Jean-Christophe Cambadélis
Jean-Christophe Cambadélis
Jean-Christophe Cambadélis ©AFP - Eric FEFERBERG
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Résumé

A 36 jours de l'élection présidentielle, Emmanuel Macron a annoncé sa candidature hier. Une campagne électorale éclipsée par la guerre en Ukraine, une gauche divisée qui ne sera probablement pas au second tour. Décryptage avec l'ancien premier secrétaire du PS.

avec :

Jean-Christophe Cambadélis (premier secrétaire du Parti socialiste).

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Le président aura attendu le dernier jour pour annoncer sa candidature à l'élection présidentielle (il avait jusqu'à 18 heures vendredi avant que le Conseil constitutionnel ne ferme les dépôts de candidature). Vendredi 4 mars, Emmanuel Macron a donc officialisé sa candidature pour l'élection présidentielle via "une lettre aux Français" diffusée dans l'ensemble des titres de la presse quotidienne régionale.

Emmanuel Macron annonce sa candidature à l'élection présidentielle

Dans sa lettre aux Français, le Président explique les raisons de sa candidature :"je suis candidat pour inventer avec vous, face aux défis du siècle, une réponse française et européenne singulière". Il assume avoir commis des erreurs : "nous n’avons pas tout réussi. Il est des choix qu’avec l’expérience acquise auprès de vous je ferais sans doute différemment". De son programme, il donne les grandes lignes directrices.

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La gauche à la traîne dans les sondages

Selon un sondage publié par le monde ce matin, le Président fait toujours figure de favori pour l'élection avec 30.5% des intentions de vote. Derrière, la bataille se poursuit entre la candidate de droite et les deux prétendants de la droite nationaliste. Marine Le Pen fait toujours figure de favorite pour accéder au second tour, avec 14.5% (-1 point), devant Eric Zemmour qui est à 13% (- 2 points) et Valérie Pécresse qui est à 11% (- 1 point). Jean-Luc Mélenchon gagne 0.5 point et se hisse à 12% des intentions de vote. Les prétendants de gauche ne décollent toujours pas : Yannick Jadot est à 7.5%, Fabien Roussel à 4% et Anne Hidalgo à 2.5% des intentions de vote. Cette semaine Christiane Taubira a annoncé retirer sa candidature.

C'est un aspect particulier d'une campagne de la gauche en général. Aujourd'hui la gauche fait maximum 20-22% d'intentions de vote alors que la totalité des gens qui se réclament de l'identité (que moi j'appelle de l'extrême droite), ils en font plus de 40%. Nous sommes dans un renversement complet par rapport aux années que nous avons connues c'est à dire les années 1980-2000. Dans cette situation d'extrême division, il est difficile d'installer le parti socialiste comme une force responsable, raisonnable dans le paysage politique. Et puis, soyons clair, nous n'avons pas fait la révolution copernicienne qui doit être la notre. C'est à dire que nous avons toujours vécu sur un schéma qui est caduc, qui est celui d'Epinay, de l'union de la gauche, voire de la subordination du parti socialiste à cette union de la gauche. Et nous n'avons pas créé un pilier responsable dans la gauche. Evidemment Anne Hidalgo elle a tout cela à supporter. La division, l'absence de refondation, le fait qu'elle soit maire de Paris (cela pèse sur la situation de sa campagne), que ce soit une femme. Donc il y a beaucoup d'éléments à prendre en compte dans sa campagne. (...) Moi je pense que le pronostic vital de la gauche dans son ensemble est posé. D'abord parce que nous  allons être globalement éliminé du deuxième tour de l'élection présidentielle (je ne crois pas en la capacité de Jean-Luc Mélenchon de s'imposer au deuxième tour), et nous allons nous auto-éliminer aux législatives puisque personne ne veut se mettre d'accord avec l'autre et que tout le monde est dans la compétition pour les élections législatives. Le grand risque de la gauche est d'être marginalisé pour longtemps. Nous allons assister à un nouveau clivage politique qui va s'installer entre les identitaires nationalistes (nationalisme d'exclusion) et les libéraux.

Malheureusement aucun candidat de gauche ne sera au second tour car il n'y a pas de réserve. Jean-Luc Mélenchon avait les 17% du parti socialiste en 2017. Aujourd'hui il y a 2%, il ne va pas nous les prendre. On dit qu'il y a des réserves chez les abstentionnistes. 60% des Français disent qu'ils vont aller voter de manière certaine. On peut penser que cet électorat qui s'abstient est plutôt un électorat de gauche parce que la droite est sur-mobilisée. Je pense que si cet électorat n'est pas derrière Jean-Luc Mélenchon c'est qu'il y a une raison. C'est que sa radicalité ne permet par de rassembler. Donc il n'a pas les réserves.

Pour l'ancien secrétaire du Parti Socialiste, il faut que la gauche se reconstruise. Avec son réseau "Nouvelle Société", il y travaille. Je crois que le parti socialiste devrait faire l'union de la gauche à commencer par les écologistes, le parti communiste, le parti radical. Jean-Luc Mélenchon ne veut pas. Il a déjà indiqué que ses candidats seraient ceux de l'Union Populaire. Si on ne s'unit pas, je le dis à mes camarades, vous ne passerez pas. Vous serez hors jeu. 

Alors que l'extrême droite est au plus haut... 

En 1990, Jean-Christophe Cambadélis lançait le manifeste contre le Front National. L'idée était d'opposer une présence de terrain et idéologique au parti de Jean-Marie Le Pen à l'époque. Aujourd'hui Eric Zemmour et Marine Le Pen totalisent environ 30% d'intentions de vote pour l'élection. 

Nous sommes face à un retournement. Au point de départ quand je fonde le manifeste contre le Front National, je combats Alain De Benoist qui dit que la gauche sera minoritaire le jour où la droite (la nouvelle droite) sera majoritaire sur l'identité, l'immigration et l'insécurité. Aujourd'hui nous y sommes. Je pense que la gauche elle est datée, divisée et radicalisée et c'est pour cela qu'elle est hors jeu. Si vous allez au bout des idées d'Eric Zemmour, c'est la guerre civile parce que vous n'allez pas raccompagner cinq millions de Français d'origine musulmane (mais des Français), nous n'allez pas les raccompagner à la frontière. Ce discours là engendre une véritable sécession dans notre société.   

Une campagne électorale rythmée par la guerre en Ukraine

Selon un sondage Ipsos Sopra Steria pour le monde publié ce matin, le deuxième sujet de préoccupation des Français (derrière le pouvoir d'achat) est celui de la guerre en Ukraine.

C'est évident, on est percuté par ces évènements. La présidentielle, entre nous, est vitrifiée c'est à dire qu'aujourd'hui, on ne peut pas avancer un argument, faire une réunion, un meeting, un débat sans qu'il y ait avant tout (ce qui est normal), le traitement de ce qui se passe en Ukraine parce que se joue le destin des nations de l'Europe. (...) Pour l'instant tout le monde est dans une certaine retenue, ce qui est normal. Je ne le critique pas. Personne ne lâche ses coups, y compris contre le Président de la République. On ne critique pas le président sur ce qu'il a pu faire ou sur ce qu'il fait. C'est normal parce que nous sommes face à un ennemi qui est sanguinaire, qui est un dictateur. Mais en faisant cela, nous n'avons pas de campagne présidentielle, ni de débat. Nous sommes dans cette situation où la présidentielle est en mode stop. 

La guerre en Ukraine

Le 24 février, Vladimir Poutine a envahi l'Ukraine. Au neuvième jour de cette guerre, plusieurs villes ont été prises et bombardées. Kiev, Kharkiv, Marioupol, Kherson. Selon les derniers décomptes de l'ONU, plus de 1,2 million de personnes ont fui l'Ukraine depuis le début de l'invasion russe. Les ministres de la défense des 27 pays de l'Union-Européenne se sont mis d'accord sur une aide militaire de 500 millions d'euros, à apporter à l'Ukraine. Ces derniers jours, une question divise la gauche : faut-il envoyer des armes à l'Ukraine ? 

Bien sûr qu'il faut soutenir (l'Ukraine) sous toutes les formes possibles. Cela passe par les armes, cela passe par les couloirs humanitaires, cela passe par la solidarité. Nous savons que la solidarité sous toutes ses formes joue un rôle. Les Etats jouent leur rôle mais la société civile doit jouer le sien. Moi, je le dis, je regrette que l'ensemble de la gauche soit incapable aujourd'hui à appeler à une manifestation du type Berlin - où ils étaient 200 000 à manifester pour l'Ukraine récemment. Je trouve que l'on est en-dessous de tout. Entre Jean-Luc Mélenchon qui condamne l'intervention mais qui condamne les moyens de condamner l'intervention. Et l'ensemble de la gauche qui se dit solidaire mais qui est incapable de créer les conditions communes d'une action commune de solidarité. La CFDT, FO, la CFTC que j'avais connues beaucoup plus réactives sur la Pologne, ou la CGT beaucoup plus réactive sur le Chili. Aujourd'hui, il n'y a personne (...) Je suis vraiment désolé que la gauche ne soit pas à la hauteur de ce rendez-vous de l'histoire. Elle n'est pas au rendez-vous de la présidentielle, cela peut se surmonter. Mais ne pas être au rendez-vous de l'histoire, cela ne se surmonte pas. 

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