Nadia Kaabi-Linke entre un tableau de Brodsky et un tableau de Cheptsov
Nadia Kaabi-Linke entre un tableau de Brodsky et un tableau de Cheptsov
Nadia Kaabi-Linke entre un tableau de Brodsky et un tableau de Cheptsov - Timo Kaabi-Linke
Nadia Kaabi-Linke entre un tableau de Brodsky et un tableau de Cheptsov - Timo Kaabi-Linke
Nadia Kaabi-Linke entre un tableau de Brodsky et un tableau de Cheptsov - Timo Kaabi-Linke
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Résumé

Aujourd'hui nous avons le plaisir de recevoir l’artiste d'origine ukrainienne et tunisienne, Nadia Kaabi-Linke. Son exposition "Bindstrom" devait se tenir en mars au Musée National d'Art d'Ukraine à Kiev. La guerre en a décidé autrement.

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Depuis le 24 février 2022, date de l'invasion russe en Ukraine, une multitude de programmes de France Culture vous donne à entendre quotidiennement des analyses, débats, documents et commentaires permettant de saisir au mieux les enjeux de cette guerre. Dans « Par les temps qui courent », nous nous sommes demandés comment prendre régulièrement part à ces émissions radiophoniques qui se tournent vers l'Ukraine et avons décidé de vous faire entendre la parole d'artistes qui, avec leurs œuvres, leurs parcours, de très près ou d'un peu plus loin, offrent des échos à cette actualité. Après Le cinéaste Artem Lurchenko, la traductrice Luba Jugenson, le photographe Stephen Dock et le groupe DrakhBrakha, nous avons le plaisir d’accueillir depuis Berlin l’artiste ukraino-tunisienne Nadia Kaabi-Linke.

Elle devait inaugurer le 4 mars dernier une exposition au Musée National d’Art d'Ukraine ayant pour objectif d’ouvrir le débat sur une certaine forme de colonialisme russe, en s’appuyant sur la vie d’artistes ukrainiens dont la mémoire a été rayée de l’Histoire par le régime soviétique, et les œuvres censurées et confisquée par le KGB. A travers ce travail sur l’invisibilité, Nadia Kaabi-Linke a collaboré en parallèle avec des non-voyants sur une approche tactile de ces œuvres. Cette exposition a reçu le soutien de l’Institut Goethe.

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Portrait
Portrait
- Illia Shulga/NKL

L’art et l’histoire ne font qu’un

"Cette exposition a une incroyable résonnance avec les événements actuels, car dans mes pires cauchemars, je n’aurais jamais imaginé que la Russie puisse envahir l’Ukraine.

Pour cette exposition, mon inspiration est venue de deux moments. Tout d’abord, lors de ma visite de l’Académie des Arts de Kiev il y a 4 ou 5 ans., j’ai parlé avec des étudiants qui m’ont raconté que leurs professeurs leur interdisaient toute forme d’expression d’art contemporain ou conceptuel. Tout ce qui n’était pas classique et réaliste au sens strict était interdit. Cette mentalité trouve ses racines dans le socio-réalisme, et c’est cette même mentalité qui était derrière l’assassinat des artistes de l’avant-garde de la fin des années 20-30. Ensuite, lorsque je suis allée au Musée National d’Art Ukrainien, à Kiev, où j’ai rencontré la curatrice en chef, là, j’ai compris que les œuvres de la collection du musée narrent l’histoire de l’Ukraine. L’histoire douloureuse de ces œuvres : leur confiscation, restauration, réhabilitation, destruction ou disparition. Tout cela est bien sûr en lien avec le sort des artistes qui les ont créées et avec l’histoire subie par l’Ukraine." Nadia Kaabi-Linke

Ensuite, lorsque je suis allée au Musée National d’Art d'Ukraine, à Kiev, où j’ai rencontré la curatrice en chef. Là, j’ai compris que les œuvres de la collection du musée narrent l’histoire de l’Ukraine. L’histoire douloureuse de ces œuvres -leur confiscation, restauration, réhabilitation, destruction ou disparition-, tout cela est bien sûr en lien avec le sort des artistes qui les ont créées et avec l’histoire douloureuse de l’Ukraine." Nadia Kaabi-Linke

Décoloniser l'art ukrainien

"On ne parle quasi exclusivement que d’avant-garde russe, mais plus de la moitié des artistes de l’avant-garde sont Ukrainiens. En Occident, tout un pan de cet aspect de l’art est occulté, ce qui continue à perpétrer involontairement la propagande russe." Nadia Kaabi-Linke

Montrer des œuvres blessées qui continuent de déranger le système russe

"Dans cette collection, je voulais parler de cette blessure béante due au fait qu’une grande partie des œuvres de cette collection n’a jamais été exposée, a disparu, ou est dans un état tel, qu’on ne peut pas la montrer. Les craquelures, les plis, toutes ces blessures sur les surfaces des œuvres sont des traces sur lesquelles je me suis concentrée. Elles sont également les blessures de l’âme ukrainienne. J’ai ainsi voulu présenter des œuvres qu’on ne montrait pas parce qu’elles étaient trop endommagées, mais aussi montrer que les interdictions, les persécutions et les assassinats, tout cela était complètement aléatoire, horrible et totalement absurde. On a voulu anéantir ces œuvres et la mémoire qu’elles contiennent, mais malgré tout, elles existent toujours et elles continuent à déranger le système russe et son hégémonie." Nadia Kaabi-Linke

Archives

Le chef d'orchestre Yuri Ahronovitch, émission Euphonia, France Culture, 15/11/1991

Interview de Valéry Freland, directeur exécutif de la fondation ALIPH, dans un article de Benoit Grossin publié sur le site de France Culture, 08/03/2022

Références musicales

Chant Folklorique ukrainien, Oy ne budu ta budu a v zhabyni ne budu

Stuart Staples, Lubec

Références

L'équipe

marie Richeux
marie Richeux
Marie Richeux
Production
Jeanne Aléos
Production déléguée
Marianne Chassort
Collaboration
Mathilde Wagman
Production déléguée
Félix Levacher
Réalisation