Jacques Toubon, ancien défenseur des droits
Jacques Toubon, ancien défenseur des droits
Jacques Toubon, ancien défenseur des droits ©AFP - LUDOVIC MARIN / AFP
Jacques Toubon, ancien défenseur des droits ©AFP - LUDOVIC MARIN / AFP
Jacques Toubon, ancien défenseur des droits ©AFP - LUDOVIC MARIN / AFP
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Résumé

Jacques Toubon a eu un parcours assez singulier. Du RPR, il est devenu défenseur des droits. Une nomination qui avait beaucoup surpris en 2014. Certains diront qu'il s'est gauchisé au fil du temps. Qu'en pense t-il ? Quel regard porte t-il sur la politique aujourd'hui ? Sur la passe vaccinal ?

avec :

Jacques Toubon (Défenseur des Droits).

En savoir plus

Le gouvernement a annoncé que le passe sanitaire allait se transformer en passe vaccinal. La loi devrait en vigueur mi-janvier. 

Du passe sanitaire au passe vaccinal

Pour obtenir le passe vaccinal, les 5,6 millions de Français majeurs  encore non-vaccinés n'auront plus les tests PCR ou antigéniques d'une  durée de validité de 24 heures. Seul un schéma vaccinal complet ou un certificat d'immunité le permettront. Si le projet de loi est adopté au Parlement, l'accès aux lieux de loisirs, aux trains de longue distance  et aux restaurants sera interdit aux personnes non vaccinées, même  testées. Pour le défenseur des droits, 

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En ce qui concerne l'état d'urgence sanitaire on a une donnée qui est encore plus prégnante c'est que la vie des gens, le sort d'une collectivité est mis en cause, et c'est en particulier quelque chose que moi, en tout cas en tant qu'homme politique c'est à dire un peu responsable du sort collectif, à quoi je suis très sensible. c'est le rôle que la responsabilité individuelle peut avoir sur le sort de tous, sur le destin collectif. Et là il est clair que l'on voit bien que non seulement il existe une sorte de balance à trouver entre liberté et sécurité et contrainte mais il existe aussi une balance à trouver entre en quelque sorte l'égoïsme personnel et le destin collectif. Et de ce point de vue les mesures qui sont préconisées me paraissent justifiées, opportunes et justifiées. Le conseil constitutionnel comme le conseil d'état d'ailleurs ont entouré depuis 1 an pendant de ces mesures de précaution, de garde-fous. Je ne crois pas à titre personnel, je ne le dis pas en tant que défenseur des droits, je ne crois pas que nous ayons franchi une limite qui du point de vue des libertés est inadmissible. Je crois que nous sommes dans une bataille dans laquelle les comportements individuels vont donner le sort des armes pour l'ensemble de nous tous. 

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Du RPR à défenseur des droits...

De 2014-2020, Jacques Toubon a été défenseur des droits, une autorité administrative indépendante qui est chargée de veiller au respect du droit des citoyens par les administrations.  Mais avant d'occuper ce poste, il était président du RPR où il avait voté contre l'article 1 qui abolissait la peine de mort et contre l'abrogation d'un alinéa qui pénalise les relations homosexuelles avec les mineurs de 15 ans. C'est pourquoi lorsque François Mitterrand a nommé Jacques Toubon défenseur des droits, cela a provoqué de nombreuses réactions... 

J'avais compris ces réactions dans la mesure où tout ceux qui se sont exprimés ont tout simplement fait soit des contresens, soit des inexactitudes. Pour prendre une exemple très simple, j'ai voté l'abolition de la peine de mort. Je suis abolitionniste, j'ai été abolitionniste derrière Jacques Chirac depuis les années 60 ou 70. Mais tout simplement l'article 1 qui abolissait la peine de mort, je l'ai voté. Je n'ai pas voté l'ensemble du texte pour une raison simple parce que j'ai dit et d'autres de mes collègues du RPR l'ont dit, de la commission des lois, moi j'étais en quelque sorte le chef de file du RPR dans ce débat, j'ai dit à Monsieur Badinter vous refusez de mettre n place l'édifice pénal substitutif à la disparition de la peine de mort. Et c'est si vrai que ça a été fait après en 1987 puis en 1993. C'était tout simplement une cohérence du juriste face à quelque chose qui est quand même un monument et la de la démocratie et de la liberté et qui s'appelle le code pénal. 

Pendant 6 ans donc Jacques Toubon a été défenseur des droits . A ce poste, il a dénoncé la loi sur l'asile et l'immigration, les contrôles au faciès, a plaidé pour le retrait des LBD, des lanceurs de balles de défense.

J'ai souvent expliqué lorsque j'ai été nommé défenseur des droits que ma conception du défenseur des droits était une conception de totale liberté et de totale indépendance, ce que j'ai pratiqué pendant 6 ans alors que j'ai été pendant les 40 années précédentes de ma vie publique ou politique dans des situations de solidarité gouvernementale, de groupe parlementaire, de militantisme partisan qui était par définition des situations où vous n'aviez pas cette liberté et cette indépendance. Et je crois que, pendant ces 6 années de défenseur des droits, j'ai pu de manière tout à fait libre et indépendante dire ce que j'avais à dire. 

Sa lecture de la campagne présidentielle

Le 4 décembre, Valérie Pécresse a été investie par le parti Les Républicains pour  l'élection présidentielle de 2022 avec 60.95% des voix contre Eric Ciotti. Après le vote des adhérents, elle est  la première femme de l'histoire à représenter le parti au scrutin  national. Mais le parti les républicains n'a pas toujours organisé des primaires lors des élections présidentielles...

Ca ne me parait être de la veine fondamentale d'un parti politique et d'un parti politique bien organisé. Les primaires c'est un mécanisme qui relève d'autres types de démocratie. Le rôle que les partis politiques jouent dans notre pays, et notamment parce que la constitution leur reconnait ce rôle, ne peut pas être celui simplement d'organiser une sorte de marché sur lequel vous venez miser. Non je pense que le parti politique sous la houlette de ses responsables a à prendre des décisions lui-même. Et moi je peux dire simplement que, si nous étions à des époques où j'avais des responsabilités, il n'y aurait pas eu de primaires et un ou une candidate des républicains aurait été choisi selon les méthodes que nous employions à l'époque. [...]

A gauche, de nombreux candidats se font face : Yannick Jadot, Anne Hidalgo, Fabien Roussel, Arnaud Montebourg, Jean-Luc Mélenchon... Mais il y a peu de chances que l'un de ces candidats arrive au second tour. Jean-Luc Mélenchon, en tête de liste, ne récolte que 8% des intentions de vote. De nombreuses personnes appellent à une primaire populaire qui aura lieu fin janvier. Anne Hidalgo appelle à une union de la gauche. Christiane Taubira réfléchit à se porter candidate et appelle les candidats de gauche à une primaire. Réponse attendue mi janvier... Cette union de la gauche pourrait peut être permettre au candidat de gauche d'être au second tour de l'élection...

Je crois que la gauche elle est tétanisée dans le programme, le projet, les idées qu'elle peut soumettre. Or ce qui est fondamental, ce n'est naturellement pas tel Monsieur ou telle dame, c'est qu'est ce que l'on demande aux français de soutenir comme projet, comme politique pour l'avenir. Elle est dans l'incapacité de faire cette proposition, ce projet, parce qu'elle est tétanisée par la vision qu'elle se fait aujourd'hui de la société. On a le sentiment que la France est en train d'évoluer de telle sorte qu'il y a beaucoup moins de places pour des idées de solidarité. On a le sentiment qu'il s'agit d'une guerre de tranchées, qu'il faut que chacun soit prêt à canarder l'autre et que la tolérance est quelque chose qui appartient au passé. Je peux comprendre que des partis politiques qui ont des ambitions sociales se disent qu'est ce que j'ai à faire là dedans. Moi quand je vois comment les choses évoluent, je pourrais me laisser aller au désespoir mais non j'ai été voter (à la primaire des républicains).

Nous sommes encore à 4 mois de l'élection présidentielle et tout peut encore se jouer d'ici là...

C'est aux alentours de la première ou de la deuxième quinzaine de février que les choses se nouent. Si on regarde l'histoire des élections en France c'est tardivement que se met en place la distribution la scénographie et quelque fois le même le texte, le livret de la pièce. Mon sentiment c'est qu’aujourd’hui nous sommes dans les préliminaires, dans la préparation. C'est une campagne qui aujourd'hui a une caractéristique : c'est une campagne où le mot d'ordre général, universel c'est tous à droite et le plus possible. 

Références

L'équipe

Frédéric Says
Production
Anne-Claire Bazin
Collaboration