Alexis Cordesse - Cyril Weiner
Alexis Cordesse - Cyril Weiner
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Résumé

Nous recevons le photographe Alexis Cordesse à l'occasion de la sortie de son livre "Talashi" aux éditions Atelier EXB.

avec :

Alexis Cordesse (Photographe).

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Un nourrisson, quelques mois tout au plus, dort profondément, allongé sur un lit, recouvert d’une couverture fleurie, la tête délicatement posée sur un coussin. Son visage est absolument tranquille, ses bras relâchés le long de son corps. La personne qui a pris la photo, comme nous qui la regardons désormais, s’émerveille simplement du caractère si paisible du sommeil de l’enfant, abandonné à ses rêves. C’est l’une des photos que le photographe Alexis Cordesse a sélectionné dans son livre, un livre composé de clichés que lui ont confié des réfugiés syriens exilés, et qui sont autant de souvenirs d’un monde désormais englouti. Comment faire émerger, en lieu et place du flux d’images dont nous sommes abreuvés, un flux d’émotion, de sensations, d’empathie, cette capacité à éprouver avec l’autre ?

Pour nous en parler ce soir Mathilde Wagman s'entretient avec le photographe Alexis Cordesse pour évoquer son livre Talashi paru aux éditions  Atelier EXB. Cet ouvrage rassemble des instantanés recueillis par le photographe auprès de personnes ayant fui la Syrie et la guerre. Il les rencontre en France, en Allemagne ou en Turquie. Cette fois, il ne tient pas l’appareil photo, mais inventorie des images survivantes et rescapées, prises par ces gens qui ont connu l’exil.  Ces images nous montrent des moments du quotidien et de joie d’avant la guerre.

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Extrait de Alexis Cordesse, "Talashi" (Atelier EXB, 2021)
Extrait de Alexis Cordesse, "Talashi" (Atelier EXB, 2021)
- Alexis Cordesse

L'autre actualité d'Alexis Cordesse est son exposition intitulée Présences qui se tient au Musée Nicéphore Niépce à Chalon-sur-Saône jusqu'au16 janvier 2022.

Alexis Cordesse "La piscine", 2003, vue de l'exposition "Présences" au musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône
Alexis Cordesse "La piscine", 2003, vue de l'exposition "Présences" au musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône
- Alexis Cordesse

Les images comme des fragments de vie 

"En ce qui concerne mon livre "Talashi", le projet a commencé de façon tout à fait fortuite. J’ai une amie, Maha, qui a quitté la Syrie avec son mari et ses deux filles, lorsqu’en 2013,  le soulèvement populaire a basculé dans la guerre civile. Elle a demandé à ses filles de choisir ce qu’elles voulaient emporter, et l’une de ses filles a choisi d’emporter des photos prises dans les albums de famille. En 2018, en me rendant chez elle, j’ai découvert ces photos rangées dans deux boîtes en fer blanc, et à ce moment-là, j’ai été très content de pouvoir, grâce à ces images, découvrir tout un pan de leur vie d’avant que je ne connaissais pas, et de pouvoir, par bribes, reconstituer ce qui était leur univers. Durant cette même journée, on pouvait voir sur les écrans, des images qui attestaient de la violence des bombardements en Syrie et annonçaient la chute prochaine de l’enclave rebelle de la Ghouta. Tout à coup, deux régimes d’images se sont entrechoqués, qui évoquaient de manière très différente, voire opposée, une réalité syrienne. Il m’a fallu du temps pour comprendre comment dialectiser à partir de ces deux régimes d’images, comment des fragments de vie pouvaient travailler le hors-champ de ces images d’actualité, et comment, en retour, ces images d’actualité donnaient une dimension émotionnelle à ces images banales de la vie quotidienne, dimension qu’elles n’auraient pas eue autrement." Alexis Cordesse

Le portrait comme moyen de faire des personnes des personnages

"Ce que j’aime dans le portrait, c’est tout d’abord la rencontre, puis une forme de disponibilité, qui peut amener à être bouleversée, grâce à la présence de l’autre, dans ses habitudes ou ses formes de regard. Quand vous décidez de faire le portrait de quelqu’un, il y a quelque chose qui relève un peu du théâtre. A partir du moment où la personne se met à poser, quelque chose d’autre peut apparaître : une autre vérité. En fait, cette personne devient un personnage, et c’est cette attente et ce moment de grâce que l’on peut capter et saisir. Je ne me lasse pas du protocole de la pose et de l’excitation de ce qu’il va advenir de la relation que je vais pouvoir établir avec le modèle." Alexis Cordesse

Comment représenter le mal

"Dans "L’aveu" ma série de photos sur le Rwanda réalisée en 2004, il y a eu quelque chose de troublant à pouvoir s’entretenir aussi bien sur des choses anodines, que sur des crimes commis par les personnes que j’ai rencontrées. Je me suis vraiment demandé si le mal avait un visage, et si ce visage devait être celui d’un monstre. Ce n’a pas été mon parti pris de représentation, parce que ce n’est pas ma conviction. Quoi qu’il en soit, je me refuse à réduire une personne, quelle qu’elle soit, à un jugement moral, au même titre que je me refuserais de réduire un rescapé à sa douleur. Ce que j’ai voulu faire, c’est révéler cette ambigüité et montrer le caractère relativement ordinaire, pour ne pas dire banal, de ces personnes. Si on ne sait pas ce qu’ils ont fait, ni où la photo a été prise, leurs visages ne laissent rien dévoiler de ce qu’ils ont fait. En fait, dans cette série, j’ai voulu créer volontairement une forme de trouble, parce que ces personnes, que je considère comme nos semblables -le génocide est un crime inhumain commis par des humains- questionnent la distance à laquelle on peut les regarder, et ébranle une certaine humanité qui nous est échue en partage." Alexis Cordesse

Série "L'aveu", 2004, exposition au musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône
Série "L'aveu", 2004, exposition au musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône
- Alexis Cordesse

Archive

Jean Hatzfeld, émission Surpris par la nuit, Antoine Germa, France Culture, 27/03/2008

Extraits

La Jetée, film de Chris Marker, 1962

Histoire d’un regard, documentaire de Mariana Otero, 2019 

Musique de fin

Reitschule, Do make say think

Références

L'équipe

Marie Richeux
Marie Richeux
Marie Richeux
Production
Mathilde Wagman
Production
Jeanne Aléos
Production déléguée
Félix Levacher
Réalisation
Marianne Chassort
Collaboration
Shehrazad Siraj
Collaboration
Lou Quevauvillers
Production déléguée