Parlement européen à Bruxelles, 21 février 2020
Parlement européen à Bruxelles, 21 février 2020
Parlement européen à Bruxelles, 21 février 2020 ©AFP - Ludovic Marin
Parlement européen à Bruxelles, 21 février 2020 ©AFP - Ludovic Marin
Parlement européen à Bruxelles, 21 février 2020 ©AFP - Ludovic Marin
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Résumé

La crise sanitaire semble avoir éclaté les principes d'entraide présents dans la déclaration fondatrice de Robert Schuman, dont on fête les 70 ans ce samedi 9 mai. La chronique de Christine Ockrent.

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L’Europe fête aujourd’hui les 70 ans de la déclaration fondatrice de Robert Schuman - en pleine catastrophe du Covid-19, c’est un anniversaire bien douloureux.

La Commission de Bruxelles vient de présenter ses prévisions de croissance ou plutôt son estimation de la récession qui frappe nos économies : 7,4%, très précisément – l’activité a quasiment fondu d’un tiers du jour au lendemain, selon Paolo Gentiloni, le commissaire en charge. Pour la France, la blessure s’annonce plus profonde encore, à hauteur de 8,2% La croissance devrait repartir l’an prochain avec un rebond de 7,4% pour nous, 6,1% pour l’ensemble. Les déficits publics vont partout se creuser mais les dépenses massives pour soutenir le chômage partiel devraient mieux amortir qu’ailleurs le choc pour les salariés. C’est en tout cas un test sans précédent de la capacité de l’Union, et de la zone euro en particulier, à coordonner et à amplifier les réponses nécessaires.

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Un plan de relance massif 

La performance, jusqu’ici, est pour le moins mitigée. Certes, en quelques semaines, Bruxelles a réussi à suspendre le pacte de stabilité, à gommer l’oukaze budgétaire limitant à 3% les déficits publics et les règles encadrant les aides des Etats membres aux secteurs en difficulté. Hier, les critères d’éligibilité aux crédits spéciaux du Mécanisme européen de stabilité ont été communiqués aux ministres des finances. La Commission doit maintenant mettre au point le plan de relance massif dont le principe a été adopté par les 27 chefs d’état et de gouvernement réunis en sommet virtuel le 23 avril dernier. 

Autrement dit, l’Union, toujours freinée par la règle de l’unanimité, a considérablement avancé en quelques semaines. Et pourtant, au delà des faits, qui apparaissent vite trop techniques pour convaincre des opinions publiques inquiètes, elle ne cesse de décevoir.

En France, selon le dernier baromètre publié par les Echos, seuls 20% des sondés estiment que l’Union Européenne a été à la hauteur de la crise. On sait les facteurs qui influencent depuis toujours ce genre de questionnaire, à commencer par la défausse habituelle des gouvernements qui imputent à Bruxelles tout ce qui peut déplaire. Cette fois, c’est plus grave. 

L’absence flagrante de solidarité au tout début de la crise, l’égoïsme agressif des pays du nord, le mépris affiché par les Pays-Bas à l’égard de l’Italie, l’opportunisme d’un Viktor Orban confortant son pouvoir en fermant la Hongrie, cette défaillance évidente des valeurs mêmes censées fonder l’Union ont eu un impact dévastateur. Et la fermeture des frontières au sein même de l’espace Schengen, a eu valeur de symbole. 

Le prix des chantiers inachevés 

L’Allemagne, comme toujours, joue un rôle central. Tantôt agacée, tantôt stimulée par le volontarisme d’Emmanuel Macron, Angela Merkel comprend évidemment les enjeux et s’est dit prête à plus de générosité. Mais le coup de semonce lancé mardi dernier par la Cour Constitutionnelle allemande à l’adresse de la Banque Centrale Européenne est aussi pour la chancelière allemande  un choc politique. Contrairement à ce que prétendent les juges allemands, Christine Lagarde n’a pas à justifier devant une juridiction nationale le plan pandémie de 750 milliards d’euros lancé par la BCE en mars dernier. Le patron de la Bundesbank s’est aussitôt rangé dans son camp. Quant à Madame Merkel, sa popularité et son poids politique sont tels qu’elle peut contribuer avec davantage d’élan à l’indispensable coordination des politiques économiques et financières au sein de la zone euro. L’Union paie plus que jamais le prix de chantiers inachevés.

Face au vertige qui nous saisit en pleine pandémie, difficile d’entonner aujourd’hui l’Hymne à la joie. C’est pourtant la réponse nécessaire, vitale à apporter ensemble face au virus. Lundi dernier, à l’initiative d’Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, et de Charles Michel, président du Conseil, une conférence en ligne a permis de réunir 7 milliards 400 millions d’euros de dons pour contribuer à la recherche d’un vaccin et soutenir les pays pauvres. La Chine et les Etats-Unis avaient choisi de ne pas y prendre part. L’Europe, elle, était là.