de la difficulté à illustrer un sujet qui parle de coronavirus, de crise climatique et d'abstraction
de la difficulté à illustrer un sujet qui parle de coronavirus, de crise climatique et d'abstraction ©Getty - Ilona Nagy
de la difficulté à illustrer un sujet qui parle de coronavirus, de crise climatique et d'abstraction ©Getty - Ilona Nagy
de la difficulté à illustrer un sujet qui parle de coronavirus, de crise climatique et d'abstraction ©Getty - Ilona Nagy
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#LaTransition : Les sacrifices auxquels nous consentons face au Covid19 peuvent-ils s’appliquer à la crise climatique ? Jusqu’où pousser la comparaison ?

Les marchés sont donc désormais fermés. Les promeneurs restent solitaires : ils n’ont plus le choix. Ce n’est pas encore l’heure du couvre-feu, mais si cela devait avoir lieu, combien serions-nous à nous y opposer ?

La présence palpable d’un danger pourtant invisible nous rend finalement assez dociles, surtout si, comme moi, vous avez la chance d’avoir un peu de place, et largement de quoi vous acheter à manger sans crainte du lendemain. Il est toujours plus facile d’adopter le bon comportement quand il ne vous coûte pas trop cher.

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Jusqu’où serions-nous prêts à aller pour faire face, de manière toute aussi collective, à la crise climatique ?

Nous avons donc collectivement accepté de restreindre une part importante de notre liberté, celle liée aux déplacements, afin de nous prémunir d’une menace réelle, à la fois proche et immédiate, comme en témoigne le bilan journalier des décès liés au coronavirus. Dès lors, jusqu’où serions-nous prêts à aller pour faire face, de manière toute aussi collective, à la crise climatique ?

Celle-ci n’est pas moins grave ni moins inquiétante. Les scientifiques, dont on redécouvre l’autorité morale avec le Covid 19, ne cessent d’alerter depuis des années sur les effets désastreux du réchauffement. La crise du coronavirus en est d’ailleurs un de ses stigmates, puisqu’il apparait clairement désormais qu’elle résulte d’un cocktail d’atteintes à l’environnement. Mais la ‘crise climatique’, dans sa globalité, est vécue autrement.

D’abord pour une question de temporalité. Dans une tribune publiée il y a quelques jours par le journal Le Monde, les chercheurs Anneliese Depoux et François Gemenne mettaient le doigt sur cette différence fondamentale, qui explique que ce que l’on est prêt à concéder dans un cas peut difficilement l’être dans l’autre : si les mesures contre le virus sont acceptées par la population, ‘’c’est parce qu’elles sont perçues comme temporaires. Si ces mesures étaient annoncées comme permanentes, nul doute qu’elles généreraient davantage de débat et de contestation’’.

A cette question de la temporalité, j’ajouterais celle de la compréhension. La ‘crise climatique’, en voulant tout expliquer, ne signifie pas grand-chose. C’est une abstraction.

La crise climatique, elle, manque de chair. En voulant trop dire, elle nous incite presque à ne rien faire

Les inondations, la disparition des insectes, les épisodes de canicule, les pics de pollution…voilà des réalités palpables, concrètes, face auxquelles nous sommes en mesure de réagir, et d’accepter que l’on nous contraigne de le faire. Evacuer une zone en cas d’inondation, porter obligatoirement un masque en cas de pollution, ne pas sortir de chez soi aux heures les plus chaudes lors des épisodes de canicule : voilà des consignes, réelles ou imaginaires, qui ont pour elles d’être faciles à appréhender, parce que profondément logiques.

Idem pour le coronavirus. A partir du moment où nous avons compris que les interactions avec d’autres personnes accéléraient sa diffusion, nous avons accepté les restrictions, conditions de notre protection. Les catastrophes provoquées par le changement climatique ont ou auront sans doute le même effet sur notre capacité à tolérer ces entraves à nos libertés.

Mais la crise climatique, elle, manque de chair. En voulant trop dire, elle nous incite presque à ne rien faire. C’est son côté systémique qui effraie. Car pour y faire face, ce n’est pas une addition de mesures concrètes qui est nécessaire, mais un changement radical et définitif. Or, parce qu’il est difficile d’imaginer comme possible ce qui n’a pas encore eu lieu, il est d’autant plus compliqué de mettre en place les transformations nécessaires pour que cela n’ait pas lieu.

Par conséquent, il me parait illusoire de croire que ce que nous acceptons aujourd’hui pour lutter contre le coronavirus, nous serions prêts à en payer le prix face à cette autre crise qui vient. Faudra-t-il, dès lors, passer par la seule contrainte ? Cela supposerait d’avoir des gouvernements en mesure de mener de tels bouleversements : on en est très loin. Et on en arrive donc à cette absurdité qui consiste à menacer nos libertés de demain pour préserver celles d’aujourd’hui.

(PS : promis, demain, chronique optimiste)

L'équipe

Hervé Gardette
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