À la grande table du Vivant, il y a quelques habitués, de rares invités et beaucoup de pique-assiettes. Cette notion de table commune s’appelle le commensalisme, l'un des sept liens fondamentaux du vivant.
- Marc Mortelmans Journaliste, réalisateur et créateur des podcasts Baleine sous Gravillon (BSG)
- Valérie Chansigaud Historienne des sciences et de l'environnement, et chercheuse associée au laboratoire SPHERE.
- Jessica Serra Éthologue et spécialiste de la cognition animale
- Jean-Denis Vigne Archéozoologue et biologiste au Muséum National d'Histoire naturelle
La grande table du vivant commence dans notre intestin, avec notre microbiote. Dans ces 2 kg de bactéries, il y en a des bénéfiques et essentielles même, d'autres potentiellement gênantes, mais aussi des neutres, ni bonnes ni mauvaises. Nous ne gagnons rien de leur présence, mais elles ont le gîte et le couvert. Certaines ont évolué, ont changé, se sont adaptées.
Autour de cette table, parmi les espèces habituées, invitées ou pique-assiettes, les plus connues sont : les souris et les rats chez les mammifères, les moineaux domestiques, les pigeons biset, les goélands et les étourneaux sansonnet chez les oiseaux, sans oublier les mouches, les blattes et les punaises de lit douillettement installées depuis l’aube des temps dans nos maisons. Des espèces qui ont aussi attiré leurs prédateurs.
À la racine du mot domestique
Si on parle de souris domestique ou de mouche domestique, c'est tout simplement une confusion sur la racine. On parle là de domus, de la maison en latin. Le terme ne désigne pas le phénomène de domestication au sens qui a abouti à la transformation du loup gris en un chien, mais désigne plutôt ces animaux qui fréquentent la maison de l'être humain.
De plus, il faut comprendre la différence entre apprivoisé et domestiqué : on peut tout à fait apprivoiser un animal sauvage non domestiqué. Par exemple en le recueillant dans son enfance. Mais, à sa mort, cet animal emportera avec lui ses apprentissages s'il ne s'est pas reproduit. Donc, pour être domestiqué, il faut qu'il y ait un contrôle de la reproduction et une modification morphologique sur la descendance. Pour finir, on comprend bien que l'apprivoisement n'est pas suffisant pour parler de domestication.
Les 7 liens du vivant
Le Vivant n’est que liens entre espèces. La domestication n’est qu’un de ces liens, une des nombreuses façons d’interagir entre espèces. Chacun ne vit pas dans sa bulle, vous l’imaginez bien.
D’abord, il y a l’amensalisme : je te fais du mal, mais sans en tirer de bénéfice. Exemple : j’écrase une fourmi sans le savoir. Bilan net : 1 perdant, 0 gagnant.
Ensuite, il y a le parasitisme. Là aussi, il y a un perdant, l’hôte. Mais cette fois, il y a un gagnant, le parasite. C’est le cas du ver solitaire par exemple.
Le lien le plus spectaculaire, c'est la prédation : à la différence du parasitisme, je ne me contente pas que de te piquer un peu de tes ressources, mais là, je te prends tout, je te mange, et c’est terminé pour toi. Le lion tue et mange le zèbre.
Maintenant, quand deux espèces consomment les mêmes ressources sur le même territoire, il y a compétition. Exemple : les loups et nos ancêtres, le lion et la hyène, qui n’arrêtent pas de se bagarrer et de se piquer leurs proies, je racontais ça dans l’ épisode 3 de la série abeilles sauvages. Notez qu’à l’intérieur même chez Homo sapiens la compétition est la norme, à l’école ou au travail par exemple.
Quand deux espèces coexistent pacifiquement, sans interagir, le bilan est nul, c’est le neutralisme. Fort heureusement, c'est ce qui prévaut la plupart du temps.
Ensuite ce n’est que de la coopération, de l’entraide ! Quand il n’y en a que pour un des deux, sans que l’autre en souffre, ça s’appelle le commensalisme.
Enfin, il y a le mutualisme ou plus simplement l’entraide. C’est gagnant gagnant. Un bel exemple du mutualisme, c’est le cabinet d’esthétique et autres soins du corps du labre nettoyeur dans les océans : je te nettoie, tu me nourris. Les poissons viennent de loin et font la queue pour être nettoyé de leurs parasites et autres peaux mortes. Les exemples sont légion. Chez nous les humains, ce serait quelque chose qui ressemble à l’amitié.
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