Des techniciens travaillant au laboratoire Fire Eye à Wuhan, dans la province centrale du Hubei en Chine, le 5 août 2021
Des techniciens travaillant au laboratoire Fire Eye à Wuhan, dans la province centrale du Hubei en Chine, le 5 août 2021
Des techniciens travaillant au laboratoire Fire Eye à Wuhan, dans la province centrale du Hubei en Chine, le 5 août 2021 ©AFP - STR / AFP
Des techniciens travaillant au laboratoire Fire Eye à Wuhan, dans la province centrale du Hubei en Chine, le 5 août 2021 ©AFP - STR / AFP
Des techniciens travaillant au laboratoire Fire Eye à Wuhan, dans la province centrale du Hubei en Chine, le 5 août 2021 ©AFP - STR / AFP
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Résumé

Décembre 2019 : une épidémie émerge très rapidement à Wuhan en Chine. L'apparition de cette nouvelle maladie rapidement pandémique interroge les scientifiques et les citoyens. Tous les regards se tournent désormais vers cette ville chinoise, où l'on relève d’emblée des anomalies épidémiologiques.

avec :

Renaud Piarroux (Chef de service à la Pitié Salpêtrière (APHP), spécialiste des épidémies, membre de l'Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de santé publique rattaché à l’INSERM).

En savoir plus

Le signal d'une nouvelle pandémie provient de Wuhan, en décembre 2019. Rapidement, des individus présentant des infections pulmonaires sévères affluent dans les hôpitaux de la ville chinoise.

Le 31 décembre 2019, le médecin Peter Daszak, spécialiste des zoonoses, expert en écologie des maladies, PDG de l'ONG "Eco Health Alliance", communique sur Twitter son inquiétude quant à la gravité de cette infection. Il l'associe immédiatement à la chauve-souris, et à un cluster situé dans le marché aux poissons de Wuhan.

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"Des informations importantes et inquiétantes sortent de Chine en ce moment concernant une pneumonie grave présentant des similitudes avec le SRAS, son étiologie n’est pas encore confirmée. À noter que le marché s'appelle un 'marché de fruits de mer', mais vend également de la viande de mammifère de boucherie. Le SRAS n'a pas été exclu, et nous avons entendu dire que les laboratoires chinois utilisent une gamme d'outils pour tester le SRAS et les CoV liés au SRAS, ainsi que pour exclure les suspects habituels de pneumonie…" Extrait d'un thread twitter rédigé par Peter Daszak, le 31 décembre 2019.

L’hypothèse d'une transmission de l'animal à l'humain à l'intérieur du marché est d'emblée mise en avant. À partir du 22 janvier, les hôpitaux de Wuhan sont submergés. 1% de la population est touché, ce qui équivaut à environ 110 000 personnes atteintes, pour 11 millions d’habitants. Le nombre de cas double chaque semaine. Un taux de reproduction anormal pour un tel virus.

4 min

L'hypothèse du marché remise en cause

Le marché de Wuhan ferme ses portes en janvier 2020. L’enquête épidémiologique peut donc commencer, et les équipes chinoises s’engagent dans de nombreux prélèvements sur les animaux, sans trouver de preuve. 27 cas sont identifiés parmi les marchands. Mais les échoppes sont distantes les unes des autres, les marchands n'ont pas eu de contact entre eux et parmi ces cas, on trouve des génomes divers (deux souches de coronavirus, entre lesquelles on observe déjà plusieurs mutations). Une même émergence au marché de Wuhan est donc invalidée. Conclusion logique : le Covid existait bien avant le marché de Wuhan, ce qui expliquerait aussi la submersion rapide des hôpitaux après les premiers cas signalés officiellement.

Après avoir attiré l’attention sur ce marché de Wuhan, Peter Daszak est très actif, avec un certain nombre de scientifiques américains, pour focaliser l'attention sur l'origine animale de la Covid. L'Association "US right to know" utilise la loi "Freedom information act" pour avoir accès à certains échanges de l'administration publique. C’est ainsi qu’on découvre un mail de Peter Daszak, qui demande à plusieurs de ses collègues de co-signer une tribune, dans la prestigieuse revue médicale The Lancet, pour faire autorité sur l’idée selon laquelle ce virus serait d’origine naturelle. Extrait :

"Le partage rapide, et transparent des données sur cette épidémie est désormais menacé par des rumeurs et des informations erronées sur ses origines. Nous nous unissons pour condamner fermement les théories du complot suggérant que le COVID-19 n'a pas d'origine naturelle. (…) Nous ne déclarons aucun intérêt concurrent." Mail de Peter Daszak, 6 février 2020.

En parallèle, des scientifiques poursuivent leurs recherches sur le séquençage génétique du virus, qui permet d’identifier une anomalie : la furine, qui est une petite fraction d’acide nucléique, inconnue jusqu'alors dans le coronavirus. Cette séquence particulière, dénommée "site de clivage de la furine" joue un rôle majeur dans la fusion entre les membranes virale et cellulaire, ainsi que dans la transmission du virus.

Face à une polémique et une pression grandissante dans le monde scientifique pour connaître l'origine de la Covid-19, The Lancet et parallèlement l’OMS lancent des commissions de recherche sur l’origine de la Covid, en janvier 2021.

59 min

Un podcast original en 4 épisodes, raconté par l'épidémiologiste Renaud Piarroux, auteur de La vague. L'épidémie vue du terrain, publié aux CNRS éditions.
Réalisation : Eric Lancien. Conseillère au programme : Camille Renard. Documentaliste INA : Delphine Desbiens. Merci à Martine Piarroux.