Place de la République à Paris (06/04/2016)
Place de la République à Paris (06/04/2016)
Place de la République à Paris (06/04/2016) ©Maxppp - Benjamin Girette IP3
Place de la République à Paris (06/04/2016) ©Maxppp - Benjamin Girette IP3
Place de la République à Paris (06/04/2016) ©Maxppp - Benjamin Girette IP3
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Résumé

Depuis une semaine, paroles et débats prennent place à travers la France, dans un mouvement sans tête. Reportage au coeur de la Nuit debout Place de la République à Paris et place du Bouffay à Nantes. Par Catherine Petillon

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Au "39 mars" en calendrier Nuit Debout , des citoyens continuent soir après soir à venir faire de la politique à ciel ouvert. Depuis une semaine, ils sont de plus en plus nombreux à prendre place et la parole. Le 31 mars, dans la foulée d’une manifestation contre la loi El Khomri, quelques citoyens ont décidé de ne pas rentrer chez eux mais d'investir la Place de la République, et de la transformer en une grande agora. Depuis, le mois de mars ne s’arrête pas.

C'est mardi, au sixième soir des mobilisations, que des citoyens commencent   à faire place commune dans d’autres villes à travers la France. En quelques heures apparaissent sur les réseaux sociaux les comptes "nuit debout" d'une quarantaine de villes. Le soir même, des rassemblements ont eu lieu à Strasbourg, Rennes, Marseille, Toulouse. Une carte des Nuits debout est depuis régulièrement actualisée.

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Les #NuitDebout prévues d'ici samedi 9 avril
Les #NuitDebout prévues d'ici samedi 9 avril
- Ide

A Nantes, cet après-midi là s’achève dans une ambiance tendue. Une manifestation contre le projet de loi s’étire dans une ambiance de lacrymos, au bruit d’un hélicoptère stationnaire au –dessus du centre ville et des camions de CRS qui parcourent les artères principales. Mais place du Bouffay, l’ambiance un peu tendue et alcoolisée fait place à la nuit tombante à un joyeux rassemblement d’environ 300 personnes. Les militants d’une association locale installent leur système de sonorisation. Et en quelques minutes, une poignée de gens s’emparent des bâches et bout de bois apportés par des étudiants en architecture et montent un abri pour les prises de parole.

Quand Sarah, jeune étudiante, prend le micro pour lancer une AG, les thèmes de discussion fusent dans l’assemblée : travail, éducation, « média, oui, médias, c’est bien ça ! », « Constitution !! » répète en criant un jeune couple jusqu’à se faire entendre. C’est finalement « démocratie » qui est retenu comme thème. Et dans une sympathique désorganisation, des groupes de forment et se dispersent à travers la place.

Lancement de la Nuit debout à Nantes (05/04/16)
Lancement de la Nuit debout à Nantes (05/04/16)
© Radio France - C. Petillon

Pour Joffrey, étudiant en architecture, pas question de rejoindre un parti. C'est de discuter qu'il a besoin. "Nous les jeunes avons besoin d'exprimer notre voix, mais sans passer par les rouages habituels. Moi c'est quand je discute avec mes amis ou avec des personnes que je ne connais pas que s'exprime ma conscience politique."

Joffrey, s'exprimer hors des rouages habituels

1 min

Ce soir là , c'est l'atelier "démocratie" qui fédère le plus. Par terre, en cercle, dans un coin de la place devenue petite agora, quelques dizaines de personnes discutent d'un changement de Constitution, débattent sur le tirage au sort des représentants. En marge du débat, des conversations se nouent.

Un peu plus loin, Renan tient une pancarte « On n’est pas du bétail »  : « On parle d’emploi en chiffre, tous les abus que j’ai vécus sont légalisés par le projet de loi travail. »

Renan : Montrer qu'on est là sur la durée

2 min

Ce jour-là, il est l’une des rares personnes présentes à avoir manifesté contre la loi El Khomri. C'est un faisceau bien plus large de raisons qui amène les gens sur la place. « Je préfère discuter que manifester », explique Romane 22 ans étudiante en sciences. Elle est venue avec Elias. A 26 ans, il est entre deux contrats : il enchaîne les CDD dans la communication. Tous deux se sont lancés dans les débats de l’atelier éducation « Etre là, ça permet de ne pas s’énerver tout seul. Si déjà il y a tous ces gens qui disent qu’il y a un problème, c’est qu’il y bien un problème, et qu’on n’est pas fou », ajoute Romane.

Un atelier éducation place du Bouffay

2 min

Beaucoup semblent presque étonnés de voir leur ras-le-bol partagé. 
Place de la République, à Paris, on rencontre Clara, étudiante en audiovisuelle. Entre une prise de parole de la diaspora congolaise et une intervention d'un jeune homme sur la précarité, elle se lance, et saisit le mégaphone pour apostropher l’assemblée « Je voulais vraiment vous remercier, car je me sens moins seule ».

C’est presque avec un joyeux soulagement qu’elle nous explique sa joie d'être avec d''autres. « Je ne suis pas engagée mais je suis - enfin j’étais- de culture et de valeurs socialistes Et je me suis réveillée un matin et on proposait le déchéance de nationalité. J’étais perdue, je n’ai pas envie de m’engager dans un parti. Je suis contente de discuter avec des gens qui pensent comme moi, de ne plus être seule.»

Clara : "j'étais perdue et aujourd'hui je suis contente de ne plus être seule"

2 min

Les gestes de la Nuit Debout
Les gestes de la Nuit Debout
© Radio France - C. Petillon

« On pourrait apporter nos plantes », commente Edith en regardant le « château fort » qui s’érige sous ses yeux grâce à la débrouille d’une poignée d’étudiants en Beaux Arts et du matériel de récupération . Jeune diplômée en horticulture, elle est venue « par curiosité »  avec sa copine Elise, fraîchement sortie de Sciences Po. « L_es gens s’expriment,on se rend compte qu’ils ont les mêmes critiques, les mêmes interrogations, on se sent moins seules._ » Faute de boulot, les deux jeunes diplômés sont en service civique. « Moi je ne me figure pas du tout l’avenir, alors là parler à nouveau d’avenir, construire un projet commun, même si c’est des grands mots et que ce n’est pas très concret, c’est déjà réconfortant », explique Elise.

Ce qui amène chacun sur la place, c'est sa propre expérience. Chacun témoigne de ses difficultés. C'est aussi de cela que l'intense activité sur les réseaux sociaux donne le pouls. Les hastags #NuitDebout et #OnVautMieuxQueCa jouent bien sûr un rôle de rassemblement et d'organisation. Mais ces prises de paroles disent plus et illustrent la volonté de mettre en commun une expression individuelle et singulière.
Personne ne sait à ce stade comment ces rassemblements vont évoluer. Chaque jour ils changent, sans que l'on ne puisse dire encore si c'est un mouvement qui essaime, s'étend, ou simplement des événements qui se font écho. Et si la "convergence des luttes" que beaucoup espèrent est en marche.  Pour l'heure, il reste homogène, urbain. Reste que l'on assiste au surgissement visible et audible d'une parole qui s'exprime depuis des mois. Sans avoir été jusque là entendue.

Et pour les politiques, difficile d'appréhender ce mouvement multiforme et horizontal:

Les politiques sont-ils #NuitDebout

5 min

Reportage de Christine Moncla

Références

L'équipe

Catherine Petillon
Journaliste
Éric Chaverou
Journaliste