"Ma nuit", de Antoinette Boulat - Crédit Epicentre Films
"Ma nuit", de Antoinette Boulat - Crédit Epicentre Films
"Ma nuit", de Antoinette Boulat - Crédit Epicentre Films
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Résumé

Aujourd'hui dans Plan large nous recevons les cinéastes Antoinette Boulat pour son film "Ma nuit", ainsi que Samuel Theis pour son long métrage "Petite nature". Ou quand le cinéma porte de nouveaux visages et de nouveaux regards.

avec :

Antoinette Boulat (Directrice de casting pour le cinéma), N.T. Binh (Journaliste, critique, enseignant de cinéma (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)).

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C'est à des premiers pas, que nous vous invitons à assister ce samedi. Ceux de personnages, qui cherchent leur place dans le monde. Ceux aussi de jeunes actrice et acteur, dont on découvre le visage et le corps, et leur capacité miraculeuse à exprimer toutes les facettes de personnalités sensibles et complexes. Ceux enfin de cinéastes, aptes à les capter avec délicatesse, quittant les sentiers balisés du naturalisme à la française pour accéder à la poésie la plus émouvante. Premiers pas dans la réalisation, certes, mais pas dans le cinéma.

"Ma nuit" : deux solitudes dans une nuit parisienne

Notre première invitée, Antoinette Boulat, est une directrice de casting chevronnée, depuis 35 ans qu’elle a découvert pour Jacques Doillon la petite Victoire Thivisol, qui allait devenir sa Ponette, avant de peupler les plans d’Olivier Assayas, Léos Carax, Sofia Coppola et autres Wes Anderson, pour ne citer que quelques-uns des auteurs des plus de 120 films où son nom apparaît au générique.

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Pour son premier film comme réalisatrice, c’est la jeune Lou Lampros qu’elle a choisie pour incarner dans Ma nuit la jeune adolescente en deuil dont elle suit le parcours jusqu’au bout de sa nuit dans un Paris tout aussi endeuillé : "Ce qui m’intéressait, c’était de parler de l’état dans lequel le deuil nous plonge : pas forcément le traumatisme immédiat mais le fait que l’on a une distance avec son environnement, avec un regard douloureux et clairvoyant sur ce qui nous entoure.Tom Mercier, l’acteur israélien installé à Paris, comme le personnage qu’il interprétait dans le film qui l’a révélé, Synonymes, de Nadav Lapid, donne ici la réplique à Lou Lampros. Antoinette Boulat explique d'ailleurs qu'"ils ont beaucoup travaillé de leur côté et cela ne me regardait pas. Je n'avais pas nécessairement besoin qu’ils me disent tout ce qu’ils s’étaient racontés du film. J’avais besoin de recréer une certaine distance. L’inspiration vient beaucoup du mystère."

"Ma nuit", d'Antoinette Boulat
"Ma nuit", d'Antoinette Boulat
- Crédit Epicentre Films

Le film suit ces deux âmes errantes durant un long parcours nocturne dans les rues de la capitale, qui ira de la place de la République à la gare du Nord, en passant par le faubourg Saint-Denis, Barbès, le canal Saint-Martin et le bassin de la Villette dans un geste de cinéma qui rappellera ceux de la Nouvelle Vague.  Un Paris qui, au fur et à mesure qu’avance la nuit, se vide de ses habitants, et prend un tour de plus en plus fantastique, « comme si on basculait dans un autre monde », est-il dit à un moment. Un Paris hanté même, par la mémoire des attentats récents, qui semble endeuillé tout en étant, dans un même mouvement, presque fantastique. La ville de Paris est ici la toile de fond de l'histoire autant qu'un personnage à part entière du film : "Dès l’écriture, c’était important pour moi de parler de Paris aujourd’hui, d’une ville qui est très belle mais qui n’est pas facile à vivre."

"Petite nature" : un enfant face au monde

Notre second invité a été récompensé à Cannes en 2014 de la Caméra d’or avec ses consœurs et complices Marie Amachoukeli et Claire Burger pour leur film à 6 mains, Party Girl, inspiré de la vie de sa mère, qui y jouait le premier rôle. Samuel Theis retourne, pour son premier film en solo, à son territoire natal mosellan et à l’inspiration autobiographique avec Petite nature, car comme ce dernier le dit si bien, "on ne quitte jamais vraiment le territoire de son enfance."

"Petite Nature" de Samuel Theis
"Petite Nature" de Samuel Theis
- Ad Vitam Distribution

Ce film non seulement confirme son talent de narrateur et de regardeur, mais fait émerger un merveilleux et audacieux personnage de cinéma en même temps qu’il révèle son formidable jeune acteur, Aliocha Reinert. Ce dernier interprète Johnny, un enfant de 10 ans. Samuel Theis raconte qu'il "avait besoin d’un enfant qui soit un peu traversé par les questions du personnage". Il dit d'ailleurs à propos de Johnny qu'il "manque d’un regard sur lui et c’est peut-être ce qui l’empêche de rêver, de se projeter. Il est peut-être déjà trop responsabilisé pour son âge. C’est sur cette question du regard que tout va se jouer." C'est un personnage formidable, tout comme celui de sa mère, interprétée par Mélissa Olexa, aussi belle que les femmes qui peuplent les films de Marie Dumora, un mélange de féminité, et de virilité, qu’elle aimerait d’ailleurs bien transmettre à son fils, trop « fragile », dit-elle.

A travers Petite Nature c'est donc un portrait de l'enfance qui est filmé par le réalisateur, et qui montre bien ce qui caractérise cette période : "quelque chose de doux et de grave", durant laquelle "on vit des bouleversements qui peuvent inscrire des choses pour le reste de la vie."

Le journal du cinéma : "Théo et les métamorphoses" de Damien Odoul

Le nouveau film de Damien Odoul, Théo et les métamorphoses est un objet filmique singulier, radical, étrange et beau, le On voudrait ne rien en dire, pour laisser la surprise aux spectateurs, mais disons qu’on y suit un jeune homme, joué par l’acteur trisomique Théo Kermel, dans un parcours initiatique, spirituel et drôlatique en pleine forêt. Que le film semble s’inventer constamment comme si le monde s’accordait à ses désirs. « Les gens au cinéma veulent voir des trucs incroyables, mais finalement très simples », dit un moment ce héros, qui de fait, appartient à cette belle cohorte de « simples », comme il les appelle, qui peuple depuis ses débuts les films du cinéaste : "Le simple d’esprit peut-être énormément de choses en psychiatrie mais pour moi l’idée du simple c'est celui qui sait voir ce que l’on ne sait plus voir, c’est celui qui me permet d'avoir encore un regard candide."

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La Chronique de N. T. Binh : "Au coeur de la nuit"

Au cœur de la nuit, rare production horrifique, en 1945, des mythiques studios Ealing.  Une comédie, peut-être pas, mais surnaturel, c’est certain. Il s'agit d'un film à sketches dont le lien est le rêve confus et prémonitoire qu'un personnage fait chaque nuit et qu'il raconte à ceux dont précisément il a rêvé. Le film est cosigné en 1945 par le vétéran Alberto Cavalcanti et les jeunes pousses du studio Ealing Charles CrichtonBasil Dearden et Robert Hamer, ce qui fait dire à N. T. Binh que "c’est la crème du cinéma britannique qui va se retrouver plongée dans ce tournage."

Cette œuvre collective aura une grande influence sur le genre fantastique et horrifique, et " l'on va passer du gothique à la comédie un peu loufoque de fantôme en passant par une histoire de miroir très belle en finissant en apothéose par un sketch sur un ventriloque."

"Au coeur de la nuit"
"Au coeur de la nuit"
- Crédit photo Mubi

Les sorties de la semaine

Comme chaque samedi, Plan Large vous propose un regard sur certaines sorties de ce mercredi et de celui de la semaine prochaine, pour cause d’une émission un peu spéciale autour de Proust et le cinéma.

Une milice masquée de femmes en colère qui imposent dans la nuit brésilienne leur puritanisme extrémiste, c’est Medusa, deuxième long métrage d’Anita Rocha da Silveira, une satire très pop du Brésil de Bolsonaro sous forte influence lynchienne.

L’incendie de Notre-Dame de Paris reconstitué avec force effets spéciaux assez bluffants par Jean-Jacques Annaud, c’est Notre-Dame brûle, dont on se demande ce qu’Anne Hidalgo vient y faire furtivement dans son propre rôle, tant le film incrimine la congestion de la capitale (et les Vélib hors d’usage !) dans les causes du désastre – à noter qu’un beau livre, chez Gründ, accompagne la sortie du film.

Un polar hongkongais complexe et sous haute tension qui ressort en salle en copie neuve, accompagné pour la première fois de ses volets 2 et 3, c’est l’excellent Infernal Affairs, d’Andrew Lau et Alan Mak, le film qui a inspiré à Martin Scorsese ses Infiltrés, son pâle remake. On vous invite à la comparaison !

Un passionnant documentaire sur l’état actuel des recherches en neurobiologie, et des perspectives à la fois enthousiasmantes et terrifiantes qu’elles ouvrent, ce sont les Cinq nouvelles du cerveau, du Suisse Jean-Stéphane Bron, l’auteur du Génie helvétique et de Cleveland contre Wall Street, c’est un film soutenu par France Culture.

Tout comme Soy Libre, très beau documentaire, là encore, où la cinéaste Laure Portier a pendant quinze ans filmé son petit frère, ses galères et son chemin vers la liberté.

Autres galères, autres aspirations à être libre : celles de quelques jeunes garçons qui se prostituent dans la Chine d’aujourd’hui, pour échapper à la misère et au conservatisme social de leurs villages, c’est le beau Moneyboys, du Taïwanais C. B. Yi, ancien élève de Michael Haneke, plus manifestement influencé par le patriarche Hou Hsiao-hsien.

Lutte contre le conservatisme social encore, et en l’occurrence le patriarcat, cette fois en Bulgarie, ce pays où le terme de « genre » n’a même pas de traduction, c’est le très énergique et colérique, et à raison, Women Do Cry, du duo de trublionnes Mina Mileva et Vesela Kazakova.

Et puis enfin, un foyer d’accueil pour adolescentes en déshérence, c’est La Mif, du Suisse Frédéric Baillif, qui diffracte un événement façon Rashomon pour explorer les zones troubles et taboues du désir adolescent.

A noter enfin, la 8e édition du Prix Cinéma des étudiants France Culture vient d’être dévoilée. Cinq films dont nous avons reçu les auteurs dans Plan Large : L'événement d'Audrey Diwan, Viens je t'emmène d'Alain Guiraudie, Une jeune fille qui va bien de Sandrine Kiberlain, L'affaire collective d'Alexander Nanau et Un Monde de Laura Wandel, plus deux coups de cœur des jeunes ACID : Little Palestine, d’Abdallah al Khatib, et Soy Libre de Laura Portier. Si vous êtes étudiants, pour participer au jury et à des rencontres avec les cinéastes en course, il vous suffit de vous inscrire ici.

Deux festivals essentiels ont commencé ce vendredi 11 mars, tous deux pour leur 44e édition : le Festival International de Films de Femmes de Créteil, avec cette année un focus sur le genre au féminin et Lucile Hadzihalilovic en invitée d’honneur, et le Cinéma du Réel, avec son incontournable compétition et une rétrospective inédite de documentaires africains.

Références

L'équipe

Antoine Lachand
Antoine Lachand
Antoine Guillot
Production
Marceau Vassy
Collaboration
Anne-Laure Chanel
Réalisation