William Holden et Gloria Swanson regardant un film dans "Sunset Boulevard" de Billy Wilder (1950)
William Holden et Gloria Swanson regardant un film dans "Sunset Boulevard" de Billy Wilder (1950) ©Getty - John Springer Collection
William Holden et Gloria Swanson regardant un film dans "Sunset Boulevard" de Billy Wilder (1950) ©Getty - John Springer Collection
William Holden et Gloria Swanson regardant un film dans "Sunset Boulevard" de Billy Wilder (1950) ©Getty - John Springer Collection
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L’année 2020 a-t-elle changé radicalement notre rapport aux images en mouvement ? C’est la question à laquelle nous avons invité à réfléchir l’un des plus pertinents, libres et lucides théoriciens du cinéma, le cinéaste et écrivain Jean-Louis Comolli, ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma.

Avec

Cinéaste et écrivain, rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma de 1966 à 1971, Jean-Louis Comolli est mort ce jeudi 19 mai à l'âge de 80 ans. En janvier 2021, il livrait au micro d'Antoine Guillot le fruit de plus de cinquante ans de réflexion sur les images, et sur la façon dont leur mode de diffusion transforme les spectateurs que nous sommes.

La célébration des 125 ans du cinéma, celle de la première projection publique des frères Lumière, le 28 décembre 1895, s’est déroulée dans des salles vides, devant des écrans vierges de toute image, et ce pour la première fois de son histoire. Pour autant, les images en mouvement n’ont cessé, depuis l’entrée dans le premier confinement en mars 2020, de nous entourer, nous hanter, nous tourmenter, nous consoler, aussi.

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Leur fréquentation solitaire sur des écrans de toute taille ; leur inadéquation, mais aussi parfois leur résonnance étrange avec nos existences distanciées ; notre confrontation permanente, avec la généralisation des visioconférences et leur détournement festif sous forme de réunions de familles ou d’apéros virtuels, d’images sans âme produites par ces yeux sombres dissimulés dans nos ordinateurs et téléphones dits intelligents ; l’enjeu politique qu’est devenu le contrôle de ces images, selon qu’elles servent ou dérangent l’ordre établi : l’année 2020, en accélérant des mutations qui lui préexistait, a-t-elle changé radicalement notre rapport aux images en mouvement, et partant, au monde ? Pour y réfléchir, le théoricien du cinéma et des images, Jean-Louis Comolli est l'invité de Plan Large, auteur, entre autres, de Voir et Pouvoir (2004), Cinéma contre spectacle (2009) ou dernièrement, Une certaine tendance du cinéma documentaire, tous publiés éditions Verdier.

Multiplication des images, transformation du spectateur

"Les salles sont fermées, mais les films continuent d'être vus. Les images animées, pour ne pas dire de cinéma, se sont multipliées. (...) La différence entre la salle de cinéma hélas en voie d'extinction, et les nouvelles plateformes, elles, au contraire en voie de domination, c'est peut-être la place du spectateur. Dans une salle de cinéma, peu ou prou, je suis plongé dans le film. Bien sûr, je peux m'en évader, penser à autre chose, mais je peux la plupart du temps être à l'intérieur même de l'image, imaginairement jouer un rôle, être le partenaire, être le sujet de ce qui se passe sur l'écran. Ça, c'est la salle obscure qui le permet. Parce que si la salle n'est pas obscure, si ça se passe sur l'écran de ma télévision, dans mon salon, avec ma bibliothèque,... Ce n'est plus du tout la même chose. Les conditions matérielles de la vision ont leur importance et changent le sens, la place, le fonctionnement même de ce qu'on appelle les films. On est passé de ce que j'appellerais un spectateur impliqué plus ou moins volontairement, plus ou moins consciemment, à un spectateur au contraire curieux, c'est-à-dire qui ne fait que survoler au fond la chose qu'il est en train de voir et qui est impatient, avide de passer à autre chose. Le film n'est plus le tout à l'intérieur duquel on se débat, mais devient au contraire une partie du monde visible comme le reste du monde visible." Jean-Louis Comolli

Affaires culturelles
55 min

La pandémie et son influence sur le visible

"Il y a quelque chose qui contredit le principe même du cinéma dans cette pandémie et c'est peut être une des raisons pour lesquelles elle est si dangereuse. Elle influe inévitablement sur les désirs de voir et elle remodèle peut-être en nous quelque chose qui est notre rapport au visible, qui est appelé, je crois, à changer considérablement. Heureusement, le cinéma dit classique a depuis très longtemps et très bien montré que l'invisible était l'affaire du cinéma, justement, parce que l'action se passe en partie hors du champ visible et que les évènements, leurs conséquences ne sont pas toujours filmés. Alors, il est vrai que l'évolution du cinéma a été je crois vers toujours plus de visible. On montre beaucoup plus de choses qu'on n'en montrait auparavant dans les films. Certains trouvent que c'est une liberté, que c'est une fête, que c'est une joie. Moi, je suis plus sceptique parce que ça veut dire que le travail du spectateur, qui est aussi de voir ce qui n'est pas visible, que ce travail est peu à peu barré. La pandémie, de ce point de vue là, serait parfaitement représentée par des films où le hors-champ jouerait." Jean-Louis Comolli

La Grande table (2ème partie)
35 min

Les recommandations de Plan Large

Les textes que publie régulièrement Jean-Louis Comolli sont à retrouver dans la revue en ligne AOC, en attendant la publication en février aux éditions Verdier de son nouveau livre, Une certaine tendance du cinéma documentaire, en clin d’œil au texte fondateur de François Truffaut sur la qualité française, où il y dénonce la tentative des télévisions de formater la forme si libre que peut être le documentaire en imposant "des normes (commentaires redondants et montages accélérés) qui stérilisent les films diffusés et ceux qui aspirent à l’être".

On recommande aussi, sur le site de l' INA, et en défense et illustration précisément qu’un autre documentaire est possible, le dernier film de Jean-Louis Comolli, en forme de portrait de son confrère Nicolas Philibert : Nicolas Philibert, Hasard et Nécessité.

La chronique de Charlotte Garson

"Ou César, ou rien. Empereur du monde" : là où Adenoïd Hynkel a échoué, Charlie Chaplin a réussi, lui qui dès son apparition sur les écrans en 1914 fut l’homme le plus célèbre au monde. "Il éclipse Jeanne d’Arc, Louis XIV et Clémenceau. Je ne vois que Jésus et Napoléon qui puissent lui être comparés", écrivait déjà le critique Louis Delluc en 1916. Chaplin et son œuvre ont beau être célèbres et célébrés par un nombre considérable d’ouvrages et de films, il reste encore à en dire, en témoigne ce documentaire signé François Aymé et Yves Jeuland, Charlie Chaplin, le génie de la liberté, diffusé sur France 3. Un film, narré par la voix de Mathieu Amalric, et qui échappe, fort heureusement, au défilé de têtes parlantes d’historiens et de spécialistes pour se constituer uniquement d’images d’archives rares, voire inédites, et d’extraits, en longueur, des films du cinéaste, à commencer par celui dont on s’apprête à fêter le centenaire le 21 janvier 2021 : Le Kid.

Extraits de films et musique

  • Last Words de Jonathan Nossiter (2020)
  • Mort à 2020 d'Al Campbell et Alice Matthias (2020), disponible sur Netflix
  • À coeur battant de Keren Ben Rafael (2020)
  • Un pays qui se tient sage de David Dufresne (2020)
  • Free Jazz : A Collective Improvisation, du double quartet d'Ornette Coleman (enregistré le 21 décembre 1960)

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