Fleurs et bougies en hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015, Place de la République le 25 novembre 2015
Fleurs et bougies en hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015, Place de la République le 25 novembre 2015 ©Getty - © Raphaël Gaillarde
Fleurs et bougies en hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015, Place de la République le 25 novembre 2015 ©Getty - © Raphaël Gaillarde
Fleurs et bougies en hommage aux victimes des attentats du 13 novembre 2015, Place de la République le 25 novembre 2015 ©Getty - © Raphaël Gaillarde
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On dit des archives qu’elles témoignent du passé, mais en est-on certain ? Ce qu’elles inventent, au présent, est quelque chose comme le passé du futur. En cela, elles ouvrent une question d’avenir. Ce soir, avec Guillaume Nahon, directeur des Archives de Paris.

Avec
  • Guillaume Nahon Directeur des Archives de Paris

Que font les archivistes ? Collecter, inventorier, nommer, trier — mais pas seulement. Avec Guillaume Nahon, directeur des Archives de Paris, on s’approche au plus près des pratiques, esquissant le portrait de groupe des usagers des archives, des généalogistes aux artistes. On évoque aussi le programme de mise en archives des réactions post-attentat en 2015, pour approcher la notion de « collecte émotionnelle », de consolation et de mémorial.

Aux Archives de Paris, nous avons 68 kilomètres linéaires de documents, c’est un bon service d’archives départementales et communales.

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Notre travail consiste à savoir évaluer les archives pour savoir quelles sont celles qui sont dignes d’être conservées pour l’éternité.

On constate que plus le temps passe, plus la densité informationnelle des archives est faible. Au XIXe siècle, un mois de minutes notariales représentait 10 à 20 centimètres linéaires. Aujourd’hui, c’est plutôt un ou deux mètres linéaires, pour des archives beaucoup moins riches. L’information est diluée.

On a encore aujourd’hui des pratiques de sélections aberrantes qui tendent à disparaître. Par exemple, la conservation des dossiers individuels sur les critères alphabétiques : jusque dans les années 1990, on ne conservait que les lettres B et T. On continue aujourd’hui alors que ça ne rend plus compte de la diversité de la population française, et que ça correspond à un usage des archives qui n’est plus d’actualité.

Le geste de déposer des messages sur les lieux des attentats était un geste consolatoire. Pour nous, archivistes, cela a mis en relief un critère d’évaluation des archives : la charge émotionnelle.

Après les attentats du 13 novembre 2015, nous avons dû collecter les documents mais aussi entretenir les mémoriaux aussi longtemps que durerait la période de deuil.

Il fallait à la fois préserver ces hommages et en même temps réduire l’emprise, jugée parfois oppressante, des mémoriaux sur la place publique. Quand bien même les archives n’auraient pas eu d’intérêt, il fallait le faire, c’était nécessaire. Ce travail d’archivage a contribué à la gestion de la crise et à la réparation des quartiers attaqués.

>>> Site des Archives de Paris

>>> n° 250 de la Gazette des Archives (2018) : "Mise en archives des réactions post-attentats : enjeux et perspectives" (disponible sur abonnement ou à l'unité) - cité pendant l'émission.

>>> A consulter : le site de la Gazette des Archives

Musique choisie par l'invité : "Les Petits Papiers", Serge Gainsbourg

Entre-Temps est une revue numérique d'histoire actuelle, collective, collaborative et gratuite, attachée à la chaire de Patrick Boucheron au Collège de France.

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