Un orphelin rwandais allaite un bébé dans un orphelinat de l'Unicef, Katale Camp, Zaïre. ©Getty - Howard Davies/CORBIS/Corbis via Getty Images
Un orphelin rwandais allaite un bébé dans un orphelinat de l'Unicef, Katale Camp, Zaïre. ©Getty - Howard Davies/CORBIS/Corbis via Getty Images
Un orphelin rwandais allaite un bébé dans un orphelinat de l'Unicef, Katale Camp, Zaïre. ©Getty - Howard Davies/CORBIS/Corbis via Getty Images
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Résumé

Lors du génocide au Rwanda, les enfants orphelins ont recréé de grandes familles de substitution, pour résister aux massacres. Ces familles symboliques structurées autour de liens de solidarité pour la survie quotidienne apportent sécurité affective et raison de vivre.

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Au Rwanda, pendant le génocide comme après, les enfants orphelins ont recréé de grandes familles de substitution, pour résister aux massacres. Ces familles symboliques structurées autour de liens de solidarité pour la survie quotidienne apportent sécurité affective et raison de vivre.

Pendant la guerre, être sans parent ne veut pas dire être sans famille. Les orphelins tutsis du génocide ont reconstitué des cellules familiales entre pairs car comme le précise Hélène Dumas “Au Rwanda, l'enfance a été bouleversée par le génocide, une rupture absolument radicale. Ça a surtout bouleversé les représentations de la famille, puisque beaucoup de ces enfants se sont retrouvés sans père, ni mère. Et après le génocide, sont nés de nouvelles formes de parentalité parce que les orphelinats étaient trop peu nombreux pour accueillir l'ensemble des orphelins”. Des adolescents sont devenus des parents de substitution pour des rescapés plus jeunes. Quand on perd tous les siens et que la vie n’a plus de sens, refaire famille en prenant en charge des plus jeunes, peut-être une stratégie pour ne plus être seul face à l’horreur. L’autre devient une raison de vivre, créer des liens aide à se reconstruire.

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59 min

L’historienne Hélène Dumas s’intéresse à l’expérience des enfants survivants : séparations, fuite et mort, elle a recueilli les récits enfantins de la dislocation des liens familiaux pendant le génocide des Tutsis et analyse les dessins produits des enfants portant leur regard sur l’horreur.

Jeanne, Beata et Clotilde étaient jeunes adolescentes pendant le génocide. Quand elles se mettent à raconter, on entend leurs voix d’enfants. Condamnés à vivre alors que leur famille a disparue, pour elles, le génocide n’a pas de fin, la destruction intérieure se poursuit, elles sont des rescapées pour toujours. Elles inventent chaque jour une "vie vivante" et refont famille comme un acte de résistance. “Ces familles élargies ont représenté une innovation sociale après le génocide, puisqu'elles n'avaient jamais existé. Ces familles sont des liens affectifs extrêmement forts car elles existent encore aujourd'hui, alors que la plupart de ces enfants orphelins sont aujourd'hui adultes et ont fondé leur propre foyer”. Hélène Dumas

Il y a aussi la difficulté de raconter ce qu’on a vécu à ses propres enfants car le traumatisme reste entier comme le dit Clotilde Prévost-Mukamugema : “Ce qui me fait mal, c'est qu'après, je me suis dit peut-être que si j'étais morte avec ma mère, on aurait parlé ensemble, on se serait dit au revoir. Là où ils sont, ils sont plus que nous”. Vingt ans après, c’est encore tôt, on préfère oublier, on veut les protéger. Pourquoi, pourquoi, pourquoi… leur insistance est douloureuse et bouscule les mécanismes de protection mis en place au moment de l’horreur. Mais c’est aussi la chance de mettre des mots sur le traumatisme, et ainsi, pouvoir faire face.

Avec

  • Jeanne Allaire, rescapée du génocide des Tutsi au Rwanda
  • Beata Uzayisenga, rescapée du génocide des Tutsi au Rwanda
  • Clotilde Prévost-Mukamugema, rescapée du génocide des Tutsi au Rwanda
  • Hélène Dumas, historienne

Une série documentaire de Pauline Maucort, réalisé  par Véronique Samouiloff

Ce documentaire a été diffusé pour la première fois le 271/21

Bibliographie

Liens

Les Enfants du génocide : Le « Rwanda de demain » : article de Marie-Odile Picard, Université de Picardie Jules Verne SHSSC.

Les enfants-parents du Rwanda : article de Marion Van Renterghem publié dans Le Monde en mars 2006.

De la honte à l’indifférence. Situations d’enfants et d’adolescents... sous la guerre, en Afrique. Article d’Olivier Douville, paru dans La clinique lacanienne, 2016/1 (n° 27).

Ménages d'enfants sans parents au Rwanda. (Re-)création d'une structure familiale après le génocide perpétré contre les Tutsis ? Article de  Claudine Uwera Kanyamanza et Jean-Luc Brackelaire, in Cahiers de psychologie clinique, 2011/2 (n° 37).

L’espace public urbain comme lieu de survie : les Timbayi de Bujumbura. Thèse d’Athanase Nsengiyumva, Université catholique de Louvain, 2010.

La reconstruction identitaire à travers les familles artificielles. Article de Jean-Pierre Duingizemungu et Jean-Claude Uwtljngtyimana, en ligne sur le site de l’association José del Rio, 2016.

Références

L'équipe

Perrine Kervran
Perrine Kervran
Perrine Kervran
Production
Pauline Maucort
Production
Annelise Signoret
Collaboration
Maryvonne Abolivier
Collaboration
Anahi Morales
Collaboration