Un garçon porte un masque de protection devant une affiche de propagande, à Beijing, le 1er avril 2020 ©AFP - Nicolas Asfouri
Un garçon porte un masque de protection devant une affiche de propagande, à Beijing, le 1er avril 2020 ©AFP - Nicolas Asfouri
Un garçon porte un masque de protection devant une affiche de propagande, à Beijing, le 1er avril 2020 ©AFP - Nicolas Asfouri
Publicité
Résumé

Après des semaines de silence poli, les pays occidentaux commencent à hausser le ton contre la diplomatie de Xi Jinping. C'est ce que décrit Christine Ockrent dans sa chronique internationale.

En savoir plus

La propagande, ça suffit. L’effet de sidération passé, les dirigeants occidentaux se débattent tant bien que mal, chacun à sa façon, dans la gestion sanitaire et économique du coronavirus mais ils partagent une même exaspération : l’offensive de Pékin pour imposer sa version des faits, vanter son modèle politique et dénoncer leur incurie est inadmissible. Emmanuel Macron l’a dit hier au Financial Times, Donald Trump l’a tweeté à plusieurs reprises, Londres l’énonce plus poliment : la Chine devra s’expliquer sur l’apparition du virus et sur son incapacité à le stopper plus tôt - il y a manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas, pour reprendre la formulation du président français, qui incite à refuser toute naïveté à propos d’un régime où, dit-il, l’information et l’expression sont sous contrôle. 

Quand le virus est-il réellement apparu dans la province du Hubei ? On soupçonne maintenant que les premiers signes dataient de la fin octobre et non de la mi-décembre. Pourquoi les autorités chinoises ont-elles affirmé à l’OMS jusqu’à la mi-janvier qu’il n’y avait pas de transmission d’homme à homme ? 

Publicité

Wuhan, un symbole national

D’évidence, la priorité des responsables politiques locaux était de respecter leur calendrier et d’organiser comme prévu, le 18 Janvier, après avoir emprisonné les quelques médecins lanceurs d’alerte, un banquet patriotique de 40.000 personnes. Aux yeux du pouvoir chinois, la ville de Wuhan représente un symbole particulier : c’est le point de départ de la révolution de 1911, au centre géographique de l’Empire, crucial pour la doctrine de l’équilibre chère au néoconfucianisme. 

C’est aussi le siège d’un laboratoire de virologie de haute sécurité conçu avec l’aide de la France et du Centre national de contrôle et de prévention des maladies. Le Washington Post révélait cette semaine que des télégrammes diplomatiques américains avaient alerté dès janvier 2018 sur de possibles failles de sécurité. L’OMS, qui s’empressait il y a 3 mois de féliciter Pékin pour son efficacité et sa transparence, n’a plus accès, semble-t-il, aux données de terrain, ce qui entrave les efforts internationaux pour trouver un vaccin. Jusqu’où le bilan de l’épidémie a-t-il été minoré ? Fortement, à en juger d’après le nombre d’habitants munis d’urnes funéraires venus récupérer les cendres des êtres chers. Vendredi 17 avril, pour la seule ville de Wuhan, les chiffres officiels ont bondi de 50% une fois révélé le nombre de morts à domicile.

Opération de séduction

Le virus chinois, le virus de Wuhan, comme l’appelle Mike Pompeo, le ministre américain des affaires étrangères, a permis à Pékin une démonstration éblouissante des capacités du régime. 

Capacité à mentir d’abord à ses propres concitoyens et à tromper ses partenaires, puis à lancer à l’échelle planétaire une vaste opération de séduction dont le coronavirus est devenu, contre toute attente, le meilleur argument. 

Envoi en Italie d’une délégation scientifique pour faire la leçon et distribuer des masques, expédition de matériel sanitaire en Afrique signée Jacky Ma, le génial fondateur d’Alibaba qui sert volontiers de relais au régime, offensive tous azimuts des diplomates chinois pour vilipender sur les réseaux sociaux la gestion de la crise sanitaire dans les pays occidentaux et même insinuer qu’ils en seraient à l’origine – on comprend au fil des semaines la portée des ambitions affichées il y a près de deux mois par le président chinois : « Cette crise a de nouveau démontré les avantages remarquables du système socialiste aux caractéristiques chinoises » affirmait Xi Jinping tandis que le régime muselait davantage encore toute opinion dissidente. Et le Global Times de Pékin, le quotidien en anglais, d’affirmer mardi dernier : 

L’Occident est épuisé, l’heure de la globalisation aux caractéristiques chinoises est arrivée.

Seulement voilà : à trop en faire, la propagande se retourne maintenant contre ses auteurs. En Europe, on se rend compte que les masques offerts à grand renfort de publicité étaient en fait vendus et que l’Italie doit payer. Le ministre français des affaires étrangères convoque virtuellement l’ambassadeur de Chine pour lui reprocher ses commentaires outranciers. En Afrique, on vérifie que la diplomatie du masque n’est que symbolique : le nombre de colis reste infime par rapport aux besoins et Pékin, qui détient 40% de la dette du continent, s’est bien gardé de réagir à la proposition française de l’effacer pour alléger l’impact de la catastrophe. En Asie du Sud-Est, de la Thaïlande jusqu’à Hong Kong, « l’alliance du thé au lait », breuvage particulièrement populaire à Taïwan, regroupe sur les réseaux sociaux toute une jeunesse réfractaire à la dictature communiste et à son emprise régionale. 

Seul Vladimir Poutine salue « les actions cohérentes et efficaces des Chinois » et dénonce le caractère contre-productif des accusations occidentales. Pour Xi Jinping, une consolation et une incitation à aider Moscou, bien démuni face au virus.