Femme qui danse.
Femme qui danse.
Femme qui danse. ©Getty - Luliia Isaieva
Femme qui danse. ©Getty - Luliia Isaieva
Femme qui danse. ©Getty - Luliia Isaieva
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Résumé

Comment les artistes pensent-ils par le corps ?

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En 1945, le philosophe Maurice Merleau-Ponty publiait la Phénoménologie de la perception où, dans le prolongement de Husserl et Heidegger, il cherchait à révéler la structure du phénomène de la perception, par laquelle, à travers notre corps, nous connaissons le monde.

Dans sa dernière philosophie, portée par ses grands livres Le visible et l’invisible ainsi que L’Œil et l’esprit publié en 1960, un an avant sa mort accidentelle, Merleau-Ponty crée une nouvelle pensée de l’être, inspirée par l’expérience de l’art en tant qu’elle est monde vécu et vivant, corps et existence, et forme de connaissance incarnée. Méditant sur la peinture de Cézanne et sur l’organe de l’œil, il prolonge sa quête de l’énigme du corps ; ce corps pris dans le tissu du monde et ce monde fait de l’étoffe même de notre corps dans un indépassable entremêlement.

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Le philosophe Bruce Bégout explique, en évoquant le livre L’Œil et l’esprit, que Merleau-Ponty essaie “de montrer que nous sommes avant tout des corps incarnés dans le monde et que même notre manière de penser – notre esprit –  est d’abords liée à notre manière de sentir l'œil. La perception est déjà au fond une pensée. Il ne s'agit donc pas de penser en dehors de ce que l'on perçoit, mais de penser à partir de ce que l'on perçoit”. Quant à la place du corps dans la phénoménologie, il analyse : “Étant donné qu’elle veut repartir de l'expérience telle qu'elle est, il est difficile de se passer de cette condition fondamentale qui est la corporéité : la phénoménologie fait de la dimension corporelle une dimension fondamentale”.

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5 min

Dans cet épisode, ce sont les artistes qui nous guident à travers le corps et la perception, qui est l’expérience primordiale par laquelle l’homme se met en rapport avec le monde.

"Mon existence comme subjectivité ne fait qu’un avec mon existence comme corps" pour Merleau-Ponty.

Corps dansant, formant, peignant, appartenant, exprimant ; nous partons à la rencontre de danseurs et de plasticiens pour mieux sentir de quoi est faite l’énigme de ce corps connaissant.

Comme avec l’artiste Julien Prévieux qui a travaillé sur la question du regard à travers son œuvre Anthologie des regards et pour laquelle il s’est interrogé : “Comment marche le regard ? On a assez peu conscience que le regard est fait de points de fixation, des endroits où l'œil va rester, mais en même temps vibrer. La vision ne fonctionne que par effet de contraste. Pour voir quelque chose, il faut que ça bouge et il faut que l'œil aussi soit en mouvement. Même dans les moments de stabilité où l’on a l'impression de fixer le regard de quelqu'un il y a des micros mouvements de l'œil.”

Ou avec le chorégraphe Jérôme Bel qui se questionne sur son art, et qui explique que lorsque qu’il a réalisé qu’"avant la danse, il faut un corps”, il a décidé de baser l’un de ses spectacles "simplement sur le corps et sans danse”.

Un documentaire d’Élise Gruau, réalisé par Marie-Laure Ciboulet.

Comédiens :  Olivier Martinaud et Nathalie Kanoui .

Avec :

Emmanuelle Huyhn, danseuse et chorégraphe, Compagnie Mua,

Jérôme Bel, chorégraphe,

Julien Prévieux, artiste plasticien et performeur,

Mimosa Echard, artiste plasticienne,

Bruce Bégout, philosophe, auteur d’Obsolescence des ruines, éditions Inculte, 2022

Bibliographie

  • Maurice Merleau-Ponty, Le visible et l’invisible, Gallimard
  • Maurice Merleau-Ponty , L’œil et l’esprit , Gallimard

Liens

Partenariat

LSD, La série documentaire est en partenariat avec Tënk , la plateforme du documentaire d’auteur, qui vous permet de visionner jusqu'au 29/5/2022 le film de Dounia Wolteche-Bovet - Les herbes folles - (70'-2019)