Sans les animaux, sans les plantes et sans oublier les microbes comme les levures du pain, de la bière et du vin que nous avons domestiqués, notre monde serait très différent. Il y a 11 000 ans, l’humanité a connu un changement radical, elle a fait l'un des plus grands bonds évolutifs.
- Marc Mortelmans Journaliste, réalisateur et créateur des podcasts Baleine sous Gravillon (BSG)
- Valérie Chansigaud Historienne des sciences et de l'environnement, et chercheuse associée au laboratoire SPHERE.
- Jessica Serra Éthologue et spécialiste de la cognition animale
- Jean-Denis Vigne Archéozoologue et biologiste au Muséum National d'Histoire naturelle
De nomade, elle devient sédentaire, les petits groupes isolés deviennent les premiers villages. C’est le début de nombreux progrès, mais aussi des hiérarchies sociales. Les cueilleurs-chasseurs deviennent des agriculteurs-éleveurs, plutôt sédentaires. Pour les aider dans ce grand bond en avant, ils embauchent, ils recrutent, ils apprivoisent et finissent par domestiquer certaines espèces, du loup au blé, du dromadaire au ver à soie, de la poule à la moisissure du roquefort...
Deux chemins de domestication
On retrouve d'abord d’anciennes proies devenues bétail, mais surtout avant cela, on retrouve le cas d'un prédateur : le loup, devenu chien, il y a au moins 17 000 ans. Le chien devient compagnon sentinelle et pisteur de chasse. Un long processus commencé par une relation commensale.
Cette deuxième voie s'amorce par une intensification de la relation pour une action précise (chasser, cueillir, nettoyer) puis la société humaine accepte dans sa sphère sociale l'animal en question. L'animal reste de génération en génération avec les humains et devient domestique.
Pour ce qui est du bétail, les anciennes proies, tout a commencé il y a 11 000 ans au Proche-Orient. Les premiers bestiaux contrôlés puis élevés furent les moutons et les chèvres : leurs ancêtres s'appellent le mouflon et la chèvre à bézoard, très proche du bouquetin. Dans les millénaires qui suivent, c’est le tour de la vache, dont l’ancêtre s’appelle l’auroch, de la poule, qui provient du coq doré en Asie, et de bien d’autres.
Le principe d'Anna Karénine
Cependant, beaucoup d'espèces ne sont pas domesticables. En 1997, Jared Diamond publie De l'inégalité parmi les sociétés. Dans ce livre, il passe notamment en revue tous les critères nécessaires pour réussir une domestication. Il popularise le Principe d’Anna Karénine qui stipule qu’il faut que toute une série de conditions soient remplies pour qu'une espèce soit domesticable. Si un seul de ces critères fait défaut, la domestication n’est pas possible.
Pourquoi Anna Karénine ? À cause de l’incipit, des premiers mots, du livre de Tolstoï, publié en 1877 : "toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l'est à sa façon."
En d'autres termes, les familles heureuses cochent toutes les cases. À l'inverse, il suffit qu’il y ait un seul problème pour qu’une famille soit malheureuse. Pour les familles des espèces domestiquées, le bonheur est un concept assez lointain. Il est frappant de constater à quel point ces espèces ont changé par rapport à leurs ancêtres.
La taille moyenne des animaux domestiqués diminue, tout comme le volume de leur cerveau, d’environ 15%. Autre changement intéressant, la plupart des chiens actuels, suite à des mutations, sont capables de digérer l’amidon contenu dans nos restes de repas. Ce dont leurs ancêtres loups sont incapables. Enfin, la plupart des mammifères se reproduisent une fois par an maximum ; les animaux domestiqués peuvent se reproduire plusieurs fois par an.
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