"Les passagers de lui nuit", de Mikhaël Hers
"Les passagers de lui nuit", de Mikhaël Hers
"Les passagers de lui nuit", de Mikhaël Hers - Crédit Pyramide Films
"Les passagers de lui nuit", de Mikhaël Hers - Crédit Pyramide Films
"Les passagers de lui nuit", de Mikhaël Hers - Crédit Pyramide Films
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Résumé

Aujourd'hui dans Plan large nous recevons les cinéastes Mikhaël Hers pour "Les passagers de la nuit" et Michelangelo Frammartino pour "Il buco". Ou quand le cinéma filme la nuit.

avec :

Mikhaël Hers (Réalisateur), Sophie-Catherine Gallet (Critique de cinéma pour Revus & Corrigés et Radio Campus Paris).

En savoir plus

Ce sont deux films dont on a le sentiment qu’ils prennent soin de leurs personnages, de passage dans la nuit, comme de nous, qui explorons nos gouffres à la lumière de leurs regards. Deux films situés dans le passé, qui ne jouent pas avec la reconstitution de l’époque, mais en convoquent le sentiment. Qui ne sont pas non plus dans la nostalgie, mais partagent un goût certain pour la mélancolie. Deux films enfin où le récit compte beaucoup moins que les sensations qu’ils provoquent.

"Les passagers de la nuit" de Mikhaël Hers

Le premier est signé Mikhaël Hers, c’est son quatrième long métrage en douze ans, après Memory Lane, Ce sentiment de l’été et Amanda. Les Passagers de la nuit, c’est une famille, du XVe arrondissement parisien ; c’est la fragilité de la vie, des blessures, des reconstructions, des premières fois ; c’est aussi les années 80 ; c’est encore un des plus beaux rôles jamais donnés à Charlotte Gainsbourg : "Ce que je veux essayer de faire c'est un cinéma qui épouse l'idée que je me fais du mouvement de la vie : un peu comme une musique avec ses ponts, ses couplets, ses refrains. Donner une poésie à ce mouvement de la vie."

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"Les passagers de la nuit", de Mikhaël Hers
"Les passagers de la nuit", de Mikhaël Hers
- Crédit Pyramide Films
26 min

"Il buco" de Michelangelo Frammartino

Le second est signé Michelangelo Frammartino, dont les plus chanceux de nos auditrices et auditeurs auront peut-être découvert en leurs temps ses deux précédents longs métrages, Il Dono et Le Quattro Volte. A nouveau filmé en Calabre, la terre de ses ancêtres, Il Buco reconstitue l’expédition menée par une équipe de spéléologues milanais dans le gouffre du Bifurto, 700 m de profondeur, en 1961. Une expérience superbe pour le spectateur, au-delà de la narration, et purement sensorielle, comme ça nous arrive rarement dans une salle de cinéma : "Une autre chose qui m’a convaincu de faire ce film, c’est que j’ai cru que ça pourrait être une expérience directe pour le spectateur. Parce que l’équipe des spectateurs, comme l’équipe des spéléologues, doit s’immerger dans cette obscurité. Et ça devient donc non pas un récit cinématographique, mais, je l’espère, une expérience cinématographique."

"Il buco" de Michelangelo Frammartino
"Il buco" de Michelangelo Frammartino
- Crédit Les films du losange

Le journal du cinéma : (Re)voir Jonas Mekas

Retour sur l'œuvre à présent de Jonas Mekas, disparu il y a trois ans, cinéaste underground, poète, archiviste du cinéma indépendant avec la mythique Anthology Film Archive. Alors que s’est achevée la rétrospective à la Cinémathèque française de son œuvre foisonnante, faite principalement de journaux filmés, les éditions re:voir publient 27 d’entre eux en DVD et Blu-Ray le 17 mai prochain, dont les chefs-d’œuvre que sont Walden, Lost Lost Lost ou Réminiscence d’un voyage en Lituanie. Evocation de celui qui aurait été centenaire cette année, par son éditeur et ami, le cinéaste Pip Chodorov, au micro de Marceau Vassy : "Le cinéma c'est un arbre avec beaucoup de branches, des petites feuilles et lui ce qu'il fait ce sont des petites tiges qui appartiennent à cet arbre du cinéma. (...) C'est un chroniquer, il capte il collecte, il chronique, il aime dire qu'il est un "oeil-caméra"."

"Walden" de Jonas Mekas, 1969
"Walden" de Jonas Mekas, 1969
- Crédit RE:VOIR
58 min

La chronique de Sophie-Catherine Gallet : "La beauté des choses" de Bo Widerberg

Une étreinte clandestine et furtive dans les réserves d’un lycée, entre un jeune lycéen et sa professeure, dans la Suède de 1943, c’est La beauté des choses , le dernier film, en 1995, du chef de file de la Nouvelle Vague suédoise, Bo Widerberg , qu’édite Malavida en vidéo dans sa version restaurée. Un film où l’érotisme se mêle à l’éveil d’une conscience politique et morale : "La beauté des choses se présente d'abord comme un film d'initiation classique, avec une plongé dans la découverte de la sexualité. (...) Mais le propos fondamental du film semble se trouver ailleurs. Le film va au-delà de la mise en scène d'un désir interdit,  il se situe à la fine frontière entre l'adolescence et l'âge adulte."

"La beauté des choses" de Bo Widerberg, 1995
"La beauté des choses" de Bo Widerberg, 1995
- Maladiva

Les sorties de la semaine

Un beau portrait documentaire, élégiaque et mélancolique de la ville de Detroit, sinistrée depuis la crise des subprimes, et surtout de ses habitants, derrière lequel se lit toute une histoire de l’exploitation et des luttes des Afro-Américains aux Etats-Unis, c’est Detroiters, du Français Andreï Schtakleff.

Très politique encore, en Thaïlande cette fois, un film partagé en deux temporalités, à soixante ans de distance, entre la répression des communistes par les militaires, et ses conséquences aujourd’hui, c’est Anatomy of Time, de Jakrawal Nilthamrong, sous forte influence de son compatriote Apichatpong Weerasethakul.

Le seul film tourné ensemble par un couple mythique, et qui ressort en copie restaurée, c’est Martin Roumagnac, de Georges Lacombe, avec Jean Gabin et une Marlène Dietrich à contre-emploi en marchande de graines pour oiseaux.

La fille cadette de Karl Marx, Eleanor, en punk avant l’heure, militante féministe et activiste socialiste, c’est Miss Marx, de Susanna Nicchiarelli, qui il y a 5 ans avait signé le plus convaincant Nico, 1988.

Une nuit à Paris, et ses alentours, façon comédie romantique très inspirée par la screwball comedy , c’est Petite leçon d’amour, d’Eve Deboise, avec Laetitia Dosch et Pierre Deladonchamps, un film soutenu par France Culture.

Burlesque encore, jusqu’à l’absurde, les mésaventures de quelques migrants, et en particulier d’un joueur d’oud syrien, sur une île écossaise, c’est Limbo, de Ben Sharrock.

"Limbo" de Ben Sharrock
"Limbo" de Ben Sharrock
- Crédit L'Atelier Distribution

Le grand retour en salle du plus prolifique, inventif et anarchiste des cinéastes français, disparu en 2019, c’est "Jean-Pierre Mocky l’affranchi", 9 films restaurés sur grand écran, et 5 en Blu-ray chez ESC, dont A mort l’arbitre !, Agent trouble et Les Dragueurs, son premier film, qui fit rentrer le terme dans le langage courant.

Un film inspiré de la mort réelle, pendant la dictature communiste, d’un adolescent polonais torturé à mort par la police, c’est l’éprouvant Varsovie 83, une affaire d’Etat, de Jan P. Matuszynski.

Un été adolescent et hédoniste qui bascule dans le drame, c’est le très réussi premier film d’Emilie Aussel, L’été, l’éternité.

Et puis enfin, nouvel épisode de la saga Marvel, Doctor Strange in the Multiverse of Madness, film de commande pour celui qui fut un des plus grands cinéastes horrifiques des années 80, avant de filmer les trois meilleurs Spider-Man qui soient, Sam Raimi, dont on est tout de même content d’avoir des nouvelles.

Les recommandations de Plan Large

Cinéma singulier encore, on vous signale la sortie d’un livre passionnant, Expanded Nature – Ecologies du cinéma expérimental, publié aux éditions Light Cone sous la direction d’Elio Della Noce et de Lucas Murari, qui propose rien moins qu’une autre histoire du cinéma, écrite du point de vue de la nature.

Pour voir encore d’autres genres de films, « Voir autrement le monde », c’est l’intitulé de la 41e édition du Festival International Jean Rouch, festival de films ethnographiques, c’est totalement gratuit, dans plusieurs lieux à Paris, dont le Musée du Quai Branly, jusqu’au 18 mai.

Et puis enfin, pour les amateurs de films de genre et horrifiques, notre ami Nicolas Martin, le producteur de La Méthode Scientifique sur France Culture, lance son ciné-club au cinéma L’Arlequin à Paris. Ça s’appelle Hurlequin, et la premère séance aura lieu jeudi, avec Vivarium, de Lorcan Finnegan. Âmes sensibles, s’abstenir !

À lire aussi : Jean Rouch (1917-2004)
58 min

Extraits sonores

Chanson « Regarde » de Barbara, interprétée en live en 1981

Archive de l’émission « Les choses de la nuit » de Jean-Charles Aschero - France Inter

Extrait du film Il Buco de Michelangelo Frammartino

Chanson « Buco Nero » de Andrea Laszlo De Simone

Extrait du film Walden de Jonas Mekas

Extrait du film La beauté des choses de Bo Widerberg

Musique Lascia ch'io pianga de Haendel, interprétée par Lesley Garrett

Références

L'équipe

Antoine Lachand
Antoine Lachand
Antoine Guillot
Production
Marceau Vassy
Collaboration
Vivian Lecuivre
Réalisation