"Personne à qui pouvoir dire que nous ne faisons rien que nous ne faisons que ce que nous disons c'est-à-dire rien", extrait du poème "Les Cris Vains", de Ghérasim Luca ©Getty -  Jean-Philippe Tournut
"Personne à qui pouvoir dire que nous ne faisons rien que nous ne faisons que ce que nous disons c'est-à-dire rien", extrait du poème "Les Cris Vains", de Ghérasim Luca ©Getty - Jean-Philippe Tournut
"Personne à qui pouvoir dire que nous ne faisons rien que nous ne faisons que ce que nous disons c'est-à-dire rien", extrait du poème "Les Cris Vains", de Ghérasim Luca ©Getty - Jean-Philippe Tournut
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Résumé

Le poète roumain Ghérasim Luca a construit une œuvre, en grande partie publiée en français, sur l'oralité, la complexité du langage, sa forme syntaxique, défiant tout académisme. Les lectures publiques, très incarnées, qu'il donnait de ses poèmes, font partie intégrante de sa production poétique.

avec :

Thierry Hancisse (Comédien, et metteur en scène, sociétaire de la Comédie-Française).

En savoir plus

Poème : "Les cris vains ", extrait du recueil Paralipomènes, éditions José Corti. 

Lecture par Thierry Hancisse de la Comédie-Française. 

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Personne à qui pouvoir dire
que nous n'avons rien à dire
et que le rien que nous nous disons
continuellement
nous nous le disons
comme si nous ne nous disions rien
comme si personne ne nous disait
même pas nous
que nous n'avons rien à dire
personne
à qui pouvoir le dire
même pas nous

59 min

Gherasim Luca est né à Bucarest en 1913 dans un milieu juif libéral. Il fut dès ses jeunes années en contact avec plusieurs langues, en particulier le français, langue de la culture littéraire – culture contestée on le sait par un autre roumain Tristan Tzara, de près de vingt ans son aîné. La culture germanique, viennoise et berlinoise, est très présente à Bucarest au début des années trente, qui sont ses années de formation. Luca lit très tôt les philosophes allemands et connaît les débats qui nourrissent la réflexion sur la psychanalyse son ami Dolfi Trost, de formation psychanalytique, encourage cette découverte. Il collabore à différentes revues "frénétiques" d’orientation surréaliste Alge, Unu, etc. À la fin des années trente, il concentre son intérêt sur la production du surréalisme parisien, auquel ses amis Jacques Hérold et Victor Brauner sont liés. Il correspond avec André Breton, mais, visitant Paris, il renonce à le rencontrer. La guerre l’y surprend, il parvient à regagner la Roumanie et à y survivre.C’est dans la brève période de liberté avant le socialisme que Luca renaît à la littérature et au dessin, suscitant un groupe surréaliste avec quelques amis. Il dispose d’une imprimerie et d’un lieu d’exposition, multiplie les libelles, collectionne les objets d’art et adopte la langue française dans son désir de rompre avec la langue maternelle. En 52 il quitte la Roumanie et s’installe à Paris.Ses poèmes, dessins ou collages ("cubomanies") sont publiés par la revue Phases. Il élabore des livres-objets auxquels contribuent Jacques Hérold, Max Ernst, Piotr Kowalski. Le Soleil Noir au cours des années 1970 relance ce goût pour l’objet quasi magique qu’il cherche alors à réaliser, accompagné d’un disque du texte lu par sa propre voix. Au travail sur la langue, roumaine ou française, avec ses effets de bégaiement décrits par Gilles Deleuze, il faut ajouter la mise en scène de ses écrits et le travail de tout le corps que représentait pour lui la lecture publique de ses écrits, lors de festivals de poésie, dont certains sont restés célèbres, dans les années 1960, à Amsterdam ou à New York. Dans sa solitude et sa recherche d’une pierre philosophale, d’une "clé", Luca, troublé par la montée des courants raciste et antisémite, s’est suicidé en janvier 1994.

Source du texte : Dictionnaire des lettres françaises, Le XXe siècle, La Pochotèque, Librairie Générale Française, 1998.

Références

L'équipe

Juliette Heymann
Réalisation
Laurence Courtois
Collaboration