Un père a accroché des banderoles sur une grue pour sensibiliser aux problèmes administratifs de son fils, atteint d'une maladie mentale.
Un père a accroché des banderoles sur une grue pour sensibiliser aux problèmes administratifs de son fils, atteint d'une maladie mentale.
Un père a accroché des banderoles sur une grue pour sensibiliser aux problèmes administratifs de son fils, atteint d'une maladie mentale. ©AFP - Fred SCHEIBER
Un père a accroché des banderoles sur une grue pour sensibiliser aux problèmes administratifs de son fils, atteint d'une maladie mentale. ©AFP - Fred SCHEIBER
Un père a accroché des banderoles sur une grue pour sensibiliser aux problèmes administratifs de son fils, atteint d'une maladie mentale. ©AFP - Fred SCHEIBER
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Résumé

Qu’est-ce qu’une vie empêchée ? Empêché d’exercer les droits civiques les plus basiques, d’étudier, de se déplacer, de choisir ses lieux de vie, de sociabilités. Ces vies structurellement contraintes nous racontent une organisation sociale validiste.

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Comme pour les discriminations sur la base du genre, de la race, de l’orientation sexuelle, les discriminations sur la base du handicap sont fortement naturalisées. La domination va de soi, puisque les êtres sont naturellement, biologiquement inférieurs. Or, cette domination, aussi, est socialement construite. Professeur d’espagnol et membre du CLHEE, Elena Chamorro explique : “Je me dis une personne handicapée, mais j'entends handicaper dans le sens passif du terme, c'est-à-dire que je me considère handicapée puisque la société m’handicape“.

L’avocate Elisa Rojas, également membre du CHLEE en fait la même analyse : “Le fait que je sois une personne handicapée a participé à ma construction et ça fait partie de mon expérience et de mon identité, mais ce n'est pas le seul élément constitutif de mon identité même si, ça ne me dérange pas de dire que je suis une personne handicapée. Il n’empêche que le handicap est une construction sociale née de la volonté d'un groupe social d'exclure un autre groupe social qui n'est pas considéré comme étant conforme à la norme définie par ceux qui ont le pouvoir de la définir.”

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Qu’est-ce qu’être handicapé ? Qu’est-ce qui fabrique, socialement, du handicap ? “Handicap” c’est une réalité médicale mais c’est aussi une réalité administrative, des parcours fastidieux, extrêmement médicalisés, des demandes d’aide examinées avec suspicion.

C’est une réalité sociale, des personnes isolées, exclues du champ social comme de celui du désirable, des corps, des existences rendues vulnérables par l’indifférence politique, l’isolement, le manque d’infrastructures, de moyens…

Etre handicapé, c’est une réalité économique, une précarité et une dépendance organisées, qu’elle soit une conséquence de la conjugalisation des aides ou des conditions de travail dans les établissements spécialisés (ESAT), être handicapé, c’est ne pas avoir de place dans le système capitaliste à cause de corps jugés improductifs, incapables d’être performants, autonomes. C’est une place dans un système de dominations.

La notion de “validisme” a été introduite en 2004 par Zig Blanquer avec une brochure “la culture du valide (occidental)”. Ce concept, ou cet outil conceptuel, permet de révéler et d’analyser les rapports sociaux de pouvoir par le prisme du handicap. Penser l’oppression subie par les personnes ne correspondant pas à la norme d’un corps “sain”, “bien portant”, “valide”, une norme érigée par la pensée médicale. La psychologue Charlotte Puisieux l’évoque ainsi : “C'est une expérience collective de domination, c’est-à-dire que c'est le fruit de politiques pensées par et pour les valides qui organisent le monde pour elle. Le validisme, ça nous empêche d'aller à l'école, de travailler, d'avoir une vie sociale, amoureuse... il faudrait prendre votre vie quotidienne et vous imaginez d’être empêché dans tout.”

Foucault a d’ailleurs donné des outils pour penser ce concept :

« Par pensée médicale, j’entends une façon de percevoir les choses qui s’organisent autour de la norme, c’est-à-dire qui essaient de partager ce qui est normal de ce qui est anormal, ce qui n’est pas tout à fait justement le licite et l’illicite ; […] elle cherche aussi à se donner les moyens de correction qui ne sont pas exactement des moyens de punition, mais des moyens de transformation de l’individu, toute une technologie du comportement de l’être humain qui est liée à cela… » Michel Foucault, Le Pouvoir, une bête magnifique (1977)

Un documentaire de Clémence Allezard, réalisé par Asssia Khalid.

Si je ne peux pas m'asseoir, je ne peux pas faire partie de votre révolution.
Si je ne peux pas m'asseoir, je ne peux pas faire partie de votre révolution.
- © Rizzo Boring

Avec :

No Anger, chercheuse et performeuse,

Zig Blanquer, auteur de Nos existences handies,

Elena Chamorro, professeure d’espagnole, et membre du CLHEE (Collectif Lutte et Handicaps pour l'Egalité et l'Emancipation),

Rizzo Boring, dessinatrice, activiste,

Elisa Rojas, avocate, membre du CLHEE (Collectif Lutte et Handicaps pour l'Egalité et l'Emancipation),

Cy Jung, écrivaine,

Odile Maurin, présidente de l’association toulousaine Handi social,

Charlotte Puiseux, psychologue, autrice de De chair et de fer, vivre dans une société validiste.

Avec les comédien-ne-s Sarah Wehbe et de Marc Colmar.

Vos corps valides sont éphémères !
Vos corps valides sont éphémères !
- © Rizzo Boring

Liens

Références

L'équipe

Perrine Kervran
Perrine Kervran
Perrine Kervran
Production
Assia Khalid
Réalisation
Annelise Signoret
Collaboration
Maryvonne Abolivier
Collaboration
Anahi Morales
Collaboration