France Culture
France Culture
Publicité

De son discours de politique générale, Manuel Valls a soigné la péroraison :

L’image du cœur battant a touché juste.

Publicité

Elle a remis de la passion là où les mots de son prédécesseur paraissaient ternes.

Rocard avait inventé le parler vrai.

Jospin fendait l’armure.

Nous voici maintenant arrivés au cœur.

Après les constats chiffrés des dures nécessités de l’heure, le cœur battant du Premier ministre réintroduisait une dimension affective propre susciter l’adhésion de ses concitoyens.

L’image constituait encore une parfaite métaphore des doutes du moment.

La France peut-elle s’adapter aux exigences du monde globalisé tout en conservant sa singularité ?

Si elle se mêle aux flux indifférenciés de la mondialisation, pourra-t-elle espérer garder son cours particulier ?

Dans le fracas du combat économique planétaire entendra-t-on toujours les battements de son cœur ?

La France peut-elle être « pour soi et pour le reste du monde » ?

« Beaucoup de français n’y croient plus, a reconnu le chef du gouvernement. Ils ne nous entendent plus. La parole publique est devenue pour eux une langue morte. »

La voici donc revivifiée cette parole par le seul pouvoir des mots.

Effet performatif du langage.

Oui, nous a assuré Manuel Valls, la France pourra rester elle-même, « car la France porte son regard au-delà d’elle-même, oui, car elle n’est pas un nationalisme obscure mais la lumière de l’universel ! »

Et pour nous en convaincre, Manuel Valls a choisi de faire entendre son propre cœur palpitant. Celui d’un étranger qui a voulu devenir Français.

Cette mise à nu a aussi produit son effet.

En faisant voir, il a fait croire.

Et chacun sait depuis Machiavel que « gouverner, c’est faire croire ».

Une fois l’émotion dissipée cependant, les doutes risquent fort de resurgir.

Car s’il ne reste plus que le cœur battant d’un homme pour nous faire croire à la survie d’un pays, si la politique se trouve réduite à monstration de l’intimité même de celui qui la produit, sans qu’aucune vision politique nouvelle n’apparaisse, on peut s’interroger sur ce qui restera à l’avenir pour nous faire croire à nouveau, en cas d’échec.

Et c’est donc le cœur battant que nous attendons la suite.

L'équipe

Antoine Mercier
Production