasement du ciel…

Ils ont tous les deux plus de 90 ans et gardent un souvenir absolument intact de leur enfance juive cachée dans les fermes et dans les caves. Pour George Arthur Goldschmidt, c’est le sentiment de la peur qui domine : "Même les Arbres ont peur. La peur est partout, elle ne vous mord pas, elle est comme une substance en vous". Pour Lucia Heilman, ce sont les cris qui l’assaillent toujours : "Ces voix, elles sont gravées pour toujours dans ma tête. J'entends toujours ces voix qui crient Heil Heil ! Ma mémoire ne les a pas occultées, au contraire, elles les a intensifiées".

Publicité

Peter Nadas, écrivain né à Budapest en 1942, évoque sa première sensation qui remonte à ses deux ans, celle d’un bombardement, des bras de sa mère, d’une cave, de la bombe qui éclate : “C’est là que commence mon premier souvenir”. Un premier souvenir “qui est toujours là, toujours en moi, je ne peux pas m’en détacher, car je parle ici de souvenirs que je n’aurais pas dû avoir, un enfant de cet âge n’a en principe aucun souvenir. Des souvenirs qui ont laissé des traces et qui ont considérablement marqué ma façon de percevoir et de concevoir le temps.”

Le dramaturge polonais Krystian Lupa est également né avant la fin de la guerre en 1943. S’il ne lui en reste pas de souvenirs, il se rappelle certaines sensations : “C’est étrange que je ne me souvienne pas de la guerre. Pourtant, elle revenait constamment dans mes rêves, cachée sous les ponts et les tunnels. Ce sont des souvenirs fascinants, ses premiers souvenirs d'enfance, toutes ces traces de la guerre. Elle était encore là, je la sentais dans l'air, cette présence des troupes, des chants des soldats qui défilent et ces traces encore visibles de l'inquiétude humaine”.

Alors que ces tout derniers témoins sont sur le point de disparaître, les générations suivantes racontent comment cette mémoire leur a été transmise et comment elle survit en eux comme “les petits cailloux” d’une mémoire trouée.

L’écrivaine Maya Haderlap, née en Autriche en 1961, se rappelle enfant écouter ce que racontaient les adultes : “Ils parlaient souvent de ce qui s'était passé avant, pas de ce qui s'était passé ailleurs, loin de chez nous, non, de ce qui s'était passé ici, dans le coin, dans cette région. Pour moi, le passé n'a jamais été quelque chose de lointain, bien au contraire, il a toujours été extrêmement présent. Il est vrai que nous vivons ici sur les lieux du crime”. Pour elle, “Les événements traumatisants se fixent, consciemment ou inconsciemment, de génération en génération”, même si à la mort de sa grandmère elle a craint de perdre ce passé : “J'ai eu l'impression que toute une époque disparaissait avec elle, que je perdais un passé qui n'était pas le mien”.

Pour l’historien François Hartog, ce à quoi peuvent aboutir ces exercices de mémoire, “c'est à une remise en marche du temps. Comme Bomba dans Shoah, le film de Claude Lanzmann, qui refait les gestes de coiffeur qu’il faisait à Auschwitz et entre au prix d'une douleur extrême dans son être de témoin“.

Un documentaire de Christine Lecerf, réalisé par Franck Lilin.

Avec :

Georges Arthur Goldschmidt, écrivain et traducteur et témoin

Maja Haderlap, écrivaine

Lucia Heilman, médecin et témoin

François Hartog, historien, spécialiste du temps

Krystian Lupa, dramaturge, metteur en scène

Reinhard Kaiser Mühlecker, écrivain

Peter Nadas, écrivain

Clara Royer, historienne et scénariste

Voix : Andrea Schieffer, Igor Mendjisky, Arben Bajraktaraj

Textes lus : George Arthur Goldschmidt, "Un jardin en Allemagne"

Traduction : Agnieszka Zgieb, Christine Lecerf

Mixage : Benjamin Thuau

BIBLIOGRAPHIE

  • Georges Arthur Goldschmidt, La traversée des fleuves, Seuil, 1999
  • Maja Haderlap, L'ange de l'oubli, traduit par Bernard Banoun, Métailié, 2015
  • François Hartog, Régimes d'historicité. Présentisme et expériences du temps, Le Seuil, 2003
  • Lucia Heilman, Am Seil. Eine Heldengeschichte, von Erich Hackl, Diogenes, 2018
  • Reinhard Kaiser-Mühlecker, Lilas rouge, traduit par Olivier Le Lay, Verdier, 2021
  • Peter Nadas, La Fin d'un roman de famille, traduit Georges Kassai, Plon, 1991
  • Clara Royer, Csillag, Paris, Pierre-Guillaume de Roux, 2011

LIENS

Partenariat

LSD, La série documentaire est en partenariat avec Tënk, la plateforme du documentaire d’auteur, qui vous permet de visionner jusqu'au 7/2/2022 le film de Elsa Maury , produit par le Centre Vidéo de Bruxelles Nous la mangerons, c'est la moindre des choses(65')

Références

L'équipe

Christine Lecerf
Production
Perrine Kervran
Perrine Kervran
Perrine Kervran
Production
Annelise Signoret
Collaboration
Franck Lilin
Réalisation
Maryvonne Abolivier
Collaboration
Anahi Morales
Collaboration