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Aujourd’hui, je voudrais vous raconter une histoire vraie, une histoire d’amoureux massacrés qui ressemble à un mythe, une histoire si frappante qu’on a les larmes aux yeux. Il arrive que le réel rejoigne l’univers des mythes et que, n’en sachant rien, des jeunes gens répètent les mêmes gestes qu’on trouve dans les affaires des dieux. Et cela s’est déroulé en Inde il y a presque quatre ans.

Le 26 novembre 2010, *la jeune Veer, élève à Rori, dans le district de Sirsa, Etat de l'Haryana, se versa du kérosène sur le corps et l'enflamma. Elle voulait épouser Bittu, dix-sept ans, élève dans une classe supérieure; et ses parents avaient catégoriquement refusé ce Bittu qui n'était pas du coin- il était du Penjab. Veer succomba le soir même.

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Lorsque Bittu l'apprit, il courut vers le champ de crémation où se dresserait le bûcher funèbre de son aimée. Et là, il attendit que la famille de Veer ait quitté les lieux après avoir accompli les derniers rites. Quand Bittu fut certain qu'il était seul, il se jeta dans les flammes.

Bittu et Veer s'étaient connus au collège; ils s'aimaient et voulaient se marier, même s'ils n'avaient pas l'âge. Une affaire insensée. Depuis quand, dans un village indien, les jeunes gens décident-ils tout seuls de se marier ? Près de 99% des mariages sont "arrangés" par les parents. Depuis quand a-t-on le droit d'aimer qui l'on veut ? L'amour, s'il daigne venir, découle du mariage, c'est le dogme. Fort logiquement, les parents de l'amoureuse refusèrent l'amoureux. Et selon l'autre logique, toute nouvelle en Inde, Veer et Bittu rejoignirent le destin romantique de Roméo et Juliette. Plutôt la mort que l'amour séparé. Lorsque la famille revint pour recueillir les cendres de leur fille, ils trouvèrent deux squelettes au lieu d'un.

Ce n'est pas le seul cas tragique dans l'Haryana, un Etat tout proche de Delhi. Des parents tuent leurs filles plutôt que de céder, d'autres massacrent leur fils qui leur désobéit. Les redoutables conseils des vieux du village, qui agissent dans l’illégalité, appliquent la peine de mort aux amoureux et font enterrer vivantes les jeunes filles, toujours les plus coupables, comme de bien entendu. Ces vieux restent impunis, comme sont impunis les garçons de vingt ans qu’on marie à des filles de dix ans, ce qui est strictement interdit par la loi indienne. On est tout près de Delhi.

Comme si la proximité de la grande ville répandait le poison de l'amour dans les cœurs des ados alors que l'Inde entière le rejette. Alors que les films indiens en sont à peine au baiser sur la bouche sans la langue, les jeunes gens découvrent qu'ailleurs, on aime qui l'on veut comme on veut. Il ne s’agit pas de querelles de clans comme celles des Capulet et des Montaigu dans la pièce de Shakespeare, mais d’une interdiction d’aimer. La norme indienne, toutes religions confondues, c’est d’épouser un inconnu, une inconnue. On ne s’aimera pas ? Et alors ? Ce cycle-là est en plein soubresaut. Car cette fois, il s’agit d’une révolution dans les familles traditionnelles, et plus encore, d’une rébellion des jeunes gens. Dans les villages, c’est criminel, mais cela ne va pas durer. Pourquoi ? Parce qu’en Inde comme en Chine, les avortements sélectifs de fœtus féminins sont si nombreux qu’il manque 10% de filles. Et là, les vieux, dites-moi, qu’allez-vous faire?

Références

L'équipe

Luc-Jean Reynaud
Réalisation