Jardiner pour se soigner
Jardiner pour se soigner ©Radio France - Eric Chaverou
Jardiner pour se soigner ©Radio France - Eric Chaverou
Jardiner pour se soigner ©Radio France - Eric Chaverou
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7 Français sur 10 possèdent un jardin et autant d’Européens estiment qu'il est « important » voire « très important » d'habiter près d'un espace vert. Du vert de plus en plus plébiscité depuis les années 90. Avec aussi des jardins thérapeutiques et un développement de l’hortithérapie.

Témoignage cette fin de semaine de cette passion française, les " Rendez-vous aux jardins", partout en France, ou " L’art du jardin", qui s’empare du Grand Palais. Le monument parisien où seront notamment à l’honneur des jardins thérapeutiques et l’hortithérapie. Cette thérapie très développée aux États-Unis gagne du terrain en France mais sans encore de véritable reconnaissance officielle.

Cédric
Cédric
© Radio France - Eric Chaverou

Cet après-midi là, il pleut à verse sur Maule, dans les Yvelines.

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Pourtant, 7 résidents sur les 45 du foyer d'accueil médicalisé pour personnes cérébro lésées mettent la main au jardin d'Epi Cure.

Dont Cédric, moins de 30 ans, atteint de lésions graves suite à un accident de la circulation dans son enfance . Sous la serre, il vient à nous et nous confie : « ça m'apporte une liberté et une joie de vivre ». « Cela a complètement changé ma vie parce qu'avant j'étais égocentriste », ajoute celui qui voudrait justement devenir jardinier :

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"Avant, on regardait les gens à l'extérieur et on voulait être à leur place. Maintenant, c'est l'inverse !"

Stéphane, animateur du jardin d'Epi Cure
Stéphane, animateur du jardin d'Epi Cure
© Radio France - Eric Chaverou

Avec la complicité de la direction de l'établissement et du personnel, ce jardin et ses ateliers ont été et sont pensés depuis fin 2011 par Anne Ribes, infirmière et pionnière en France de l'hortithérapie.

Anne Ribes épaulée par son mari Jean-Paul, qui préside l'association Belles Plantes, et par Stéphane, animateur, qui constate notamment les progrès grâce aux photos qu'il prend pour Facebook.

Stéphane, trois après-midi par semaine au milieu des roses, des salades et autres semis ou boutures.

Avec de plus en plus de succès, y compris en dehors des ateliers, qu'il vente ou qu'il neige. Auprès de résidents qui le verbalisent :

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"Une thérapie par l'appropriation. Sans prescription."

Anne Ribes
Anne Ribes
© Radio France - Eric Chaverou

Depuis 15 ans déjà, Anne Ribes travaille aussi, avant tout, en plein coeur de Paris, à la Pitié-Salpêtrière, à ce jardin de soin. Elle obtient à l'époque la confiance du Professeur Basquin, qui dirige le service de pédopsychiatrie. Confiance toujours renouvelée par ses successeurs, au point que les Ribes seront qualifiés de « chercheurs » et que ce jardin vient de passer de 50 m2 à 80 m2 !

Écoutez la avec son mari, porte-parole, évoquer les principes qu'ils développent et leur conception de l'hortithérapie. Pourquoi aussi ils distinguent hortithérapie et jardin thérapeutique :

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16 min

Désacraliser le paysage et le rendre interactif

A la Roche-sur-Yon, un autre précurseur est lui inquiet. Responsable des espaces verts du centre hospitalier spécialisé dans les maladies mentales George Mazurelle, Dominique Marboeuf approche de la retraite. Et il ignore encore si sa direction poursuivra une oeuvre de plus de trente ans !

L'"hôpital parc" Georges Mazurelle de la Roche-sur-Yon
L'"hôpital parc" Georges Mazurelle de la Roche-sur-Yon

D'autant que son équipe est déjà passée de 14 à 8 agents. Dans cet établissement de 45 hectares et d'une capacité de 500 lits, le jardin est à vivre plus qu'à regarder, par et dans tous les sens . Ou plutôt les jardins, car Dominique Marboeuf les a démultipliés et adaptés en fonction des pathologies et des âges. En limitant toutefois l'intervention sur la nature précise celui qui souligne le bénéfice qu'en tire également le personnel :

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5 min

Toujours plus de jardins thérapeutiques, avec même des volières

Le constat ne vient pas de n'importe qui : la Fédération Hospitalière de France. Elle qui représente les établissements publics sanitaires et médico sociaux, soit quasiment tous les hôpitaux et un peu plus de la moitié des maisons de retraite.

 Annabelle Malnou, chargée de mission médico social à la Fédération Hospitalière de France
Annabelle Malnou, chargée de mission médico social à la Fédération Hospitalière de France
© Radio France - Eric Chaverou

Son outil : un prix lancé il y a deux ans.

Cette fois, presque 100 candidats viennent d'y concourir, contre quelques dizaines pour la première édition. Et même si davantage d'établissements ont été alertés, Annabelle Malnou, chargée de mission médico social à la FHF parle d'un véritable phénomène . Avec notamment une très grande majorité des maisons de retraitedotée d'un jardin thérapeutique et des lieux qui vont jusqu'à se doter de volières ou de poulaillers:

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Daniel Joseph, directeur de la Fondation Georges Truffaut
Daniel Joseph, directeur de la Fondation Georges Truffaut
© Radio France - Eric Chaverou

De quoi motiver des industriels et des entrepreneurs, voire des paysagistes, à investir dans ce secteur porteur.

Ou encore la jeune Fondation Georges Truffaut, née il y a 2 ans et disposant d'un million d'euros sur 5 ans pour du pédagogique, de l'insertion et du thérapeutique.

Elle aussi en est de son prix, décerné d'ailleurs au Jardin d'Epi Cure qu'elle a déjà soutenu financièrement. Mais son directeur, Daniel Joseph , qui qualifie ce prix de « véritable show », regrette de ne pas être davantage sollicité :

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3 min

Mais pas de véritable reconnaissance officielle

"Hôpital parc" Georges Mazurelle de la Roche-sur-Yon
"Hôpital parc" Georges Mazurelle de la Roche-sur-Yon

L'Académie de médecine, que nous avons contacté, ne voit pas de danger dans l'hortithérapie. Mais pas non plus de données scientifiques suffisantes, de publications par exemple, pour pouvoir se prononcer à son sujet. Pour elle, il n'y a pas débat car il n'y a pas de risque. Mais les Ribes souhaitent eux un cadre officiel et des études scientifiques normées, un peu à l'américaine. Jean-Paul Ribes qui souligne aussi comment ses courriers sont passés de ministère en ministère, avec des félicitations mais rien de plus. Heureusement, le couple dispense depuis peu une formation dans une institution du jardinage : Chaumont-sur-Loire :

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Une formation continue universitaire de complément existe également depuis dix ans à la Faculté du Mirail de Toulouse, à l'initiative de Jean-Luc Sudres . Un professeur de psychologie et de psychopathologie clinique qui va faire soutenir dans quelques semaines une thèse sur l'utilisation de l'hortithérapie en soins palliatifs et espère bientôt un véritable diplôme universitaire :

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9 min

Mais ce bourgeonnement se fait au milieu de tensions entre les associations, divisées au sujet de leur légitimité, quand l'union servirait une cause qui semble commune...

Et vous, qu'en pensez-vous ?

L'exemple américain

La journaliste et blogueuse Isabelle Boucq, formée aux États-Unis et récemment à Chaumont
La journaliste et blogueuse Isabelle Boucq, formée aux États-Unis et récemment à Chaumont
© Radio France - Eric Chaverou

C'est pour beaucoup la référence, même si l'hortithérapie est aussi développée en Grande-Bretagne, au Canada ou au Japon. Aux États-Unis, la discipline est enseignée dans une dizaine d'universités et a son association nationale ainsi qu'un Institut très actif à Denver. Lancée dans les années 50, elle a notamment beaucoup servi et sert encore aux vétérans, en ce moment d'Irak et d'Afghanistan. Mais tout n'est pas rose et il est difficile pour un indépendant d'en vivre quand les structures elles-mêmes privilégient les bénévoles. Écoutez les explications de la journaliste et blogueuse Isabelle Boucq, formée justement aux États-Unis et récemment à Chaumont :

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6 min

L'équipe

Micro France Culture
Micro France Culture
Éric Chaverou
Journaliste
Abdelhak El Idrissi
Journaliste
Isabelle Lassalle
Isabelle Lassalle
Isabelle Lassalle
Journaliste