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Quittons la Grèce antique et allons retrouver les Roméos et Juliette du Penjab. Je parle du Penjab dans sa totalité et non du Penjab actuel, partagé entre un Penjab pakistanais et un Penjab indien.

Elle s’appelle Heer, elle est belle, née dans une noble et riche famille qui possède de nombreux troupeaux. L’un des bergers joue admirablement de la flûte. Il s’appelle Ranjha, il est pauvre, sa famille l’a laissé tomber. Ce qui devait arriver arrive : la fille riche et le pauvre berger tombent éperdument amoureux l’un de l’autre et s’aiment en secret.

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Un jour, ils sont découverts. Scandale.Ses parents marient la jeune femme à un certain Saïda Khera, mariage arrangé sans amour. Fou de douleur, Ranjha se met à errer, rencontre Goraknath, le saint né dans une bouse de vache, et devient un Nath Yogi, l’un des disciples de Gorakhnath.

Plusieurs années plus tard, Ranjha retourne au village de Heer et leurs amours secrètes recommencent. Un peu différemment. Ranjha traversait chaque nuit la rivière et apportait à sa bien-aimée des plats succulents cuisinés avec des lambeaux de sa propre chair. Normal ! Ranjha avait appris à supporter parfaitement la douleur.

Mais Heer finit par le comprendre et une nuit, ce fut elle qui traversa la rivière en confectionnant un radeau de pots de terre cuite solidement reliés les uns aux autres. Pour une fois, Ranjha ne se découpa pas de lanières de chair pour la nourrir. Mais une servante surveillait Heer. La nuit suivante, cette mauvaise femme substitua aux pots de terre cuite du radeau des pots de terre crue. Heer monta sans méfiance sur le radeau, et les pots de terre crue furent dissous dans l’eau. Ranjha se jeta à l’eau et mourut noyé avec sa bien-aimée.

A l’autre bout du sous-continent indien, au Bengale, on sculpte pour leurs fêtes des statues de déesses magnifiquement vêtues et bijoutées, mais elles sont en terre crue, car sitôt la cérémonie terminée, des gaillards excités, toujours des jeunes gens, vont jeter leurs déesses au fleuve et leur tapent sur la tête pour que la terre crue se dissolve plus vite, symbole de la désacralisation des icônes qu’on aura mis tant de temps à préparer.

Il existe une autre version de la mort des amants. Quand il la retrouve, Heer est devenue veuve et les parents donnent enfin leur consentement au mariage. Mais le jour des noces, un oncle jaloux empoisonna le riz au lait sucré parfumé à la cardamome, dessert traditionnel. Heer mourut aussitôt. Fou d’amour, Ranjha mangea le reste du riz au lait et mourut.

Références

L'équipe

Luc-Jean Reynaud
Réalisation