Comment préserver le sommeil de ses enfants en période de confinement?
Comment préserver le sommeil de ses enfants en période de confinement?
Comment préserver le sommeil de ses enfants en période de confinement?  ©Getty - Jodie Griggs
Comment préserver le sommeil de ses enfants en période de confinement? ©Getty - Jodie Griggs
Comment préserver le sommeil de ses enfants en période de confinement? ©Getty - Jodie Griggs
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Résumé

Endormissement tardif, grasses matinées, réveils nocturnes, cauchemars... Comment faire avec les enfants qui ne veulent plus - ou ne peuvent plus - dormir ? Louise Tourret aborde avec la psychologue Lyliane Nemet-Pier la question du sommeil des enfants dont le rythme est bouleversé par le confinement, le manque de repères et, parfois aussi, des angoisses liées à l'épidémie.

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Ecole à la maison, comment faire ? Au travers de ce podcast, nous interrogeons au fil des semaines la façon d'organiser la vie avec les enfants à la maison, sans l'école. Aujourd'hui nous abordons la question du sommeil avec Lyliane Nemet-Pier,  psychologue clinicienne et auteure de plusieurs livres sur le sujet, notamment Cet enfant qui ne dort pas... (Albin-Michel, 2013).

Louise Tourret : Quels sont les besoins de sommeil des enfants selon leur âge ?

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Lyliane Nemet-Pier : Avant 6 ans, il faut au moins 10 heures de sommeil, nuit et jour compris. Il faut beaucoup plus pour des tout petits enfants, mais en dessous de 10 heures de sommeil par 24 heures, l’enfant a des troubles de l’humeur, de l’attention, de l’apprentissage. Après, quand les enfants sont plus grands, ils peuvent dormir un petit peu moins. Et pour les adolescents, dont on sait qu'ils se couchent tard et qu'ils ont désormais une heure de sommeil en moins, il faut un minimum de 7 à 8 heures. Mais vont-ils le respecter ou pas en cette période de confinement? Cela dépend des familles. 

LT : Peut-on laisser les enfants dormir le matin?

LN-P : On peut laisser dormir les enfants le matin comme on le fait durant le week-end et les vacances. Mais pour les petits enfants qui ont du mal à dormir, qui se réveillent de nombreuses fois dans la nuit, on ne les laisse pas faire de grasses matinée. Sinon ils n’ont pas de dette de sommeil, ils rattrapent le matin, du coup ils ne vont plus faire la sieste et vont se coucher plus tard le soir. Donc, pour les petits enfants qui ont des troubles du sommeil, il faut les réveiller le matin pour qu’ils ne dorment pas jusqu’à 10, 11 heures. Ils se réveillent peut-être un peu plus tard que quand ils vont à la crèche, mais en tout cas on ne les laisse pas faire la grasse matinée. Dans tous les troubles du sommeil, d’une façon générale, on ne laisse pas faire de grasse matinée.

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LT : Pour beaucoup de parents, il est difficile le soir, en ce temps de confinement, de coucher les enfants... Que peut-on faire ?

LN-P : Il faut avoir des journées structurées. Des journées organisées, avec des rituels, des routines. Plus l’enfant est petit, et plus il faut qu’il ait un planning. On peut lui expliquer avec des petits dessins, qu’on fait avec ou sans lui :  "maintenant, on fait l’activité, maintenant on fait la cuisine, là c’est l’heure d’aller se coucher, il n’y a pas de discussion possible, c’est le temps des parents, ce n’est plus le temps des enfants". En plus, les parents ont été là toute la journée avec leur enfant, au moins un des deux quand l'autre est en télétravail, donc l’enfant a son quota d’échanges avec ses parents. Je pense que les parents doivent être très fermes. 

LT : Le rituel, ça peut être par exemple lire une histoire au calme, après s’être brossé les dents, dans la chambre? 

LN-P : Oui, après le dîner, on ne va pas dans le salon, on va directement dans la chambre après la toilette, on joue un peu par terre tranquillement, on ne fait pas des jeux excitants où on se court après, on calme les choses. Après, on lit des petits livres puis on fait les bisous et on sort de la chambre. Et surtout pas d’écran avant de se coucher. Le problème aujourd’hui avec le confinement, c’est que même les parents qui sont anti-écrans disent "On n’en peut plus, on n’a pas de répit dans la journée, donc on flanche et on le met devant un écran, pas trop longtemps mais plus que d’ordinaire". Si on met un dessin animé, c’est avant le dîner, pas après. Après le dîner, on est avec son enfant, complètement. Pourquoi pas d’écran ? Parce que la lumière bleue bloque 10 fois plus la mélatonine, l’hormone de l’endormissement. Après une exposition aux écrans, l’enfant aura forcément du mal à trouver le sommeil. Et surtout pas de journaux télévisés, d'autant moins en ce moment avec toutes ces nouvelles terribles, il y a des tas d’enfants qui, lorsqu’ils voient le journal télévisé avec leurs parents, font des cauchemars la nuit de tous ces morts qui nous entourent. 

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LT : Comment pallier le manque d’activité physique des enfants ?

LN-P : Effectivement, c’est difficile pour des petits de ne pas s’ébrouer dehors, de ne pas courir, mais on peut compenser cela avec des vidéos sportives ou de la musique par exemple. Certains parents mettent des musiques entraînantes et dansent avec leurs enfants, ou font de la gym. Mais cela va être un temps dans la journée. Après, cela va surtout dépendre des conditions dans lesquelles on est. Il y a des adolescents qui vont préférer sortir 1 heure pour courir plutôt que d’être devant leurs écrans toute la journée. 

LT : Et pour les enfants plus jeunes qu’on doit accompagner, vous conseillez aussi de faire cette promenade autorisée d’une heure ?

LN-P : Oui, c’est la moindre des choses. Mais on ne peut pas lutter contre les parents angoissés qui sont tétanisés par la menace qui plane sur nos têtes... Il y a certains parents qui sont incapables de sortir avec leurs enfants puisqu’ils n’arrivent pas à sortir eux-mêmes. Mais bien sûr, que je conseille au moins de sortir une heure pour ceux qui n’ont pas la chance d’avoir un jardin ou une petite cour… Les enfants, déjà en temps normal, on doit les sortir tous les jours. Je vois des familles qui, même hors confinement, passent des dimanches entiers à la maison parce que les parents se reposent. Or quand on est un petit bout de chou on a besoin de s’ébrouer, de sortir et de faire des choses avec son corps.

LT : Le Président de la République vient d'annoncer que les écoles et les crèches rouvriront progressivement à partir du 11 mai, comment se préparer à retrouver un rythme normal après de longues semaines en rythme décalé ?

LN-P : Je donnerai deux conseils. Le premier c’est de faire comme à la fin des vacances d’été : reprendre progressivement les horaires qu’on va suivre toute l’année : se coucher à telle heure, comme si la vie normale reprenait. Etre très ferme sur les horaires pour ne pas se retrouver avec des horaires décalés la veille de la reprise. D'autre part, je pense que la reprise ne pourra se faire sans un hommage à nos morts. Alors pour ce qui concerne les familles qui ont perdu l'un des leurs, mon second conseil c'est de ménager un temps de recueillement partagé, puisque jusqu’à présent nous n’avons pas pu être ensemble, et d'organiser une cérémonie en hommage au membre de la famille disparu. Parce qu'il est impensable de reprendre la vie normale sans avoir au préalable honoré nos morts, ce temps de recueillement doit être incontournable.

Trois points importants à retenir :

  • Si le nombre d'heures de sommeil correspondant à l'âge de votre enfant est respecté, tout va bien ! Ce n'est pas un problème d'être décalé, de se coucher et de se lever plus tard. 
  • Les écrans empêchent de dormir et il faut éviter les contenus anxiogènes comme les actualités pour les enfants qui, même très jeunes, saisissent la gravité de la situation et peuvent être envahis par des angoisses au moment du coucher ou faire des cauchemars. 
  • Avant la reprise de l'école, il faudra d'une part anticiper et se remettre à un rythme correspondant aux horaires scolaires, d'autre part ne pas faire comme si rien ne s'était passé en prenant notamment le temps de rendre hommage aux défunts dans les familles touchées pendant l'épidémie.

Pour aller plus loin

En savoir plus : Moins dormir, est-ce mettre sa santé en danger ?

En savoir plus : Faut-il instaurer un droit au sommeil ?

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Louise Tourret
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