Un visiteur marche sur un reflet de la porte principale d'Auschwitz-Birkenau.
Un visiteur marche sur un reflet de la porte principale d'Auschwitz-Birkenau.
Un visiteur marche sur un reflet de la porte principale d'Auschwitz-Birkenau. ©Getty - SOPA Image
Un visiteur marche sur un reflet de la porte principale d'Auschwitz-Birkenau. ©Getty - SOPA Image
Un visiteur marche sur un reflet de la porte principale d'Auschwitz-Birkenau. ©Getty - SOPA Image
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Résumé

De quoi se souviennent les lieux ? Des centaines de corps gisent sous les maisons de Varsovie. Des milliers d'os parsèment les champs de Birkenau. Là où le pire a été commis, les sols parlent et crissent encore sous les pieds.

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Sept ans auront suffi pour réduire des millions d’hommes, de femmes, de vieillards et d’enfants à l’état de fumée. Sept ans auront suffi pour détruire l’idée même d’humanité. Les années 38/45 ont marqué toute l’Europe de façon indélébile. C’est sur la terre de Pologne que le pire a été commis. Envahi, découpé, constellé de ghettos et de camps, ravagé et pillé, ce morceau d’Europe centrale a été un barycentre de la destruction et de l’extermination.

Georges Didi Huberman, historien, écrivain, souligne que : “Les nazis ont eux-mêmes détruit Birkenau. Ils ont fait sauter les crématoires. Quand on décide de détruire la mémoire, on oublie toujours le sol. On détruit les murs, on détruit les plafonds, mais on oublie le sol“.

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Aujourd’hui, vaste cimetière d’ossements et d’armes, “lieu vide, même si on a posé des maisons dessus”, cette “terre de sang” contient toute “l’énergie noire” de l’histoire. Habitants de Varsovie et de Cracovie, gardienne et directeur d’Auschwitz-Birkenau, enfants de survivants, historiens de la seconde guerre et du nazisme foulent ces lieux hantés par l’histoire, racontent leur vie quotidienne au milieu de ces “traces absentes” et nous font découvrir que “les sols parlent, il suffit de creuser”.

Comme Agnieszka Zgieb en témoigne tristement : "Pour moi, la terre de Pologne, c'est une terre douloureuse. On marche sur des milliers de cadavres. C'est une terre qui est gorgée de sang. C'est une terre de massacres de masse, de nettoyages ethniques, qui ont été ordonnés à la fois par Staline et par Hitler. C'est la terre de déplacements forcés. C'est la terre où l’on perd nos maisons. Voilà, c'est ça la terre de la Pologne”.

Julia Chimiak, habitante de Varsovie, raconte qu’elle ressent en permanence le passé de sa ville : “Lorsque je me promène dans Varsovie, c’est toujours comme si l’histoire me poursuivait”. Roman Gancarczyk, habitant de Cracovie dans un quartier qui était juif avant la guerre témoigne également ressentir des choses particulières : “Moi-même, je ne suis pas d'origine juive, mais je suis ce que l'on pourrait appeler un philosémite. Pour une raison que j'ignore, je me sens proche de cette communauté de Cracovie. Je suis ici à Cracovie, dans ce quartier juif de Kazimierz et je sens ce souffle, cette âme, je la sens.

L’historien Jean-Yves Potel analyse : “C'est un peu comme quelqu'un qui a perdu un membre, un bras et qui continue après à sentir ce bras qui est toujours là, qui est un manque. Ce qui s'est passé avec la disparition des Juifs, c'est non seulement une disparition physique, une destruction des bâtiments, de quartier, etc. Mais c'est aussi la permanence d'une absence qui reste dans l'imaginaire, dans le temps, dans l'espace de cette région”.

Johann Chapoutot, historien du nazisme nous rappelle qu’on ne peut pas enterrer le passé : “Les nazis n'ont pas pu empêcher que la Terre parle. La Terre rend ce qu'on a voulu lui faire ingurgiter, les restes de centaines de milliers d'êtres humains qui avaient été d’abord gazés, puis brûlés et dont les ossements avaient ensuite été broyés“.

Un documentaire de Christine Lecerf, réalisé par Franck Lilin.

Avec :

Johann Chapoutot , historien du nazisme
Julia Chimiak, guide au Musée Polin de Varsovie
Piotr Cywinski, historien, directeur du musée de Birkenau
Dariusz Gajewski, réalisateur et scénariste
Roman Gancarczyk, comédien
Georges Arthur Goldschmidt, écrivain et traducteur et témoin
Georges Didi Huberman, historien d’art et écrivain
Christian Ingrao, historien de la seconde guerre mondiale
Jean-Yves Potel, spécialiste de l’Europe centrale et écrivain
Jan Trzupek, historien d’art
Agnieszka Zgieb, traductrice de théâtre

Textes lus : Jacek Leociak, "Stacja Muranów" ; Wladyslaw Szlengel, "Ce que je lisais aux morts"; Jonasz Stern, "Entretien avec Stanislaw Wisniewski"

Voix : Andrea Schieffer, Igor Mendjisky, Aleksandra Yermak, Arben Bajraktaraj

Traduction : Agnieszka Zgieb, Christine Lecerf

Documentation : Maria Contreras

Mixage : Benjamin Thuau

Bibliographie

  • Archives Emanuel Ringelblum, Archives clandestines du ghetto de Varsovie, Fayard, 2007
  • Johann Chapoutot, Comprendre le nazisme, Tallandier, 2018
  • Piotr Cywinski, Auschwitz-Birkenau. Le lieu, où tu te tiens... Musée d'État d'Auschwitz-Birkenau, Oświęcim, 2012
  • George Didi Huberman, Désirer désobéir. Ce qui nous soulève, Minuit, 2019
  • Georges Arthur Goldschmidt, Heidegger et la langue allemande, CNRS éditions, 2016
  • Christian Ingrao, La promesse de l’Est, Seuil, 2016
  • La vie de l’esprit en Europe centrale et orientale depuis 1945, dir. Chantal Delsol et Joanna Nowicki, Cerf, 2021
  • Mémoire(s) des lieux, dir.Malgorzata Smorag-Goldberg, Marek Tomaszewski, Noir sur blanc, 2013
  • Jean-Yves Potel, La fin de l’innocence, La Pologne face à son passé juif, Autrement, 2009
  • Emmanuel Ringelblum, Oneg Shabbat, Jounal du ghetto de Varsovie, Calmann-Levy, 2017
  • Jan Trzupek, Jonasz Stern, obrazy z lat 1964-1988, red. Jan Trzupek, Józef Chrobak, współpr, Jolanta Herman, Nowy Sącz : Muzeum Okręgowe, 1988

Liens

Encyclopédie multimédia de la Shoah - Conditions de vie dans le ghetto de Varsovie - Film d’archives

Les livres du souvenir, une source de savoir sur l’histoire, la culture et l’extermination des Juifs polonais : article de Monika Adamczyk-Garbowska, Adam Kopciowski, Andrej Trzcinski, paru dans La Revue d’Histoire de la Shoah, n°200, 2014.

En Pologne, la mémoire de la Shoah récupérée et politisée, reportage à lire sur le site du quotidien québécois, le Devoir, juillet 2021.

Olivier Vallade : L'effacement des traces de la Shoah en Pologne, in Revue d’Histoire de la Shoah, n°181, 2004.

Yahad - In Unum, association humanitaire fondée en 2004 pour retrouver les sites de massacres en masse de Juifs, de Roms et d’autres victimes en Europe de l’Est pendant la Seconde Guerre mondiale et honorer leur mémoire.

Partenariat

LSD, La série documentaire est en partenariat avec Tënk, la plateforme du documentaire d’auteur, qui vous permet de visionner jusqu'au 7/2/2022 le film de Elsa Maury , produit par le Centre Vidéo de Bruxelles Nous la mangerons, c'est la moindre des choses(65')

Références

L'équipe

Christine Lecerf
Production
Perrine Kervran
Perrine Kervran
Perrine Kervran
Production
Annelise Signoret
Collaboration
Franck Lilin
Réalisation
Maryvonne Abolivier
Collaboration
Anahi Morales
Collaboration