Le réalisateur Tod Browning pose avec les acteurs de son film "Freaks" (1932).
Le réalisateur Tod Browning pose avec les acteurs de son film "Freaks" (1932).
Le réalisateur Tod Browning pose avec les acteurs de son film "Freaks" (1932). ©Getty - Bettmann
Le réalisateur Tod Browning pose avec les acteurs de son film "Freaks" (1932). ©Getty - Bettmann
Le réalisateur Tod Browning pose avec les acteurs de son film "Freaks" (1932). ©Getty - Bettmann
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Résumé

Freaks, monstres exhibés, ou laids et super-méchants, ou encore héroïques car simplement ils existent. Cantonnés à un humanisme apolitique et larmoyant. Les représentations dominantes des personnes handicapées participent également de leur exclusion.

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De quels régimes d’images ou de représentations des personnes handicapées hérite-t-on ? Freaks, monstres exhibés, ou affreux, laid, super-méchant, chez Kubrick par exemple…

La militante handicapée australienne Stella Young, appelle “l’inspiration porn”, la pornographie de l’inspiration. Une mise en scène voyeuriste destinée à inspirer et rassurer les valides.

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Le théoricien de la danse allemand Kai Van Eikels, également handicapé, parle lui d’affect bourgeois de la compassion.

L’anthropologue espagnole Melania Moscoso insiste sur l’idéologie néolibérale qui sous-tend ces récits dominants, elle écrit :

Le super héros infirme, dont les déficiences physiques sont exhibées avec une obscénité didactique, est la preuve fallacieuse que les seules limitations valides sont celles que l’on rencontre en son for intérieur. Il n’y a plus d’handicapés, d’infirmes et de paralysés, il n’y a plus non plus d’opprimés, ni d’injustice. Il n’y a que des perdants, des fainéants et des vagabonds.”

No Anger, chercheuse et performeuse analyse : “Je pense qu'un des mécanismes de domination consiste à enfermer les corps dominés dans des narrations qui les réduisent au final à un seul aspect fantasmé. Il y a un passage dans une chanson d'Anne Sylvestre, ‘Une sorcière comme les autres’, qui illustre bien cette idée : ‘Je vous prie ne m'inventez pas, vous l'avez tant fait déjà’. C'est le regard du dominant qui crée et impose une narration que les corps dominés subissent”. Quant à Elisa Rojas, avocate, membre du CLHEE, elle explique : “Si on a des représentations aussi hors-sols et aussi déconnectées de la réalité, notamment sociale des personnes handicapées, c'est parce qu'elles sont produites par des personnes qui ne sont à la fois pas concernées et qui n’ont pas de réflexions critiques sur ces représentations.” avant d’ajouter : “La fonction sociale des personnes handicapées, c'est de rassurer les personnes valides.”

À lire aussi : Survivre ne suffit pas. Handicap, les luttes pour l’égalité

Qui a la main sur la mise en scène, la chorégraphie, la narration des corps, des réalités, des expériences, handicapées ?

Sans doute le ton change-t-il radicalement, quand les subalternes peuvent parler. Comme au théâtre de Morlaix où la troupe Catalyse collabore depuis une trentaine d'années avec des travailleurs handicapés mentaux de l'Esat (Établissement et service d'aide par le travail) que nous avons suivis lors de répétitions et qui témoignent de leur passion pour le théâtre.

Une troupe avec à sa tête Madeleine Louarn, ancienne éducatrice spécialisée, qui constatant que rarement les handicapés parlaient pour eux, a eu cette volonté de créer un théâtre afin de leur donner la parole : “ Le dernier spectacle, la moitié des textes, c'est eux qui les ont écrits. Évidemment, il y a du soutien puisque certains ne savent pas lire et écrire, on trouve alors d'autres biais pour que ça puisse se faire. Mais ça reste leur parole. Ça reste eux. Ça reste la façon dont leur rire, leur vision se construit“.

Par ailleurs, elle explique : “J'ai souvent pensé que les limites qu'on voyait sur un plateau ou que l’on définissait du handicap étaient surtout les nôtres. Notre incapacité à comprendre à savoir par où ça passe et nos énervements, nos conventions, mais toutes tout travail artistique a forcément une nécessité de déplacement“.

Un documentaire de Clémence Allezard, réalisé par Asssia Khalid.

Avec :

Christelle Podeur, Tristan Cantin, Sylvain Robic, Emilio Le Tareau et Jean-Claude Pouliquen interprètes de l’Atelier Catalyse,

Madeleine Louarn, metteuse en scène,

No Anger , chercheuse et performeuse,

Cy Jung , écrivaine,

Elena Chamorro , professeure d’espagnole, et membre du CLHEE (Collectif Lutte et Handicaps pour l'Egalité et l'Emancipation),

Charlotte Puiseux , psychologue, autrice de De chair et de fer, vivre dans une société validiste .

Zig Blanquer , auteur de Nos existences handies ,

Elisa Rojas , avocate, membre du CLHEE (Collectif Lutte et Handicaps pour l'Egalité et l'Emancipation),

Michaëla Danjé, cofondatrice du collectif Cases rebelles ..

Avec les comédien-ne-s Sarah Wehbe et de Marc Colmar.

Liens

Références

L'équipe

Perrine Kervran
Perrine Kervran
Perrine Kervran
Production
Assia Khalid
Réalisation
Annelise Signoret
Collaboration
Maryvonne Abolivier
Collaboration
Anahi Morales
Collaboration