Coronavirus : à quand le pic épidémique ? ©Getty - sankai
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Résumé

Chaque jour, Nicolas Martin, producteur de la Méthode Scientifique, fait un point sur l'avancée de la recherche sur le Coronavirus. Il revient aujourd'hui sur la question du pic épidémique et la difficulté de le prévoir précisément.

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Pourquoi l'avoir annoncé le week-end dernier, et l'avoir repoussée autour du 10 avril ? Le 20 mars, c'était vendredi, il y a 10 jours maintenant, Jérôme Salomon, le directeur général de la santé, expliquait que le pic épidémique en France était attendu d'ici 5 à 8 jours, c'est-à-dire ce week-end, celui dont nous sortons tout juste. Ce discours a été largement repris dans les médias, jusqu'à vendredi dernier où le Premier Ministre, Édouard Philippe, expliquait que « le sommet de la vague est prévu pour la fin de la semaine prochaine », soit selon plusieurs experts, entre le 5 et le 15 avril.

Qu'est-ce que c'est que ce « pic épidémique », et pourquoi semble-t-il si compliqué de le prévoir précisément ? 

C'est que nous allons tâcher de vous expliquer aujourd'hui.

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Le pic épidémique, c'est de manière assez simple ce moment où le nombre de contamination réduit d'un jour sur l'autre, et donc où la courbe s'infléchit. A quel moment survient-il ? C'est là où les choses se compliquent un peu. A vrai dire, selon Samuel Alizon, directeur de recherche CNRS au laboratoire Maladies Infectieuses et Vecteurs de l'Université de Montpellier, qui travaille sur la modélisation des maladies infectieuses et que nous avons interrogé « on estimera probablement de source sûre la date du pic une fois qu'il sera passé ».

Pourquoi est-il si difficile de modéliser avec justesse cette date du pic épidémique ? Et bien parce que les modèles dépendent de trois paramètres, dont certains sont comme vous allez le voir complexes à estimer de façon précise. 

Le premier, c'est la date de début de l'épidémie. Or, si cette date semble assez précise en Chine – quoique le temps d'incubation et la proportion de cas asymptomatiques rendent flou le début exact des contaminations, en France, il y a une importante marge d'incertitude malgré les premiers cas recensés, et le fait que nous sommes presque sûrs, aujourd'hui qu'il n'y a pas un patient 0 unique, mais plusieurs introductions ce qui rend très difficile l'estimation exacte de la date initiale de l'épidémie.

Ensuite, la vitesse de croissance. C'est le taux de reproduction du virus, dont nous vous avons déjà parlé, le R0 – soit le nombre de personnes contaminées par un seul malade. On estime, de façon assez certaine, que pour le SARS-CoV2, ce taux est à 2,5, soit une personne en contamine 2,5, ce qui appliqué à des grands chiffres, fait que 1000 personnes malades en contaminent 2500, puis 6250 et ainsi de suite. Quand le R0 tombe en dessous de 1, l'épidémie recule.

Et enfin, dernière variable essentielle : l'efficacité des mesures de confinement. Plus le confinement est efficace, plus le pic arrive tôt. Mais là aussi, il est très difficile de calculer avec précision cette efficacité et d'autant plus qu'on est pour le moment incapable d'estimer avec précision la quantité de cas asymptomatiques.

Pourquoi alors la date de ce pic épidémique semble-t-elle à géométrie variable ? 

Parce que ces estimations se basent sur des modèles mathématiques, et en extrapolant ce qui s'est passé dans les pays où l'épidémie a commencé plus tôt. Une fois passé le début de l'épidémie, qui répond à des lois stochastiques, basées sur le hasard, c'est la loi des grands nombres et le modèle déterministe qui prend le dessus. On peut donc appliquer un modèle éprouvé depuis près d'un siècle, le modèle SEIR – pour « Susceptible, Exposed, Infected, Recovered », soit en français Sain, ou Susceptible d'être infecté, Exposée c'est-à-dire infectée mais non infectieuse, on ajoute un A pour Asymptomatique, soit infectée et infectieuse, stade que l'on sait très important pour le COVID-19, puisque selon un étude récente, jusqu'à 1 contamination sur 2 proviendrait des cas asymptomatiques, puis I pour les personnes infectieuses qui ont déclaré la maladie, et enfin R pour retirées, soit guéries soit décédées.

Comment ont donc été calculés ces différentes dates de pic épidémique pour la France ? La première estimation, celle donnée pour le week-end qui vient de s'écouler et qui semble avoir été très largement anticipée au vu des dernières statistiques d'infections qui ne semblent pas présenter de ralentissement ni de plateau, s'est appuyée sur le modèle chinois, à savoir : un pic épidémique survenu le 13 février, avec un début de plafonnement autour du 4 février, soit 12 jours après les mesures de confinement.

En France, les mesures de confinement ayant débuté le 16 mars, il était logique d'imaginer un plateau entre 10 et 15 jours après cette date, ce qui nous amène à un pic aux alentours du 28 mars. Pourtant, au 28 mars, aucun signe de ralentissement observable, contrairement à l'Italie, qui débuté sa période de confinement une semaine plus tôt que nous, et qui semble, à l'heure où nous parlons, attester de « signes de ralentissement » qui pourraient être annonciateurs du pic épidémique.

Pourquoi l'avoir annoncé le week-end dernier, et l'avoir repoussée autour du 10 avril ?

Est-ce la faute au mauvais respect des consignes de confinement strict ? A un dépistage moins massif, et donc à des chiffres de contamination moins fiables que dans d'autres pays ? Puisque ces courbes dépendent aussi des politiques de tests menées dans chaque pays et surtout du maintien de ces politiques dans le temps : si du jour au lendemain, un pays se met à tester plus massivement, statistiquement le nombre de contaminations recensées va s'envoler et les modèles d'évolution de l'épidémie vont être faussés.

Par ailleurs, au vu des récentes informations sur le nombre réels de cas de Covid-19 en Chine, et notamment du nombre de morts qui pourrait être autrement plus élevé que celui annoncé par les pouvoirs publics, il est possible d'imaginer que les projections faites à partir des chiffres chinois soient complètement faussées, quand bien même le pays aurait en effet réussi à endiguer pour le moment la progression de l'épidémie.

Aujourd'hui, selon des résultats préliminaires de Samuel Alizon dont les équipes travaillent à affiner le modèle de propagation, les mesures de confinement en France, au 25 mars, auraient permis de faire diminuer le R0 de 2,5 à 1,5, ce qui est bien, mais pas encore assez pour atteindre le pic épidémique et faire reculer la maladie. En prolongeant les mesures de confinement et en les renforçant, le tout associé avec l'acquisition progressive d'une immunité collective, les pouvoirs publics tablent sur un passage du R0 sous les 1 dans les prochains jours, ce qui devrait conduire mathématiquement à un pic épidémique dans la semaine qui suit.

Reste le problème du rebond. Avec la fin, même progressive du confinement, et en l'absence d'une immunité de groupe totalement acquise – autour de deux tiers de la population infectée et guérie, il est très probable de voir remonter le R0 et donc, de vivre un second pic épidémique, certes moins fort que le premier, mais qui dans l'état actuel de nos connaissances, semble inévitable.

Nicolas Martin et l'équipe de La Méthode scientifique

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