En une vingtaine d'années, la notion de vulnérabilité est devenue omniprésente dans le débat public et les discours politiques.
En une vingtaine d'années, la notion de vulnérabilité est devenue omniprésente dans le débat public et les discours politiques.  ©AFP - SHAO YING / IMAGINECHINA
En une vingtaine d'années, la notion de vulnérabilité est devenue omniprésente dans le débat public et les discours politiques. ©AFP - SHAO YING / IMAGINECHINA
En une vingtaine d'années, la notion de vulnérabilité est devenue omniprésente dans le débat public et les discours politiques. ©AFP - SHAO YING / IMAGINECHINA
Publicité

Frédéric Worms s'entretient avec Marie Garrau, philosophe, maîtresse de conférences à l'Université Paris-Panthéon Sorbonne.

Avec
  • Marie Garrau philosophe, maître de conférences à l'Université Paris-Panthéon Sorbonne

La grande antinomie du moment et de la condition humaine, c’est celle de la vulnérabilité et de la liberté. Nous devons reconnaître nos dépendances mais aussi refuser la domination. Pour ce faire, il faut, entre les deux, ajouter à la vulnérabilité de tous les vivants et en particulier des humains, une vulnérabilité sociale différenciée contre laquelle nous devons lutter par des dispositifs sociaux et politiques. C’est ce dernier point surtout qui est au centre du livre de Marie Garrau dont le questionnement se situe ainsi à la croisée du présent et de ce sujet central et commun à tous. En refusant à la fois la fascination pour la vulnérabilité et le mépris pour la dépendance, en défendant un modèle républicain et humain à la fois, elle nous plonge au cœur des débats sociaux et politiques, théoriques et pratiques de l’époque.

Marie Garrau : J’ai souhaité politiser le questionnement sur la vulnérabilité. Cette notion doit nous conduire à réfléchir à la façon dont on pourrait s’organiser pour vivre bien. Il est nécessaire de rappeler le fait que nous sommes tous vulnérables, c’est-à-dire exposés à et dépendants de choses que nous ne maîtrisons pas nécessairement. On n’existe qu’inscrit dans des réseaux relationnels, avec d’autres, des environnements, des objets qui médiatisent nos existences. Et si l’autonomie doit certes rester un idéal pertinent mais peut-être doit-elle être comprise à rebours de toutes les élaborations volontaristes, rationalistes et individualistes qui ont prévalu dans notre tradition philosophique et qui sont prégnantes dans notre modèle social : ne dépendre que de soi, le culte de la performance. Ainsi, cet idéal normatif de l’autonomie est extrêmement excluant et stigmatisant pour tous ceux qui ne sont pas à la hauteur. En outre, il oblitère un certain nombre d’expériences par laquelle nous passons tous : l’enfance, la maladie, l’âge. La vulnérabilité, c’est un fondement qui ne s’efface jamais complètement. On vient de là. On peut avoir l’impression à un certain moment qu’on ne l’est plus mais il suffit que viennent à manquer les étais ou les soutiens concrets et relationnels de notre autonomie pour que l’on se rende compte que cette vulnérabilité fondamentale, elle perdure la vie durant.

Publicité

#Hans Jonas #care #Merleau-Ponty #Robert Castel #Serge Paugam #Axel Honeth #Nancy Fraser

Le choix musical de Marie Garrau est Tell yourself de Natalie Merchant

L'équipe

Frédéric Worms
Frédéric Worms
Frédéric Worms
Production
Céline Leclère
Collaboration