Le déconfinement : une occasion de mettre en valeur l'enseignement en extérieur
Le déconfinement : une occasion de mettre en valeur l'enseignement en extérieur
Le déconfinement : une occasion de mettre en valeur l'enseignement en extérieur ©Radio France - Avril Ventura
Le déconfinement : une occasion de mettre en valeur l'enseignement en extérieur ©Radio France - Avril Ventura
Le déconfinement : une occasion de mettre en valeur l'enseignement en extérieur ©Radio France - Avril Ventura
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Résumé

Alors que la reprise de l'école approche et provoque de nombreuses interrogations chez les professeurs, les parents et les élèves, plusieurs chercheurs, enseignants et formateurs ont signé une tribune pour vanter les avantages de la classe en extérieur, notamment en période de pandémie.

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L’école à la maison comment faire ? A travers cette série d’entretiens nous tenons une sorte de chronique de l’éducation confinée et aujourd’hui de l’éducation "déconfinée", puisque c’est notre futur plus ou moins proche. Dans cette actualité scolaire, l’école et la classe bien sûr polarisent l’attention, mais de quoi les enfants ont-ils réellement le plus besoin ?  

Pour Louis Espinassous, éducateur nature, berger et écrivain qui se définit comme praticien chercheur sur l’éducation, c’est à l’appel du dehors qu’il faut répondre et ce pour des raisons pédagogiques… Il a participé récemment à une tribune collective dans Le Monde intitulée Et si nous faisions la classe dehors?

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Ainsi, Louis Espinassous plaide pour que les communes mettent à disposition leurs espaces verts aux horaires scolaires, afin que les enseignants puissent faire la classe au maximum hors les murs. Il alerte également sur les conséquences de vacances sans accès à ce qu’il appelle des "espaces complexes". Des espaces essentiels aux apprentissages et au bien-être des enfants et des adultes….

Louise Tourret : Que pensez-vous du retour à l’école tel qu’il est aujourd’hui proposé ?

Louis Espinassous : Je pense que le fait de déconfiner en ramenant les enfants dans les salles de classe - je ne dis pas à l’école, je dis bien dans les salles de classe - ce n’est que déplacer le problème du confinement. Il y a bien sûr quelques intérêts, cognitifs, d’apprentissage, du fait de voir des visages différents aussi, de se retrouver avec un enseignant qui peut être une figure d’attachement secondaire. Cela va effectivement venir réparer quelque chose, partiellement, mais à mon avis cela ne revient qu’à déplacer le problème… Or l’astuce qui pourrait être prise au niveau national, et qui en plus ne coûte rien, consiste non pas à raisonner déconfinement pour "aller à l’école", mais déconfinement pour permettre à l’enfant scolarisé d’avoir accès à un espace ouvert, où effectivement au point de vue relationnel, psychique, corporel et cognitif, il va pouvoir se libérer et se réparer lui-même, parce qu’il sera dehors. 

Le confinement, c’est la cocotte minute. 

J’ai eu beaucoup d’occasions dans le cadre de mon travail d’éducateur d’observer ces systèmes de cocotte-minute, d’une part avec les personnes qui sont en prison, qui vivent donc l’incarcération au sens strict, mais aussi étonnamment avec des enfants en montagne. Dans ce dernier cas, il y a des problèmes de sécurité (comme il y en a en ce moment avec le Covid 19), c’est le problème de la chute ou de l’accident. Donc je peux décider d'adopter un type de posture éducative qui consiste à mettre tous les enfants alignés derrière moi, en silence, pendant la journée que nous allons passer dehors, avec la cocotte minute fermée et la soupape bouchée, mais à un moment donné, obligatoirement, ça va exploser - il en découlera soit des violences de l’adulte sur l’enfant parce qu’il va être obligé de crier voire de menacer, soit beaucoup plus classiquement des violences entre enfants. Curieusement, j’ai racheté il y a peu un nouveau modèle de cocotte minute, et je me suis aperçu qu’il n y avait pas de soupape à mettre ou à enlever, mais 4 crans de réglage de la soupape… Or si on veut avoir une société apaisée, des enfants apaisés, moins de violence, et de nouveau une capacité cognitive à apprendre, il faut régler la soupape. Ne pas la boucher en remettant les enfants dans les salles, ne pas leur permettre de tout faire parce que ce n’est pas non plus la solution, mais enseigner dehors, faire des activités parallèles sportives, d’éducation nature, de jeux en extérieur - dans la cour de récréation, dans le petit bois d’à côté ou le jardin public - et toutes ces choses-là vont permettre que l’enfant se répare lui-même.

Il en découlera sans doute pour les enseignants un constat extraordinaire, c’est qu’en réalité l’enfant apprend mieux quand il est dehors. Par ailleurs, s’il a été une partie de la journée dehors, quand il rentrera en classe et qu’il faudra respecter la distanciation physique, il sera plus attentif que s’il avait été toute la journée dans la cocotte minute sans soupape…

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LT : Etre "dehors", ce n’est pas nécessairement être dans la nature ?

LE : Tout à fait, on ne pourra jamais s’en sortir si on pense qu’il y a d’un côté la ville qui est négative, et de l’autre la nature avec Louis Espinassous, ses ours et ses brebis dans la montagne pyrénéenne, qui sont formidables. Il est nécessaire que chacun puisse satisfaire son besoin d’accès au milieu complexe de la nature - le milieu complexe par définition - mais il faut d’abord et aussi trouver des solutions en ville, c’est un gradient en réalité. Il faut sortir de cette opposition binaire entre la ville et la nature.

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LT : Pourquoi les enfants crient-ils lorsqu’ils sont dehors ?

LE : Certains neuroscientifiques, parmi lesquels Jack Panskepp, Alain Berthoz ou encore Jean-Didier Vincent, ont démontré le besoin de comportement. Dans la fameuse pyramide de Maslow des besoins humains, il y a plein de besoins différents, de sécurité notamment, avec tout en haut un petit besoin d’accomplissement. En réalité, Jean-Didier Vincent a été le premier à formuler qu’il y a un besoin de comportement chez tout mammifère. Le lion qui tourne en cage n’a aucun besoin physiologique de le faire, en dehors du besoin de comportement. Ce qui se manifeste là, c’est le besoin d’exprimer toute cette énergie et cette intelligence corporelles dans l’activité physique, à savoir de courir, sauter, se défier, et donc parfois pour les enfants de chanter, crier, hurler. 

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LT : Les grandes vacances offrent justement ces possibilités d’accès à la nature. Or cette année, elles risquent d’être très contraintes...

LE : Je crois que notre été doit autant que possible être axé sur le plein air, pour les enfants, mais aussi pour les adultes. On doit absolument se focaliser sur la pleine nature, quitte à prendre le risque de mettre des enfants dans les trains ou autre pour au moins 15 jours. Cela peut être chez nous dans la montagne pyrénéenne, ou en Auvergne, ou encore dans des endroits peut-être moins classiques. Il faut envoyer les gamins à la campagne pour qu’ils puissent courir, jouer, crier sans être contraints. Mais si on fait comme pour l’école et qu’on passe d’une incarcération à l’autre, et d’un confinement à l’autre, nous n'aurons pas fait un travail tellement extraordinaire comme disait Boris Cyrulnik par rapport au télétravail, ça sera mieux que rien, mais de toute façon le résultat ne sera pas bon. 

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Cela s’appuie d’une part sur une argumentation scientifique extrêmement fournie, même si ça n’a pas la cote partout dans tous les univers de décideurs, et par ailleurs sur un combat qui pour moi s’inscrit dans la déclaration universelle des droits humains avec l’article 1, qui dit que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits, et l’article 26 qui dit que l’éducation vise au plein épanouissement de la personnalité humaine. Je souhaite que chaque enfant, chaque adulte, ait la possibilité du plein épanouissement de sa personnalité. Et cela ne peut passer que par un accès à une libération, une désincarcération de l’espace intérieur pour que l’intelligence corporelle puisse s’exprimer, et ensuite enclencher - ou continuer à porter -l’intelligence affective, ainsi que l’intelligence cognitive dont on a désormais des preuves. On sait en effet aujourd'hui que c’est à partir de l’intelligence corporelle que l’intelligence cognitive se développe le plus, et le plus rapidement. 

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Trois points importants

  • Les enfants ne peuvent être privés de plein air sans conséquences sur leur développement.
  • Tous les espaces extérieurs sont importants, y compris en ville, pourquoi pas pour y faire la classe afin de diminuer l’effet "cocotte-minute" du confinement.
  • L’été offre une occasion pour les enfants de jouer, courir et crier sans contrainte à l’extérieur, un besoin essentiel pour tous les êtres humains, la question des grandes vacances ne doit pas être négligée.

Lien vers le site de Louis Espinassous.

Lien vers le site du Réseau Ecole et Nature.