Le producteur de cinéma britannique Jeremy Thomas au 74e Festival de Cannes le 9 mai 2021
Le producteur de cinéma britannique Jeremy Thomas au 74e Festival de Cannes le 9 mai 2021
Le producteur de cinéma britannique Jeremy Thomas au 74e Festival de Cannes le 9 mai 2021 ©AFP - Crédit Valery HACHE / AFP
Le producteur de cinéma britannique Jeremy Thomas au 74e Festival de Cannes le 9 mai 2021 ©AFP - Crédit Valery HACHE / AFP
Le producteur de cinéma britannique Jeremy Thomas au 74e Festival de Cannes le 9 mai 2021 ©AFP - Crédit Valery HACHE / AFP
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Résumé

Aujourd'hui dans Plan Large nous recevons l'immense producteur de cinéma Jeremy Thomas. Le Britannique, qui est toujours resté indépendant, a travaillé avec les plus grands, parmi lesquels Bertolucci, Cronenberg, Nicolas Roeg ou encore Wim Wenders.

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En attendant la 75e édition du Festival de Cannes, nous vous proposons dans Plan Large un avant-goût de Croisette avec un entretien exceptionnel avec un producteur tout autant d’exception : le Britannique Jeremy Thomas. Sa première fois en compétition, c’était en 1978, pour Le Cri du sorcier, de Jerzy Skolimowski, et depuis, il descend chaque année à Cannes depuis Londres en voiture, ça lui prend cinq jours, le temps d’arpenter les routes départementales françaises et leurs restaurants étoilés : "Le métier de producteur est un rôle qui a évolué au cours des années, c’était un travail très artistique qui est devenu plus un commerce aujourd’hui. (...) Mon chemin dans le cinéma m’a amené à devenir aussi un homme d’affaire, mais avant tout il y avait mon amour des films."

Sa filmographie d’exception comprend plusieurs films de Bernardo Bertolucci, dont son triomphe, Le Dernier Empereur, neuf Oscar dont celui du meilleur film, et de David Cronenberg, dont son adaptation insensée de William Burroughs, Le Festin nu, et Crash, le film qui fit tant scandale à Cannes lors de sa présentation en compétition. Il a permis à Terry Gilliam d’enfin réaliser son film maudit, L’Homme qui tua Don Quichotte, et on trouve encore dans son écurie des Stephen Frears, Nicolas RoegWim Wenders, et quelques éminents Japonais : les Takeshi Miike et Kitano, ou Nagisa Oshima : derrière Furyo, en 1983, avec David Bowie, c’était encore lui : "Après Le Dernier Empereur j’avais 38 ans, 9 Oscar et le monde à mes pieds mais j’ai décidé de revenir à ce que je voulais être, de ne pas accepter les propositions faramineuses des studios."

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"Crash" de David Cronenberg, 1996
"Crash" de David Cronenberg, 1996
- Crédit Carlotta Films

Cette année à Cannes, pour boucler la boucle, il vient défendre sa dernière production, le nouveau film du vétéran Jerzy Skolimowski, EO. Mais l’an dernier, c’est un personnage de film qu’il était, portraituré par le documentariste et critique Mark Cousins en autobiographe masqué derrière les auteurs à qui il a su donner des moyens hollywoodiens, tout en restant européen et totalement indépendant. Le film s’appelle The Storms of Jeremy Thomas (Les tempêtes de Jeremy Thomas), et c’est à cette occasion que nous l’avons rencontré.

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Le journal du cinéma : Les ovnis du cinéma camerounais

Petit détour par le Cameroun, à présent. A l’occasion de l’exposition "Sur la route des chefferies du Cameroun", le Musée du Quai Branly à Paris propose depuis vendredi et jusqu’à dimanche 16 mai, "Les ovnis du cinéma camerounais",, un cycle programmé par Jean-Pierre Bekolo. Le cinéaste, auteur notamment de Quartier Mozart, Prix Afrique en création à Cannes en 1992, ou encore Les Saignantes, premier long-métrage de science-fiction africain, a choisi de montrer six films, des ovnis, donc, dans l’industrie du cinéma, mais aussi autant de regards originaux sur la société camerounaise. Il nous en parle au micro de Marceau Vassy : "Les œuvres que j’ai choisies s’étalent dans le temps et ne sont pas issues d’une industrie mais plutôt d’un artisanat, d’un art. Je crois que le cinéma n’a pas d’uniformité. Il n’y a pas de cinéma camerounais, même si les gens parlent la même langue, ces œuvres n’ont rien avoir les unes avec les autres."

"Les saignantes", de Jean-Pierre Bekolo, 2005
"Les saignantes", de Jean-Pierre Bekolo, 2005
- Crédit Quartier Mozart Films

La chronique de Charlotte Garson : les derniers scénarios d'Eustache

Même si on se réjouit que les films d’Eustache revoient enfin le jour (La Maman et la Putain ressortira enfin en salles, dans sa version restaurée, le 8 juin), on ne verra jamais cet Oiseau des vacances, ni Un moment d’absence, ni Nous Deux roman-photo, deux films dont Eustache préparait le tournage au moment de sa mort. Mais on peut en avoir une belle idée, grâce à sa scénariste et dernière compagne, Sylvie Durastanti, qui en publie les scénarios dans Nous deux, roman-photo et autres écrits pour Jean Eustache aux éditions Tristram. Dans sa chronique, Charlotte Garson nous parle de ce "livre intrigant, ne serait-ce que parce que les écrits qui le composent ont ce statut particulier : les deux premiers textes du livre sont écrits pour Jean Eustache en 1981."

"La maman et la putain" de Jean Eustache
"La maman et la putain" de Jean Eustache
- Crédit Les films du Losange

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Les sorties de la semaine du 11 mai

Des adolescents calfeutrés dans une maison, alors que les villes ont été vidées de leurs habitants et qu’une menace invisible flotte dans l’air, ce n’est pas un documentaire sur le confinement, mais L’été nucléaire de Gaël Lepingle, tourné avant la pandémie, et donc tout à fait visionnaire, avec la révélation de Mektoub My Love, Shaïn Boumedine.

Un film encore qui dialogue étrangement avec nos temps troublés, c’est Tranchées, que le journaliste Loup Bureau a tourné dans les rangs ukrainiens sur le front du Donbass en 2019-2020, dans un noir et blanc saisissant avec force une guerre qui ressemblait à celle de 14 et est désormais celle d’aujourd’hui.

La violence éruptive d’un tueur en série qui dynamite la société japonaise, c’est l’incroyable et ébouriffant La vengeance est à moi, de Shohei Imamura, de retour dans les salles en version restaurée.

Une autre société, marocaine celle-ci, auscultée à travers un hôpital psychiatrique pour femmes, c’est Les femmes du pavillon J, de Mohamed Nadif.

Encore un chef d’œuvre japonais, premier volet d’un diptyque signé Koji Fukada, c’est Suis-moi, je te fuis, variation sur la femme fatale et le motif préféré du Japonais : l’irruption d’un élément hétérogène qui vient dérégler le quotidien – suite la semaine prochaine, avec Fuis-moi, je te suis.

"Suis-moi, je te fuis" et "Fuis-moi, je te suis" de Kôji Fukada
"Suis-moi, je te fuis" et "Fuis-moi, je te suis" de Kôji Fukada
- Crédit Art House Films

Portrait d’un futur tueur de masse, en Australie, c’est l’assez déplaisant Nitram, de Justin Kurzel, qui vaut surtout pour l’interprétation inquiétante de Caleb Landry Jones, récompensé pour cela d’un prix d’interprétation l’an dernier à Cannes.

Un film étonnant, qui mêle plusieurs genres, de la danse au thriller, de la chronique sociale au road movie, c’est Karnawal, de l’Argentin Juan Pablo Félix, dont on admire le talent de son jeune interprète, Martin Lopez Lacci, et la magnifique photographie, signée du chef opérateur Ramiro Civita.

Le premier film à avoir représenté aux Oscars le Bhoutan, le pays du Bonheur National Brut, c’est L’école du bout du monde, de Pawo Choyning Dorji.

Et puis enfin, pour les amateurs de vikings brutaux qui massacrent leurs ennemis en criant très fort, il y a The Northmann, de Robert Eggers.

Et pour ceux qui préfèrent les films de Claude Lelouch, il y en a, Tourner pour vivre, de Philippe Azoulay, vous permettra de passer sept ans en compagnie de l’infatigable et proliférant réalisateur octogénaire aux quarante-cinq films.

À lire aussi : Claude Lelouch : "Mon cinéma, ou on rentre dedans, ou il est agaçant"

Les recommandations de Plan Large

Début avril, nous vous faisions visiter l’exposition Romy Schneider à la Cinémathèque française, toujours en cours jusqu’à fin juillet. Le film qu’en a tiré sa commissaire, Clémentine Deroudille : Romy, femme libre, réalisé par Lucie Cariès, sera diffusé vendredi prochain à 21h10 sur France 3.

A la Cinémathèque française toujours, rétrospective Damiano Damiani, des grandes adaptations littéraires aux westerns spaghetti type El Chuncho, en passant par de grands classiques du film de mafia, c’est jusqu’au 29 mai.

Et puis, pour celles et ceux qui voudraient découvrir l’œuvre, comme cinéaste, du comédien Pierre Clémenti, ses journaux filmés aussi psychédéliques que libertaires, et son très punk unique film de fiction, A l’ombre de la canaille bleue, sont édités, en intégralité, en DVD et en Blu-Ray chez Potemkine.

À lire aussi : De "Sissi" au "Sans-souci", visite guidée de l’exposition Romy Schneider à la Cinémathèque française

Extraits sonores

Extrait du film Le dernier empereur de Bernardo Bertolucci, 1987
Musique de Howard Shore pour le film Crash de David Cronenberg, 1996 Musique de David Sylvian pour le film Furyo de Nagisa Oshima, 1983
Musique de Bono et Andrea Corr pour le film Don’t Come Knockin’ de Wim Wenders, 2005
Musique de Leonardo Martinelli pour le film Karanawal de Félix Juan Pablo, 2022
Extrait du film Les saignantes de Jean-Pierre Bekolo, 2005
Musique « Vuli Ndlela » de Brenda Fassie, 1998
Note d’intention de Jean Eustache, juillet 1981
Musique « Tu ne sais pas aimer » de Damia
Traduction de l’interview de Jeremy Thomas réalisée par Harold Manning
Interview de Jean-Pierre Bekolo réalisée par Marceau Vassy

Références

L'équipe

Antoine Lachand
Antoine Lachand
Antoine Guillot
Production
Marceau Vassy
Collaboration
Vivian Lecuivre
Réalisation