"Ventura (Cavalo Dinherio)", de Pedro Costa 2014 - Crédit Pedro Costa - Jeu de Paume
"Ventura (Cavalo Dinherio)", de Pedro Costa 2014 - Crédit Pedro Costa - Jeu de Paume
"Ventura (Cavalo Dinherio)", de Pedro Costa 2014 - Crédit Pedro Costa - Jeu de Paume
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Résumé

Aujourd'hui dans Plan Large, rencontre avec le cinéaste portugais Pedro Costa à l'occasion de la sortie en France de son film "Ventura (Cavalo Dinheiro)" qui date de 2014 et de la rétrospective que lui consacre le musée du Jeu de Paume à Paris.

avec :

Pedro Costa.

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A force d’occuper les marges, on finit par se retrouver au centre. Ça fait plus de 20 ans, depuis Dans la chambre de Vanda, en 2000, que le Portugais Pedro Costa s’est débarrassé de la lourde machinerie et des conventions du cinéma pour aller, dans les quartiers les plus miséreux des faubourgs de Lisbonne, filmer en toute indépendance, grâce à la légèreté des petites caméras numériques, des personnages en rupture de ban, issus de l’immigration capverdienne au Portugal, relégués aux lisières de la société et de la représentation. Des acteurs non professionnels, mais véritables collaborateurs de création pour le cinéaste, puisque c’est à partir de leur vécu que s’imaginent, ensemble, les histoires qu’ils nous racontent : "Ces gens-là essaient de se cacher, les quartiers sont des ghettos, des forteresses où l'on se cache de tout : de la police, des malheurs, ce sont comme des catacombes. Ce sont des gens qui ont peu accès à tout, et même à la lumière. C'est difficile d'entrer dans ces mondes. Habituellement on y rentre parce qu'on tombe, ou par besoin de quelque chose, à cause d'un danger. C'est aussi difficile de rentrer que de sortir de ces quartiers. Le cinéma est peut-être une petite lumière là-dedans."

"O Nosso Homem", de Pedro Costa, 2010
"O Nosso Homem", de Pedro Costa, 2010
- Crédit Pedro Costa - Jeu de Paume
44 min

En cette fin de printemps 2022, les films de Pedro Costa surgissent de l'ombre et sont visibles partout : cinq mois après la sortie de Vitalina Varela, arrive enfin sur grand écran le film qui en était la source, Ventura, très attendu depuis qu’il avait valu à Pedro Costa le prix de la mise en scène au Festival de Locarno en 2014. Mais ce n’est pas tout : l’intégralité des films du cinéaste sont présentés en rétrospective au musée du Jeu de Paume à partir du 14 juin, tandis qu'une exposition collective, Le Reste est ombre, qui fait puissamment dialoguer ses œuvres avec celles du sculpteur Rui Chafes et du photographe Paulo Nozolino, se tient jusqu’à la fin août au Centre Pompidou ; et plusieurs ouvrages majeurs creusant sa filmographie sortent parallèlement : Pedro Costa, cinéastes de la lisière, d’Antony Fiant, chez De L’Incidence Editeur, Pedro Costa, les chambres du cinéaste, par Jacques Rancière, aux Editions de L'œil, qui a aussi publié en début d’année un colossal, magnifique et indispensable Matériaux Pedro Costa, sous la direction de Luc Chessel et de Cyril Neyrat. Il y a actuellement un moment Pedro Costa, et Plan Large est donc allé à la rencontre de ce grand cinéaste : "Les films, ce sont des gens, c'est approcher des gens, s'il n'y a pas de personnes dans mon plan je me sentirais complètement imposteur. Je ne peux pas filmer des paysages ou des objets. Ce sont des gens et les gens c'est quelque chose de grave à filmer. Pour moi c'est une question de vie et de mort et de responsabilité morale."

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"Vitalina Varela", de Pedro Costa, 2022
"Vitalina Varela", de Pedro Costa, 2022
- Crédit Pedro Costa - Jeu de Paume
À lire aussi : Pedro Costa
55 min

Le Journal du cinéma : "The earth is blue as an orange", de Iryna Tsylik

Et puis il y a encore ce documentaire saisissant, qui avait remporté un prix au festival de Sundance en 2020, la vie d'une famille ukrainienne dans un village du Donbass, dans les années qui précèdent l'envahissement que l’on sait du pays tout entier par la Russie en février dernier. Iryna Tsylik, sa réalisatrice, y filme avec talent le contraste vertigineux entre l'ordinaire de la vie et l'extraordinaire de la guerre. Une situation surréaliste qui trouve son écho dans le titre du film : The Earth Is Blue as an Orange, dont on ne comprend pas, ceci dit, pourquoi il ne sort pas en France sous le nom de "la terre est bleue comme une orange", comme le poème de Paul Eluard. Iryna Tsylik, au micro de Marceau Vassy : "J'ai passé beaucoup de temps dans les régions de Donetsk et de Lougansk et j'ai vu partout cette poésie irréelle très particulière, très spéciale et j'ai voulu la filmer et la capter dans mon récit."

"The earth is blue as an orange", d'Iryna Tsylik, 2022
"The earth is blue as an orange", d'Iryna Tsylik, 2022
- Crédit Juste Doc

La chronique de Sophie-Catherine Gallet : "Swing", de Tony Gatlif

Dialogue musical entre un oud et une guitare, avec pour la manier le virtuose Tchavolo Schmitt, légende du jazz manouche, c’est une scène que l'on peut retrouver dans Swing, le film de Tony Gatlif, sorti il y a déjà 20 ans, et qui depuis mercredi fait à nouveau taper du pied et battre le cœur des spectateurs. Un film qui, dans les banlieues dites "sensibles" de Strasbourg, fait dialoguer la musique popularisée par Django Reinhardt avec d’autres rythmes, kletzmer et arabes. Bref, une fable très politique, dont nous parle Sophie-Catherine Gallet, derrière les apparences d’un film pour enfants : "C'est sur cette jonction que se place la première ambivalence du film : entre l'apparente naïveté et l'exploration d'une communauté en marge de la société établie."

"Swing" de Tony Gatlif, 2002
"Swing" de Tony Gatlif, 2002
- Crédit Malavida Films
51 min

Les sorties de la semaine par Antoine Guillot

Toujours dans les marges, un road-movie documentaire où la cinéaste Michale Boganim évoque la relégation dont furent, et sont pour beaucoup encore victimes les Juifs moyen-orientaux en Israël, c’est Mizrahim, les oubliés de la terre promise.

La honte d’une adolescente longiligne et réservée pour sa mère aussi ronde qu’exubérante, c’est La chance sourit à madame Nikuko, nouveau chef-d’œuvre d’animation d’Ayumu Watanabe, l’auteur des Enfants de la mer.

Les avanies d’un Don Juan moderne, dans le Londres des années 50, c’est Monsieur Ripois, de René Clément, avec Gérard Philipe dans le rôle-titre, qui est ressorti en version restaurée.

Tout comme le chef-d’œuvre longtemps invisible de Jean Eustache, La Maman et la Putain, nous en parlerons plus longuement la semaine prochaine avec Charlotte Garson.

Un artiste qui s’est attaqué par deux fois à l’urinoir de Marcel Duchamp avant de se couper une phalange en soutien à Ingrid Betancourt quand elle était otage des Farc, c’est Pierre Pinoncelli, l’artiste à la phalange coupée, filmé par un autre artiste, Virgile Novarina.

Une jeunesse israélienne, entre réseaux sociaux et fantasmes de sexe brutal, c’est le très percutant All eyes off me, de la jeune cinéaste Hadas Ben Aroya.

"All eyes off me", de Hades Ben Aroya
"All eyes off me", de Hades Ben Aroya
- Crédit Wayne Pitch

Sinon il y a aussi des dinosaures, cette semaine, avec le nouveau volet de la franchise initiée il y a près de 30 ans par Steven Spielberg, Jurassic World 3, le monde d’après, avec des gros sauriens tellement à bout de souffle qu’on se dit qu’une bonne météorite ne serait pas la malvenue.

Un film d’horreur post #meetoo, où tout homme est pour son héroïne une menace en puissance c’est Men, d’Alex Garland, dont la balourdise certaine est heureusmeent compensée par une vraie invention figurative.

Et puis enfin, curiosité de la semaine, un conte horrifique et drolatique, qui transpose à Clermont-Ferrand le réalisme magique sud-américain, c’est Petite fleur, de Santiago Mitre, et son entêtant tube jazz signé Sidney Bechet.

55 min

Les annonces de Plan Large

Quelques petites annonces encore : côté festivals, le court-métrage, c'est jusqu'au 18 juin à Pantin, pour une 31e édition, sur grand écran, de Côté Court, qui fête aussi les 30 ans du festival, après l'édition virtuelle de l'an dernier, à cause de l'épidémie de Covid. Pour l'animation, ce sera à Annecy, à partir de lundi prochain et jusqu'au 18 juin.

Et puis si vous êtes à Nantes, ou dans la région, mercredi prochain, à l'occasion de la publication du livre De Zéro de conduite à Tomboy, des films pour l'enfant spectateur par Les Enfants de Cinéma aux éditions Yellow Now, dont nous avions reçu les maîtres d'œuvre, Carole Desbarats et Hervé Joubert-Laurencin, dans notre Plan Large de Noël dernier, Alain Bergala viendra au Cinématographe présenter deux films indispensables sur l’enfance : Les Contrebandiers de Moonfleet de Fritz Lang et La Nuit du chasseur de Charles Laughton.

1h 00

Extraits sonores

Extraits de Ventura, de Pedro Costa, 2014

Extrait de The Earth is blue as an orange, d'Iryna Tsylik

Extrait de Swing de Tony Gatlif

Musique Alto Cutelo, de Os Tubaroes

Musique Petite fleur de Sidney Bechet

Musique tirée du film Swing de Tony Gatlif

Références

L'équipe

Antoine Lachand
Antoine Lachand
Antoine Guillot
Production
Vivian Lecuivre
Réalisation
Marceau Vassy
Collaboration