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Les manipulations de langage utilisées par Dieudonné sont assez facilement décryptables. Son outil préféré est le discours elliptique. La phrase est interrompue pour laisser le public poursuivre le raisonnement afin que se produise la transgression qui provoquera le frisson de ses supporters ou la réprobation de ses adversaires.

Dans les deux cas, l’énoncé demande à être complété. Il y a en fait co-création. Et c’est ce qui rend le procédé redoutable. Le processus se déploie en trois temps. Dans un premier temps, faire un signe ou dire un mot qui peut faire figure au premier abord de bouffonnerie mais qui reste potentiellement susceptible d’exprimer un message implicite.

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Dans un second temps, la réaction de l’auditeur se produit. Qu’elle prenne une forme complice ou hostile elle a pour conséquence de libérer le potentiel nauséabond du propos qui était auparavant retenu dans l’ellipse. Le piège se referme. La réaction a rendu explicite l’implicite. La chose est dite par celui qui l’entend.

Dans un dernier temps, les condamnations sont ré-exploitées dans le discours initial et dénoncées comme autant de d’attaques injustifiées. Elles viennent alimenter l’idée d’une censure infondée et renforce la position du locuteur. A preuve : Dieudonné émaille les vidéos qu’il poste sur internet des réactions hostiles qu’il est parvenues à susciter. C’est ce qui s’est passé ces derniers jours avec le mot quenelle et le geste qui va avec.

Au départ, l’expression n’avait l’apparence que d’un geste grossier : un bras d’honneur détendu. Exposé sur l’affiche d’une liste antisioniste, elle est venue suggérer une association : la quenelle a alors quitté son statut de gimmick ludo-communautaire pour devenir le vecteur de la haine.

Du coup la chose est légitimement perçue comme un acte antisémite. On y voit un salut nazi inversé. C’est alors que l'interprétation est, in fine, récupérée. La quenelle devient le moyen d’exprimer des propos antisémites tout en restant en-deçà du dire. On entend le fond mais sans pouvoir saisir la forme. C’est la raison pour laquelle les agissements de Dieudonné ne peuvent que difficilement faire l’objet d’une condamnation par les voies judicaires ou législatives.

La querelle sur la quenelle est une fausse querelle. A un discours pervers, il est contre-productif de répondre directement. On peut en revanche tenter de démonter ses procédés dans l’espoir de réduire son pouvoir manipulatoire.