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Depuis les attentats et l’instauration de l’état d’urgence, les rassemblements ont été interdits à Paris et proche banlieue. Pas de grande manifestation, mais les initiatives, spontanées, se multiplient dans l'espace public comme en ligne. Se rassembler sous l'état d'urgence, un dossier de Catherine Petillon avec vos témoignages.

Place de la République à Paris après les attentats
Place de la République à Paris après les attentats
© Maxppp - Nikola Mihov/Wostok Press

A Toulouse, Strasbourg, Douai, mais aussi à Paris, depuis samedi dernier, des milliers de personnes à travers le pays se rassemblent. Pas de grand moment identifié comme l'avait été le 11 janvier, mais des manifestations spontanées, éparpillées dans le temps et dans le territoire. Et une volonté qui s'exprime, de tenir ensemble face à l'événement.

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Mais à Paris, un rassemblement musulman prévu vendredi devant la grande mosquée de Paris pour dire non "au terrorisme" a été annulé, "les conditions de sécurité" n'étant, selon la mosquée, pas réunies. Et ce samedi 21 novembre, la Préfecture de police de Paris a prolongé l'interdiction de manifester en Ile-de-France jusqu'au 30 novembre, sauf cas exceptionnel, dans le cadre de l'état d'urgence. Elle était initialement prévue jusqu'à ce dimanche soir. Les rassemblements sur les lieux des attentats à Paris et Saint-Denis, sont, eux, autorisés et se poursuivent :

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Des témoignages à écouter dans le magazine de la rédaction : Attentats du 13 novembre, les jours d'après.

Amis, proches, voisins, ou tout simplement citoyens de France et d’ailleurs viennent déposer des bougies (vous nous avez envoyé des centaines de photos), des dessins, se recueillir, chanter. Etre ensemble. Mais les mesures liées à l'état d'urgence décidées par François Hollande ont rendu les manifestations difficiles, voire impossibles.

Place de la République à Paris après les attentats
Place de la République à Paris après les attentats
© Maxppp - franck Panikian

Le seul événement national prévu à ce jour est celui organisé par les autorités. Un hommage rendu aux victimes le 27 novembre prochain à 10h30, dans un lieu militaire : l'hôtel des Invalides.

« Tout cela crée les conditions d’une sorte d’état d’exception : on est à la fois sommé de réagir à l’émotion collective et dans l’incapacité de le montrer ensemble. C’est pour cela qu’il y a ces formes d'expression un peu bricolées et qu’il y a une tension entre la communauté et la volonté d’exprimer en tant qu’individu, en tant que personne, sa propre émotion individuelle. C’est pour cela qu’on voit tous ces mots d’hommages. Il y a vraiment cette tension entre l’individu, de plus en plus présent dans les émotion du deuil au XXIe siècle, et l’idée de faire bloc », explique l’historien Emmanuel Fureix, spécialiste des deuils nationaux, et auteur notamment de "La France des larmes" (Champ Vallon, 2009) :

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D'autres formes collectives d'expression s'inventent. Comme les appels à se retrouver "tous en terrasse" ou à s'y revendiquer, y compris hors de Paris, comme ci-dessous. Et des personnalités du monde culturel appellent "Paris, la France, le monde" à "être Debout !", ce vendredi à 21h20. "Une semaine après, allumons lumières et bougies en occupant, nos cafés, notre rue, nos places, nos villes, faisons entendre ces musiques qu'ils haïssent. Faisons du bruit et de la lumière pour qu'ils comprennent qu'ils ont perdu. Nous ferons ensemble cet acte simple, ici, là, là-bas, pour faire la preuve, une nouvelle fois, que la culture continuera de rayonner et de faire briller la lumière de l'espoir et de la fraternité ., dit leur tribune publiée dans le Huffington post, et signé notamment par Charles Aznavour, Sylvie Testud, le metteur en scène Emmanuel Demarcy-Motta ou l'animateur de télévision Mouloud Achour.

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Ensemble en ligne
Peut être plus encore en raison des difficultés à se réunir dans l'espace public, le web joue son rôle de lieu de rassemblement. Dès les heures qui ont suivi, les attentats ont occupé l'espace des réseaux sociaux. D'abord pour se trouver, s'aider. Puis pour se retrouver. Désormais, appels festifs, photos, témoignage et souvenirs défilent avec des mots clés : tous unis, je suis en terrasse, mon plus beau souvenir du Bataclan.

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Facebook a fait plus : il a engagé ses utilisateurs à, d'un clic, apposer le drapeau français sur son profil. Dans une tribune publiée par rue89 le chercheur en neurosciences Romain Ligneul s'est inquiété de cette forme d'expression.

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Une manière politique de définir les événements

Le philosophe Michaël Foessel
Le philosophe Michaël Foessel
© Radio France

Liberté d'expression, caricatures : après Charlie, les symboles attaqués ont rapidement fait consensus. Ce qui est plus difficile avec ces attentats. Définir ce qui nous arrive, réagir, c'est aussi le rôle de ces rassemblements.

"Il y a une tension entre l’état d’urgence et de guerre et la réaction normale, celle du deuil. Et les rassemblements qui ont lieu ne sont pas que des hommages aux victimes. C'est aussi essayer de comprendre ce qui a été vécu, le désir d’être consolé ensemble. C’est le désir de ne pas être complètement seul et dépossédé face à l’événement", analyse **le philosophe Michaël Foessel, ** auteur d'un ouvrage consacré à la consolation ("Le temps de la consolation", Le Seuil, 2015).

Or pour lui, s'il y a bien sûr des questions de sécurité, restreindre les manifestations, c'est empêcher aussi une manière politique d'organiser la réception de l'événement :

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Et voici vos réactions recueillies sur les réseaux sociaux :