Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur
Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur ©AFP - JOHN THYS
Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur ©AFP - JOHN THYS
Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur ©AFP - JOHN THYS
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Chef d'entreprise, écrivain, ministre de l'Économie, Thierry Breton est aujourd'hui commissaire européen au marché intérieur. Avec lui, nous aborderons la dépendance énergétique de l'Europe, la souveraineté industrielle et les alliances politiques à une semaine des législatives.

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Le 24 février, la Russie envahissait l'Ukraine sous prétexte de dénazifier et démilitariser le pays. Après 100 jours de guerre, Moscou s’est emparé de 20 % du territoire ukrainien. Une guerre qui a de nombreuses conséquences militaires, diplomatiques, économiques ou judiciaires.

La dépendance énergétique de l'Europe vis-à-vis de la Russie

Cette semaine, l'Union-Européenne a décidé d'un embargo progressif sur 90% du pétrole russe importé, embargo qui doit s'appliquer dans les six prochains mois. La Russie est le deuxième exportateur mondial de gaz naturel et de pétrole. Elle fournit 40% du gaz naturel et 26% du pétrole brut consommé en Europe. L’invasion de l’Ukraine par la Russie a mis en lumière la dépendance des pays de l’Union européenne aux hydrocarbures russes : 48,4 % du gaz et 25,4 % du pétrole importés dans l’UE proviennent de la Fédération de Russie. Cet embargo concernera dans un premier temps le pétrole transporté par bateau, soit les deux tiers des achats européens d'or noir russe. Une exemption temporaire a été prévue pour le pétrole acheminé par oléoduc, afin de lever le veto de Budapest. L'extension de l'embargo aux livraisons par oléoduc sera ensuite discutée "dès que possible" et, au total, c'est 90% des exportations de pétrole russe vers l'UE qui seront arrêtées d'ici la fin de l'année. Mais cet embargo n'est pas sans conséquences...

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Pour Thierry Breton, "il faut que l'on se désengage le plus rapidement possible de notre dépendance à la Russie en matière d'hydrocarbures. On voit que Vladimir Poutine, depuis des années, utilise tous les moyens qu'il a à sa disposition pour essayer de diviser et d'affaiblir l'Europe. On l'a vu avec les attaques hybrides, avec son rôle incroyable, innommable quand il a utilisé des migrants à la frontière biélorusse. On le voit aussi avec les Fakenews. On voit comment il s’est infiltré dans nos propres médias avec Russia Today, Sputnik que nous avons mis sur les sanctions, Dieu soit loué. On le voit aussi avec ce qu'il a fait dans nos ingérences dans notre système démocratique. On a l'habitude. On sait qu'il ne veut pas de notre Europe. Aujourd'hui il utilise l'arme de l'énergie pour nous diviser et l'arme du blé. Nous avons la possibilité de nous en extraire mais il va falloir le faire en essayant de préserver nos intérêts. C'est le sixième paquet de sanctions. (...) Le mix énergétique, il est à la main des états. Les sanctions servent à dire que nous ne finançons pas cette guerre. Il faudra aller jusqu'au gaz."(...)

"On a aussi le gaz. Moi dans ma responsabilisé, je m'y prépare. Et j'ai engagé, avec chacun des états membres, des discussions approfondies pour voir, très peu de jour après le début des hostilités, en disant : "qu'est-ce-qui se passe, non pas si nous même, nous mettons le gaz sur les sanctions mais si lui-même utilise le fait qu'il peut couper le gaz comme nouvelle arme hybride ?" Pays pas pays, et au niveau de l'Union-Européenne, nous avons travaillé sur des plans. On importe aujourd'hui 155 milliards de mètres cubes de gaz russe par an. Comment peut-on faire pour réduire ces importations ?"

Comment maintenir un déficit public sous la barre des 3 % du PIB ?

Pour aider les Français à faire face à la hausse des prix, le gouvernement a déjà dépensé plus de 26 milliards d'euros depuis l'automne. La dette s'est établie à 2813,1 milliards d'euros, a détaillé l'institut de statistiques, ce qui représente 112,5% du PIB. La dette publique et le déficit public évoluent toutefois encore bien au-dessus des limites fixées par les règles budgétaires de Maastricht qui tolèrent une dette à 60% du PIB et un déficit à 3%. Ces règles du Pacte de stabilité ont toutefois été suspendues début 2020 et jusqu'à fin 2022 en raison de la pandémie de Covid-19, puis de nouveau repoussées à la fin 2023 ces derniers jours, notamment en raison des conséquences économiques de la guerre en Ukraine.

Lorsqu'il était ministre de l'Économie, Thierry Breton avait axé sa politique sur la nécessité d'assainir les comptes publics via notamment la réduction de la dette. Son objectif, le maintien du déficit public sous la barre des 3 % du PIB en 2005 et en 2006. Une mission qu'il avait accomplie avec brio. Selon l'ancien ministre de l'Économie, "les traités permettent, ce n'est pas inscrit. Il y a des discussions. On n'est pas dans la désobéissance, on est dans la négociation. L'Europe c'est aussi de la discussion avec des co-législateurs. On a ce champ de possibilité. C'est dans ce contexte là que, en respectant le cadre, nous avons estimé qu'il est très important de maintenir jusqu'à fin 2023. Et après, nous nous poserons la question. Il faut une règle, on est ensemble. On ne peut pas vivre sans règle.. C'est indispensable. Mais c'est pas cela le problème pour moi. La vraie question c'est l'endettement. Moi je suis de ceux qui disent qu'il faut qu'on mette à plat l'ensemble des niveaux d'endettement tout compris des états pour recadrer."

Des législatives dans une semaine

Pour espérer obtenir une majorité aux législatives et imposer une cohabitation à Emmanuel Macron, le chef de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon a créé une alliance politique entre plusieurs partis de gauche en vue des élections législatives des 12 et 19 juin. La Nupes (qui regroupe EELV, le PCF, le PS et LFI) a présenté le 7 mai un "programme partagé de gouvernement" comptant 650 mesures (comme la retraite à 60 ans, le blocage des prix, le passage à la VIe République ou la planification écologique) et quelques divergences, notamment sur le nucléaire ou l’Europe (la désobéissance à certaines règles communautaires par exemple). Même stratégie du côté de la majorité présidentielle avec la création de la confédération Ensemble, qui regroupe notamment LREM, le MoDem et Horizons.

Thierry Breton observe la paysage politique depuis son poste de commissaire européen : "il y a une fragmentation au niveau européen et au niveau français. Il faut retrouver du ciment, il faut retrouver du liant, des objectifs, une vision. La fragmentation, on l'a vue évidemment à gauche en France mais pas que là. On l'a vue à droite avec Les Républicains. Mais on l'a vue aussi à l'extrême droite. Parce que pardon mais monsieur Zemmour et madame Le Pen, ils font ensemble ce que madame Le Pen avait fait en 2017. Ça n'a pas trop bougé mais c'était fragmenté. Mais maintenant, on essaye de lutter contre cette fragmentation. Mais on essaye de lutter de façon artificielle. La France, la Ve République, ce n'est pas des coalitions, ce qu'essayent de faire peut-être certains. La France ce n'est pas cela. C'est beaucoup plus cela en Allemagne ou dans certains pays d'Europe du Nord. Il y a effectivement la nécessité de façon beaucoup plus profonde de recréer la force des partis politiques qui sont très affaiblis à cause de cette fragmentation. (...) Ce sont peut-être des alliances de circonstances. Les alliances de circonstances, cela ne marche que pour ce que c'est fait c'est à dire la circonstance de l'instant."

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