Joe Biden
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Joe Biden ©AFP - MANDEL NGAN
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Résumé

Le 8 novembre 2022 se tiendront aux États-Unis les élections de mi-mandat durant lesquelles les Américains seront appelés à renouveler l'ensemble de la chambre des Représentants et un tiers du sénat. Des élections cruciales pour Joe Biden, 46e président des États-Unis.

avec :

Sonia Dridi (Journaliste indépendante à Washington), Laurence Nardon (Responsable du programme Amérique du Nord de l’Ifri, productrice du podcast hebdomadaire "New Deal" sur Slate).

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Le 3 novembre 2020, Joe Biden était élu Président des États-Unis. Le 6 janvier 2021, au moment où les élus américains se réunissaient pour certifier sa victoire à l'élection présidentielle, des centaines de partisans de Donald Trump entraient en force dans le Capitole, faisant cinq morts. Depuis, Donald Trump continue de clamer que l'élection lui a été volée. En un an de présidence, Joe Biden a essayé de faire passer de nombreuses réformes. Il a affronté la pandémie de Covid-19, mais aussi le retrait des troupes américaines après vingt ans de présence en Afghanistan. Et depuis le 24 février dernier l'invasion de l'Ukraine par la Russie : "ce conflit, Joe Biden l'avait anticipé en juillet 2021. Cela montre l'expertise des renseignements américains. Mais je pense que l'engagement militaire au sol et en Ukraine est impossible pour les Etats-Unis malgré les pressions de certaines personnes au Congrès." selon Corentin Sellin, professeur agrégé d'histoire et spécialiste de politique américaine.

La gestion de la guerre en Ukraine par Joe Biden

Depuis plusieurs semaines, les États-Unis s'investissent massivement et de plus en plus pour aider le président Volodymyr Zelensky. Parmi les mesures, une livraison de plus de 3 milliards de dollars d'armement à Kiev, la mise en place d'un embargo sur l'énergie russe. La guerre en Ukraine va-t-elle renforcer l'image du président des États-Unis au sein de son pays ? 

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Selon Sonia Dridi, autrice de "Joe Biden, le pari de l'Amérique anti-Trump", "Joe Biden est plutôt fragile, autour de 40% de popularité. C'est l'un des taux de popularité à cette époque de sa présidence les plus bas depuis des décennies pour un président. A part Donald Trump qui était au même niveau à la même époque. Mais la guerre en Ukraine le renforce. Alors que beaucoup avaient critiqué la façon dont il a géré le retrait des troupes américaines d'Afghanistan". 

Pour Laurence Nardon, responsable du programme Etats-Unis à l'IFRI (institut français des relations internationales), "l'administration Biden est assez active dans cette guerre. Mais ils ne veulent pas provoquer une escalade de la part de la Russie et être vus comme des co-belligérants. Cette guerre réactive le débat entre populistes et libéraux. On a toujours une petite frange au sein du parti Républicain qui reste pro-Poutine et au sein des Démocrates on voit monter en puissance ces fameux internationalistes libéraux. Pour eux, la lecture qui est faite de cette guerre est une nouvelle étape dans la vaste guerre que se mènent les populistes et les partisans de la démocratie de l'autre".  (...) "La grande politique américaine était une restructuration de la politique étrangère.  La crise ukrainienne oblige Joe Biden à se réengager en Europe."

La position prise par Joe Biden face à Vladimir Poutine, le qualifiant de "criminel de guerre, de boucher" a renforcé son image. Peu avant qu'il utilise ces termes, 54% des Américains trouvaient que Joe Biden n'était pas assez dur avec le président Russe.

Les élections de mi-mandat aux États-Unis

En novembre auront lieu les midterms. Dans la tradition américaine, ces élections sont difficiles et rarement favorables au Président en place. Selon Corentin Sellin, "elles avaient été de véritables déroutes pour les deux anciens présidents démocrates aussi bien en 1994 qu'en 2010. Donald Trump avait connu des midterms catastrophiques en 2018. La victoire de Joe Biden en 2020 était surtout un vote anti-Trump. Aujourd'hui, cette question n'est toujours pas tranchée. Et le Président n'a toujours pas réussi à faire passer ses grandes promesses sociales et climatiques. Il y a une déception côté Démocrates. Les Républicains eux sont dans la revanche de 2020 et toujours très mobilisés."

Selon Sonia Dridi, "les experts s'accordent pour dire que la chambre des Représentants sera perdue par les Démocrates mais il y a une chance que Joe Biden garde une très faible majorité au sénat." 

En un peu plus d'un an de présidence, Laurence Nardon souligne que "Joe Biden a quand même réussi à faire passer une grande partie de sa réforme sociale "Build Back Better". Il y a seulement 3.5% de chômage aux Etats-Unis, il a créé 7 millions d'emplois l'année passée. Mais une partie de l'opinion s'arrête sur l'inflation à 8.5%."

Quel duel pour la future élection présidentielle ?

Joe Biden a sous-entendu qu'il se représenterait en 2024. Pour Laurence Nardon, "c'est un peu de la communication, car s'il dit qu'il ne se représentera pas, cela ouvrira la guerre de succession au sein du parti Démocrate et elle va être très ouverte. Car il n'y a pas de candidat très sérieux. Kamala Harris est assez peu charismatique et assez peu populaire. Son positionnement politique n'est pas très clair." Une opinion que partage Sonia Dridi : "Joe Biden avait décidé d'y aller en 2020 car il a vu que personne ne pourrait faire le poids face à Trump. Il avait donc décidé de se présenter pour la troisième fois et il a gagné. Aujourd'hui, le candidat de la relève n'est pas évident. Beaucoup pensait que ce serait Kamala Harris mais elle n'a pas les épaules. Ce pourrait être Pete Buttigieg, le Secrétaire d'état aux Transports."

Côté républicain, Donald Trump sera-t-il candidat ?

Selon Laurence Nardon, "Trump laisse entendre qu'il va se représenter. Toute la question est de savoir quand le camp républicain va sortir de cet état de sidération dans lequel il est depuis 2016 vis-à-vis de lui. On a pensé que cela se passerait après l'assaut du Capitole mais cela n'a pas eu lieu. Beaucoup de Républicains ont encore peur de Donald Trump." 

Pour Sonia Dridi, "Trump va laisser planer le doute au-delà des midterms pour garder une influence sur le parti Républicain. Mais il a un tel égo, je ne pense pas qu'il se prendra le risque de se représenter et de perdre à nouveau".  

Selon Corentin Sellin, "lors de ces élections de midterms, Trump aura encore une énorme influence au sein du parti Républicain. Il va essayer de renouveler les élites traditionnelles du parti pour les remplacer par des personnes acquises au trumpisme et au mythe de l'élection volée." (...)

Mais alors qui pourrait remplacer Donald Trump au sein du parti Républicain ? 

Pour Corentin Sellin, "Si Trump sortait personnellement du jeu, pourrait se forger un trumpisme sans Trump, en particulier dans l'état de Floride autour du gouverneur Ron DeSantis" 

Ron DeSantis pourrait donc se présenter pour 2024 mais il y a d'autres prétendants comme Mike Pence, Sarah Palin, Ted Cruz, Marco Rubio... 

Références

L'équipe

Anne-Claire Bazin
Collaboration