Valérie Masson Delmotte, co-présidente du groupe 1 du Giec ©AFP
Valérie Masson Delmotte, co-présidente du groupe 1 du Giec ©AFP
Valérie Masson Delmotte, co-présidente du groupe 1 du Giec ©AFP
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Résumé

Lundi 4 avril, le Giec rendait ses dernières préconisations pour lutter contre le réchauffement climatique. Comment se prennent les décisions au sein de ce groupe d'experts ? Comment peuvent-ils influer sur l'agenda politique ? Valérie Masson-Delmotte, membre du GIEC, nous l'explique.

avec :

Valérie Masson-Delmotte (paléoclimatologue, co-présidente du du groupe de travail sur les bases physiques du climat du GIEC).

En savoir plus

Un rapport de plus de 3000 pages où 278 chercheurs émettent des préconisations pour lutter contre le réchauffement climatique. Un rapport alarmiste mais pas défaitiste. Pour avoir un avenir vivable, il faut prendre des mesures et rapidement : "Seules des réductions rapides et soutenues de nos émissions peuvent permettre de contenir l'augmentation des températures". En 2019, la production mondiale de gaz à effet de serre était de 59 gigatonnes équivalent CO2. Un record absolu dans toute l'histoire de l'humanité. C'est 12 % de plus que lors de l'année 2010 et 54 % qu'en 1990. Pour tenir les 1,5 °C, il faudrait diviser par deux nos émissions entre aujourd’hui et 2030.

Le sixième rapport du Giec

Dans ce rapport, les scientifiques du GIEC appellent à réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre dans tous les domaines, des transports à l’industrie en passant par l'agriculture, les villes... Ils invitent aussi à changer nos comportement (alimentation, consommation…) pour espérer limiter le réchauffement à +2°C d’ici la fin du siècle.

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Avec un impératif : sortir des énergies fossiles pour s'orienter vers les technologies "propres", peu émettrices de CO2. L'usage du charbon devrait être totalement stoppé et ceux du pétrole et du gaz réduits de 60% et 70%, respectivement, d'ici à 2050 par rapport aux niveaux de 2019, la "quasi-totalité de la production mondiale d'électricité devant provenir de sources zéro ou bas-carbone", estime le Giec.

Comment lutter contre le réchauffement climatique ?

La transition passe aussi par nos comportements individuels. En modifiant notre alimentation (et mangeant moins de viande par exemple) et nos modes de consommation (en prenant moins l’avion et davantage le train, ou en utilisant le vélo pour nos déplacements) nous pouvons jouer un rôle. Le levier de la "demande" peut peser – associé à la création d’infrastructures - à hauteur de 40 à 70% des baisses de gaz à effet de serre.

La technologie a aussi un rôle à jouer, comme la capture du CO2. Enfin le GIEC se penche sur les moyens … et financement des stratégies de réduction des gaz à effet de serre.

Le rapport pointe les améliorations apportées par les technologies ces dernières années, qui ont permis la baisse des coûts du photovoltaïque, du solaire, des batteries électriques. Et appelle à accélérer dans les innovations. Il plaide pour réduire ou modifier la consommation d'énergie et de matériaux dans les villes, les électrifier, pour prendre le virage de la voiture électrique, produire différemment dans l'industrie et l'agriculture...

D'une manière générale, la plupart des procédés industriels peuvent être décarbonés via diverses technologies ayant recours à l'électricité ou l'hydrogène, le captage de carbone et l'économie circulaire (recyclage et réutilisation).

L'acceptabilité des mesures est en effet un enjeu clé. Les sacrifices engendrés par la transition doivent être équitables, sans peser uniquement sur les régions du monde les plus fragiles, les secteurs économiques les plus exposés par les changements nécessaires.

Les bons et les mauvais élèves

Aujourd'hui, les plus riches sont les plus gros émetteurs, et ceux qui subissent les conséquences du réchauffement sont les plus pauvres. Les ménages avec les 10% des plus hauts revenus dans le monde représentent à eux seuls entre 36% et 45% des émissions totales de gaz à effet de serre responsables du changement climatiques. Et parmi ces 10% de plus aisés, les deux tiers vivent dans les pays développés.

Seuls 24 pays ont baissé durablement leurs émissions de gaz à effet de serre. Six de ces pays sont situés en Europe du Nord et de l'Ouest et ont entamé cette décrue dans les années 1970. Six autres appartiennent à l'ex-bloc de l'Est et ont amorcé la décroissance carbone dans les années 1990. Problème : les efforts de ces 24 pays sont complètement contrebalancés par la croissance rapide des émissions dans le reste du monde et notamment chez les pays en voie de développement. L’Amérique du Nord, l’Europe, l’Australie, le Japon et la Nouvelle-Zélande comptaient seulement 22% de la population mondiale en 2019, mais ils ont contribué à 43% des émissions de carbone historiques cumulées entre 1850-2019. A l’inverse, l’Afrique et l’Asie du Sud comptaient 61% de la population mondiale en 2019, mais n’ont contribué qu’à hauteur de 11 % aux émissions historiques.

Que peuvent faire les scientifiques pour faire pression sur les politiques ?

Il est parfois triste de constater qu’un film comme "Don’t look up" (certes avec une panoplie d’acteurs de renom) a plus d’écho pour faire passer un message et quel message que de nombreux scientifiques.

Inspiré par le thème de l'actuelle crise climatique, le film évoque la chute prochaine d'une grande comète qui va complètement ravager la terre et tuer tous ses habitants, et la difficulté que rencontrent les scientifiques qui l'ont découverte pour prévenir le monde face à la désinformation, au déni et aux sarcasmes du monde médiatique et politique comme du grand public, ainsi qu'à la cupidité et à l'inaction de la présidente des Etats-Unis sous la coupe du puissant créateur d'une grande entreprise technologique.

58 min

Un réveil écologique ?

Ce  samedi, nombre de français se sont donnés rendez-vous pour la marche pour le futur. C’est surtout la jeune génération qui est très mobilisée sur les enjeux climatiques. Car elle ne souhaite pas attendre la "fin du monde". Mais ces jeunes qui se mobilisent sont une partie de la jeunesse plutôt urbaine, plutôt instruite, plutôt de milieu aisé.

En parallèle, un nombre croissant de pays, et d'entreprises, ont annoncé un objectif de neutralité carbone d'ici le milieu du siècle. Les politiques contraignantes telles que la tarification du carbone se sont développées. Le militantisme climatique se développe, les syndicats commencent à s'impliquer, tandis que la couverture médiatique du changement climatique reflète mieux la réalité scientifique.

Références

L'équipe

Anne-Claire Bazin
Collaboration