Emmanuelle Bercot, dans le film "Fête de famille", de Cédric Kahn, disponible en DVD et VOD
Emmanuelle Bercot, dans le film "Fête de famille", de Cédric Kahn, disponible en DVD et VOD
Emmanuelle Bercot, dans le film "Fête de famille", de Cédric Kahn, disponible en DVD et VOD - Le Pacte / Les films du Worso
Emmanuelle Bercot, dans le film "Fête de famille", de Cédric Kahn, disponible en DVD et VOD - Le Pacte / Les films du Worso
Emmanuelle Bercot, dans le film "Fête de famille", de Cédric Kahn, disponible en DVD et VOD - Le Pacte / Les films du Worso
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Résumé

En attendant la cérémonie des César, Plan Large continue sa série consacrée aux métiers du cinéma. Pour cette quatrième séance, le monteur aux 100 films Yann Dedet nous parle de cet art subtil, et de ses collaborations avec les plus grands cinéastes, de Truffaut à Pialat, de Stévenin à Cédric Kahn.

avec :

Raphaël Clairefond (Critique de cinéma, rédacteur en chef de la revue So Film), Yann Dedet (monteur, acteur, scénariste, réalisateur et auteur).

En savoir plus

Qu'est-ce que le montage ? 

"Le montage est une chambre, non pas la chambre des amants mais celle d’un couple dont le but n’est pas de vivre ensemble mais d’enfanter… et d’accoucher d’un enfant qui ne soit pas un monstre, ou alors à nul autre pareil." Cette définition sensuelle et organique, on la trouve dans un précieux livre paru chez P.O.L., Le Spectateur zéro, conversation sur le montage, entretiens avec Julien Suaudeau, indispensable à qui veut comprendre cet art subtil et complexe, qui relève à la fois du collage, de la haute couture, de l’architecture et de la sculpture, et donc de la procréation, pour faire des plans fabriqués sur le tournage le film que vous allez voir, parfois très éloigné, pour le meilleur souvent, pour le pire parfois, de ce qu’avaient rêvé initialement ses auteurs. 

Le spectateur zéro de ce livre, c’est Yann Dedet, collaborateur au long cours de François Truffaut, Maurice Pialat, Philippe Garrel et Cédric Kahn. Il est aussi réalisateur, et même acteur, et aujourd’hui écrivain. 

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Yann Dedet, le monteur aux 100 films

De ses cinq collaborations avec François Truffaut, à sa rencontre avec Jean-François Stévenin, en passant par son travail avec Maurice Pialat et sa technique singulière, jusqu'au premier long-métrage très émouvant de l'actrice Marilyne Canto (Le Sens de l'humour), l'art de la prise unique chez Philippe Garrel, jusqu'aux films de Cédric Kahn, Yann Dedet dévoile dans Plan Large sa définition du montage, son invention et les règles qui en découlent. 

Dans la mesure où le film c'est d'abord un rêve, bien évidemment le rêve ne s'arrête jamais. Et à la fin d'une journée de tournage, ou on cauchemarde qu'on a oublié un plan ou on enjolive sa journée, ou encore il n'est pas tourné. Effectivement quelquefois on est à la recherche de plans qui n'existent pas. On peut aujourd'hui, mais même du temps de Truffaut qui faisait énormément de trucage, tout à fait inventer des plans en en recadrant certains. Ce phénomène est quasi permanent.                      
Yann Dedet

À réécouter : T comme François Truffaut, le règne du cinéma

"Passe-Montagne" de Jean-François Stévenin ou la liberté sensorielle 

Yann Dedet était déjà venu dans Plan Large, où il nous avait raconté, avec son vieil ami et complice Jean-François Stévenin, l’équipée folle et sauvage qui avait donné le film Passe montagne, et dont il avait tiré récit dans son livre Le point de vue du lapin, paru également chez P.O.L. Dans son nouveau livre, Le Spectateur Zéro, Yann Dedet raconte à Julien Suaudeau ce travail sur ce film comme "une rencontre hasardeuse et sans aboutissement de deux personnages errants quelques jours en terre inconnue, rêvant au projet le plus inatteignable."

C'est un film sur lequel je n'ai fait qu'un seul raccord. Jean-François Stévenin a tourné ce film en plans séquences, très dessinés et très contrôlés. En voyant tous ces plans mis bout à bout de près de 3h, il était complètement désespéré de voir des choses fixes, et non vivantes. Il a commencé à mettre sa patte dans le montage à mes côtés, et il a inventé une autre écriture que ses plans séquences, en tranchant dans tous les sens, en prenant une liberté extraordinaire avec la matière, que j'ai moi-même conservée jusqu'à aujourd'hui dans ma manière de travailler. C'est à dire qu'il faut faire de cette matière comme si c'était du brut, de la pierre dans laquelle on taille à coup de stylets et de marteaux. Comme c'était un projet inatteignable et indescriptible, Jean-François Stévenin a essayé d'une certaine façon de faire une écriture lisible.                      
Yann Dedet

À réécouter : Les belles échappées de Jean-François Stévenin

Trouver le "montage moderne" dans le montage classique

Sa collaboration avec Philippe Garrel a débuté il y a plus de trente ans, avec le film J’entends plus la guitare. A ses côtés, Yann Dedet a expérimenté la prise unique, la grâce des longs plans séquences, et ce que Philippe Garrel appelle "le montage moderne", ce qu'on peut absorber ou éllipser dans un récit, sans rien perdre du récit, voire même en gagner, à l'instar des films de Jean-François Stévenin.  

Philippe Garrel nous donne une règle à chaque fois, ne pas abîmer les rushes. Et c'est très facile d'abîmer des rushes, en les dérythmant, en ne respectant pas leur intériorité. Il faut avoir une certaine liberté et je crois qu'il faut donner une valeur très spécifique à chaque plan. Ce qui est difficile, c'est de trouver les bonnes coupes. Moins il y a de plans, moins il y a de rushes, plus c'est difficile de trouver les bonnes entrées et sorties. Parce qu'il y a peu de changements de plans : dans un film de Philippe Garrel il y a entre 60 et 120 plans, dans un film de Truffaut entre 400 et 800, dans un film de Maïwenn, 3 650. Je pense que moins il y a de collures, plus on les voit d'une certaine façon. C'est une question de goût, une décision du style de cinéma. Éternel sujet chez les monteurs, est-ce qu'on doit voir les collures ou les cacher ? 

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Le passage au numérique 

Entre 1995 et 2002, je suis rentré dans une période douloureuse pour me soumettre à cette chose qu'est le numérique, où il faut appuyer sur des touches abstraites au lieu de porter des pellicules très lourdes. Ce qui était compliqué, c'était de ne pas tellement savoir où j'en étais, et de trouver une nouvelle méthode. L'outil demande une discipline extraordinaire. La mienne a été de commencer à tout supprimer, pour s'y retrouver, dans une logique binaire. J'ai beaucoup simplifié, et enlevé toutes les possibilités qui m'embarrassent. Ce qui n'existe plus aujourd’hui, c'est la liberté qu'il y avait avec les rushes, la sculpture de la matière. Il y a un certain respect aujourd'hui sur l'entité du plan qui empêche parfois la liberté de créer et de penser.                              
Yann Dedet 

À réécouter : Yann Dedet : "J'ai monté un bon nombre de films, mais avec un réalisateur nouveau, une réalisatrice nouvelle, j'apprends encore des choses"

La chronique de Raphaël Clairefond

"Il vous montre le masque et ce qui se cache derrière." Voilà comment le New York Times parlait de l'acteur Wes Studi, premier natif-américain à recevoir un Oscar d'honneur en 2019. Raphaël Clairefond, rédacteur en chef de la revue So Film, nous parle en fin d'émission, de cet acteur mythique, militant et charismatique, dont Sofilm tire le portrait et retrace son destin unique, dans leur numéro de février 2021. 

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Les recommandations de Plan Large 

Outre les deux livres de Yann Dedet parus chez P.O.L., vous pouvez vous plonger dans un autre livre sur ce beau métier secret qu’est le montage : Plus long le chat dans la brume, journal d’une monteuse, d’Emmanuelle Jay, qui vient de reparaître dans une nouvelle édition augmentée chez Adesposte.

Le cinéma en ligne : Ne ratez pas le film inédit du grand cinéaste iranien Jafar Panahi, empêché de travailler, mais qui malgré tout tourne toujours. Ça s’appelle Hidden, c’est ce samedi soir 27 février, dans le magazine "Court-Circuit" et sur arte.tv. Et à partir du 10 mars sur la nouvelle plateforme VOD de l’Opéra National de Paris, L’Opéra chez soi.

Le Festival Best of Doc propose sur La Toile et la Vingt-cinquième Heure, 10 des meilleurs documentaires sortis en 2019 et 2020, dont le film en état de grâce d’Alain Cavalier, Être vivant et le savoir, le saisissant M, de Yolande Zauberman, ou encore Histoire d’un regard de Mariana Otero, Monrovia, Indiana de Frederick Wiseman et Adolescentes, dont Sébastien Lifshitz. Ces séances sont accompagnées de nombreuses rencontres virtuelles avec les cinéastes. 

À réécouter : Adolescentes et teen-movies

Extraits et musiques de films