Image du film "Les contes de la lune vague après la pluie", de Kenji Mizoguchi (1953), cinéaste préféré de Jacques Doillon
Image du film "Les contes de la lune vague après la pluie", de Kenji Mizoguchi (1953), cinéaste préféré de Jacques Doillon   - Capricci / Les Bookmakers
Image du film "Les contes de la lune vague après la pluie", de Kenji Mizoguchi (1953), cinéaste préféré de Jacques Doillon - Capricci / Les Bookmakers
Image du film "Les contes de la lune vague après la pluie", de Kenji Mizoguchi (1953), cinéaste préféré de Jacques Doillon - Capricci / Les Bookmakers
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Alors que les salles de cinéma ont à nouveau éteint leurs projecteurs, Plan large inaugure une série d'émissions en forme d'autoportraits en cinéphiles, avec celles et ceux qui font le cinéma d'aujourd'hui. Pour la deuxième séance, le cinéaste Jacques Doillon nous déroule sa filmothèque idéale.

Avec
  • N.T. Binh Journaliste, critique, enseignant de cinéma (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
  • Jacques Doillon réalisateur et scénariste

Quand on regarde "Les Contes de la lune vague après la pluie", de Kenji Mizoguch on se demande comment est-ce possible ? Tout est parfait dans son cinéma. Tout est au-delà de la perfection. En tant que cinéaste, je suis constamment admiratif devant son travail. Tout est tellement imparable. Quand ça ne va pas fort, il faut regarder un film de Mizoguchi, et après on ne peut plus rien voir, et on dort paisiblement ensuite.    
Jacques Doillon

"Ce que je cherche en voyant un film, c’est cette intensité si forte qu’elle me donne l’impression que je vais mourir. […] Un film doit agir sur la sensibilité au point de nous clouer sur place, de nous mettre en danger de mort. Et nous tuer d’émotion." Quelle plus belle définition du rapport intime, intense, "électrocutant", "foudroyant", même, qu’on a parfois avec ces films qui nous accompagnent toujours depuis leur première découverte, qui nous ont changé à jamais, appris à vivre et à nous construire ? Elle est de Jacques Doillon, et accompagnait l’édition du scénario d’un de ses plus beaux films, Le petit criminel

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Ça fait plus de 45 ans, depuis Les Doigts dans la tête, après L’An 01, que le cinéaste de l’exploration de la complexité des sentiments, et de leurs rapports au corps et au langage, quêteur inlassable de la justesse et de la vérité de ce qui se joue de fragile et de fugace entre deux êtres nous foudroie par ses plans séquences, souvent en lieu clos, ses dialogues magnifiquement ciselés et sa direction d’acteurs si extraordinaire que ceux-ci donnent le sentiment rare de les voir inventer leurs paroles au fur et à mesure qu’ils les prononcent. Un artiste devenu rare aussi, ces vingt dernières années, car il a toujours refusé de jouer le jeu d’un système de financement rétif à la singularité de ces films. On se réjouit d’autant plus d’apprendre que celui qui est aussi un grand cinéaste de la jeunesse, de l’adolescence et de l’enfance, ait tourné, entre deux confinements, 40 ans après La Drôlesse, et 25 ans après Ponette, un nouveau film à hauteur d’enfant, CE2. Un film dont il est en plein montage, et on le remercie d’autant plus d’avoir accepté, aujourd’hui dans Plan Large, de nous livrer quelques uns de ces films qui l’obligeaient à s’asseoir au dernier rang des cinémas, "au plus près de la sortie si le film [le] transperçait et s’il [lui] restait des jambes pour [s]’enfuir et sauver [sa] peau."

Jacques Doillon, cinéaste spectateur 

De son souvenir d'enfant face à L'Homme de l'Ouest, de Anthony Mann au très enivrant Faces de John Cassavetes, en passant par son cinéaste préféré Kenji Mizoguchi, au rassurant Adieu Philippine, de Jacques Rozier ou la rigueur d'Un Condamné à mort s'est échappé, de Robert Bresson, jusqu'au plus rare et touchant Bouge pas, meurs, ressuscite, de Vitali Kanevski, Jacques Doillon présente une partie de sa filmothèque idéale, de ces films qui ont construit son regard, et son propre acte créateur. 

Dans "Un Condamné à mort s'est échappé", il n'y a pas de creux. C'est la même vague tout du long. Il y a un suspense inouï tout du long. Malgré le titre qui nous dit qu'il n'y aura pas de suspense, vous êtes tenu de bout en bout, comme le film est tenu par une main de maître. Il n'y a pas que Mizoguchi, il y a aussi Bresson.          
Jacques Doillon

Image du film "Un condamné à mort s'est échappé", de Robert Bresson (1956)
Image du film "Un condamné à mort s'est échappé", de Robert Bresson (1956)
- Gaumont

Les recommandation de Plan Large 

Retrouvez la liste de films sélectionnés par Jacques Doillon, pour la Cinetek, la cinémathèque des réalisateur.ices

A lire : Gena Rowlands - On aurait dû dormir, de Murielle Joudet et Cassavetes par Cassavetes, enfin traduit en français, par François Raison. Ces deux livres sont édités par Capricci. 

Le cinéma en ligne : le 39ème Festival International Jean Rouch est à voir en ligne du 13 novembre au 6 décembre ; le Festival des 3 Continents proposera du 20 au 29 novembre les films de la sélection officielle 2020 en ligne ; La plateforme Henri, de la Cinémathèque française propose chaque jour un film rare, à voir gratuitement en ligne ; Arte vient de mettre en ligne 57 des meilleurs courts-métrages de ses vingt dernières années. 

"Soy Cuba", de Mikhaïl Kalatozov, film majeur de l'Histoire du cinéma

En fin d'émission, la chronique de N.T. Binh sur la sortie en DVD et Blu-Ray du film Soy Cuba, de Mikhaïl Kalatozov, aux éditions Potemkine. Censuré et resté sur l’étagère, on a attendu près de 30 ans pour le découvrir, au début des années 1990. Ce film est signé de l’immense cinéaste soviétique Mikhail Kalatozov, artiste emblématique du dégel, Palme d’Or en 1958 à Cannes avec Quand passent les cigognes, et qui s’est retrouvé à Cuba à la faveur d’une commande pour célébrer la jeune révolution castriste, et qui en tirera un poème flamboyant et étourdissant dont la vraie héroïne est peut-être avant tout la caméra virevoltante du chef-opérateur et vieux complice de Kalatozov Sergueï Ouroussevski, et ses plans séquences surréalistes qui laissent aujourd’hui encore pantois. "Si Soy Cuba avait pu être montré au public en 1964, le cinéma du monde entier aurait été différent", s’exclama Martin Scorsese quand il le découvrit en 1992. 

Image du film "Soy Cuba", de Mikhaïl Kalatozov (1964), disponible en version restaurée en DVD et Blu-Ray
Image du film "Soy Cuba", de Mikhaïl Kalatozov (1964), disponible en version restaurée en DVD et Blu-Ray
- Potemkine Films

Extraits et musiques de films

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