Philippe Torreton sur le tournage de Capitaine Conan de Bertrand Tavernier (
Philippe Torreton sur le tournage de Capitaine Conan de Bertrand Tavernier (
Philippe Torreton sur le tournage de Capitaine Conan de Bertrand Tavernier ( ©Getty - Jean Marie Leroy/Sygma
Philippe Torreton sur le tournage de Capitaine Conan de Bertrand Tavernier ( ©Getty - Jean Marie Leroy/Sygma
Philippe Torreton sur le tournage de Capitaine Conan de Bertrand Tavernier ( ©Getty - Jean Marie Leroy/Sygma
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Résumé

Du Moyen Age à nos jours, de La Passion Béatrice à L.627 en passant par Capitaine Conan, les films de Bertrand Tavernier sont traversés d'une constante méditation sur la France, ses mythes, ses passions, ses fractures. Analyse de son œuvre guidée par une question : qu'est-ce que filmer l'Histoire ?

avec :

Céline du Chéné (Productrice à France Culture, chroniqueuse à "Mauvais Genres". Auteure de "Dracula prince des ténèbres" (Larousse, 2009), "Blason du corps" (Littérature Mineure, 2017) et l"'Encyclopédie pratique des mauvais genres" (Nada éditions/France Culture, 2017)), François Rivière (Critique littéraire, éditeur, romancier, traducteur, biographe et scénariste de bande dessinée), Philippe Rouyer (critique et historien de cinéma à la revue Positif), Christophe Bier (acteur, réalisateur, historien et critique de cinéma.), Bertrand Tavernier (Réalisateur, scénariste, producteur, écrivain).

En savoir plus

Mauvais Genres brouille les cartes filmographiques en prenant les films de Bertrand Tavernier non pas selon l'ordre chronologique de leur sortie mais selon celui de leurs sujets, du haut Moyen Age à nos jours. A la lumière de La Passion Béatrice (1980), La Princesse de Montpensier (2010), Que la fête commence (1975), Le juge et l'assassin (1976), Capitaine Conan (1996), La vie et rien d'autre (1989), Laissez passer (2002), La guerre sans nom (1992), et jusqu'à L 627 (1992), l'œuvre de Bertrand Tavernier apparaît traversée d'une constante méditation sur sept siècles d'histoire de la France, de ses mythes intimes, de ses passions et de ses fractures. 

Si militer c'est communiquer ses colères, ses surprises, ses étonnements, alors je suis un militant.                              
Bertrand Tavernier

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29 min

A l'occasion de la sortie en Bluray de certains "classiques" du réalisateur, et de la parution de deux romans derniers romans westerns publiés dans la collection qu'il dirige chez Actes Sud, "L'Ouest, le vrai" : My amigo et L_e passage du canyon_, François Angelier et Philippe Rouyer s'entretiennent avec Bertrand Tavernier afin de savoir quelles sont ses réponses à la question suivante : "Qu'est-ce que filmer l'Histoire ?"

Surnommé par Jean-Luc Godard "Captain' Tavernier", Bertrand Tavernier a été confronté à la brutalité de l’histoire très jeune. Son père, le poète René Tavernier, fait partie d’un réseau de résistance à Lyon pendant la Seconde Guerre mondiale et héberge l’écrivain Louis Aragon ainsi que sa femme la poétesse Elsa Triolet. Mais ce lien à l'Histoire, Bertrand Tavernier en trouve l'origine également dans ses lectures d'enfant :

L’histoire, je l'ai rencontrée d’abord grâce aux poèmes de Victor Hugo au sujet des guerres napoléoniennes - "Il neigeait, On était vaincu par sa conquête. Pour la première fois l'aigle baissait la tête, etc." - qui étaient pleins d’images comme celle de ces soldats qui dormaient dans le ventre de chevaux morts à Waterloo, une image qui m’a frappée quand j’avais 5 ou 6 ans et que je n’ai jamais oubliée par la suite. Et ensuite, grâce aux romans d'Alexandre Dumas dont mon père était absolument fanatique ! Il lisait une fois par an Le Comte de Monte Christo.

59 min

Bertrand Tavernier explique également comment les mouvements à l’intérieur du cadre lui sont dictés par un rapport aigu à la lumière, et par la relation particulière que chaque époque, ou chaque milieu social, entretient avec celle-ci :

L’histoire pour moi est une question de rapport à la lumière. C’est la lumière qui dictait la vie des gens, celle du jour, celle des torches ou des bougies. Par conséquent, c’est elle qui va dicter l’esthétique du film, la façon dont on va cadrer. Quand je tournais Que la fête commence, j’ai tout de suite senti que quand j’étais dans le château de Vaulx-le-Vicomte, il fallait que j’attrape la lumière de ces grandes pièces avec ses ors, ses dorures, et donc je devais être sur travelling. En revanche, dès que j’étais dans la rue, je pouvais être caméra à la main. Pour retrouver un mouvement différent que dans toutes les scènes qui se passaient dans le bureau du Régent, ou dans les salons. 

Le cinéaste s'exprime enfin au cours de cet entretien sur sa relation aux historiens, et le recours qu'il a fait, ou pas, selon les films, à l'aide de conseillers historiques pour l'écriture du scénario.

Pendant longtemps, je voulais apprendre les choses par moi-même. J’ai fait Le Juge et l’assassin ou Que la fête commence sans conseiller historique. Pour La Princesse de Montpensier en revanche, le XVIe siècle et les guerres de religion, c’est tellement compliqué que j’avais besoin de leurs ressources. Et aussi pour libérer les comédiens, parce que je voulais que les acteurs aient l’air contemporain des actions qu'ils jouent. Quand le prince de Montpensier et ses hommes pénètrent dans la tente du duc d'Anjou couverts de boue, je me demandais : que font-ils de leurs affaires ? Est-ce qu’ils les posent sur les brocarts précieux ? Et est-ce que les vaches avaient des cloches au XVIe siècle ? Est-ce que l'on doit entendre le bruit des cloches dans le film ? J’avais besoin d'absorber le contexte pour attraper la vibration, l’air de l’époque. Et m'en affranchir ensuite. Mes films sont tout sauf de la reconstitution.

Hommage à Ruth Rendell (1930-2015)

François Rivière, critique littéraire et préfacier de ses œuvres complètes publiées aux éditions du Masque, rend hommage à l'écrivaine britannique Ruth Rendell, autrice de romans policiers, passée maître dans l'art de raconter des situations macabres, scabreuses, comme l'illustre en particulier son roman L'Analphabète. Créatrice enfin du personnage de l'inspecteur Wexford, policier érudit qui aime à citer des auteurs victoriens.

Elle était un des auteurs qui connaissait le mieux Londres depuis Dickens. Mais elle était surtout une professionnelle de la terreur, dotée d'un sens du mystère hypnotique. Lire un roman de Rendell est un plaisir absolu et une terreur absolue à la fois.

La chronique de Céline du Chéné

  • Céline du Chéné s'entretient avec l'artiste Sabrina Gruss à l'occasion de son exposition à la galerie Béatrice Soulié à Paris : "Le cirque d'os et ses élégances"
Références

L'équipe

Laurent Paulré
Réalisation
Claire Martin du Gard
Collaboration
Pascale Dassibat
Collaboration