11 mai pour la France, 4 mai pour l'Italie... Chaque pays européen dévoile sa délicate stratégie de déconfinement.
11 mai pour la France, 4 mai pour l'Italie... Chaque pays européen dévoile sa délicate stratégie de déconfinement.  ©AFP - Joel Saget
11 mai pour la France, 4 mai pour l'Italie... Chaque pays européen dévoile sa délicate stratégie de déconfinement. ©AFP - Joel Saget
11 mai pour la France, 4 mai pour l'Italie... Chaque pays européen dévoile sa délicate stratégie de déconfinement. ©AFP - Joel Saget
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De nombreux gouvernements présentent ces jours-ci leur plan de déconfinement. Tour d'horizon en Europe, par Christine Ockrent.

Ce n’est pas une consolation, mais le Covid 19 condamne tous les Européens aux mêmes incertitudes. D’un pays à l’autre, quelles qu’aient été la virulence de la crise sanitaire et l’efficacité de la controffensive, le questionnement est identique, les tâtonnements et l’anxiété aussi. Partout le dilemme reste entier entre les impératifs de santé publique et la nécessité vitale de faire repartir les économies. Obnubilés pendant plusieurs semaines par la durée du confinement qui s’est peu à peu généralisé sur le continent à l’exception de la Suède, nous voilà obsédés par les incertitudes des calendriers. 

La crainte de la deuxième vague

Le calendrier du dé-confinement d’abord. En France, le regard fixé sur le 11 Mai, nous savons maintenant les dispositifs prévus par le gouvernement sans être convaincus, tout à coup, de l’urgence à affronter les nouvelles habitudes qui s’imposent. A Londres, Boris Johnson, convalescent, est de retour à Downing st mais le gouvernement se divise sur les priorités à définir et aucune date de dé-confinement n’est annoncée. En Allemagne, les commerces ont partout ré-ouvert, les écoles reprendront le 4 Mai et certains Lander, dont c’est la prérogative, ont anticipé la décision fédérale même si les conditions d’hygiène sont souvent remises en question. 

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Autant les performances sanitaires partout dans le pays ont été applaudies, autant les experts craignent maintenant une deuxième vague de contaminations. Après avoir dénoncé une orgie de discussions autour du dé-confinement, selon son expression, Angela Merkel s’inquiète à haute voix d’un retour de bâton s’il s’accompagne de trop d’insouciance. C’est en Italie que la confusion menace. Confinés une semaine avant nous et plus durement frappés, les Italiens vont vivre un déblocage par étapes et par secteurs : les entreprises dites stratégiques pour l’exportation ont repris depuis lundi mais l’essentiel des activités redémarrera à partir du 4 Mai, les commerces et les musées le 18 mais pas les cinémas et les théâtres ; les bars, les restaurants, les coiffeurs le 1er juin avec des contraintes de distanciation sévères…Seule décision claire : les écoles ne reprendront qu’en septembre. Pour avoir fait montre d’une discipline inattendue ces dernières semaines, les Italiens appréhendent maintenant le retour à un certain désordre.

Un autre calendrier préoccupe la plupart des dirigeants européens, d’autant que son principe même ne fait pas l’unanimité : il s’agit de la mise en route du dispositif numérique qui doit accompagner les mesures de prévention. Atteintes aux libertés, spécificités techniques, concurrence entre start-up et mastodontes du secteur, efficacité de telle ou telle méthode de traçage par rapport aux risques multiples de contamination : le débat est plus ou moins vif selon le niveau de confiance accordé à la technologie comme aux gouvernements. L’Autriche, l’Islande et la Norvège proposent déjà une application de traçage à leurs citoyens. L’Espagne, les Pays-Bas, l’Italie y travaillent. 

La technologie européenne mise de côté 

Tout aussi sensibles que nous à la protection de la vie privée, les Allemands peuvent utiliser depuis début avril, s’ils le souhaitent, leurs montres intelligentes ou leurs bracelets de fitness pour collecter des données de base sur leur état de santé et les communiquer à l’autorité fédérale à des fins statistiques. Dimanche dernier, Berlin a décidé d’opter pour une application de traçage mise au point par Google et Apple plutôt qu’une solution paneuropéenne moins protectrice de la vie privée, avec stockage des données dans une base centrale. Le problème est maintenant de savoir quand les deux géants américains se mettront d’accord pour surmonter les limites du Bluetooth. Paris, on le sait, tente une autre voie avec un PassCovid mis au point par des acteurs français dans le respect des normes européennes - première brique d’un dispositif qui devra sans doute être complété, notamment au niveau des grandes entreprises. 

Le seul calendrier commun à la planète entière, celui qui concentre toutes les interrogations et tous les espoirs, est bien celui du vaccin. Jamais autant d’experts n’ont travaillé de conserve, jamais tant de moyens n’ont été rassemblés, jamais une telle solidarité internationale, Chinois et Américains inclus, ne s’est manifestée afin de venir à bout d’une pandémie. Deux ans, il faudra sans doute deux ans, annonce Bill Gates, pour mettre au point un vaccin et le rendre accessible au plus grand nombre. Il est impératif que ce vaccin soit gratuit, qu’il ne soit pas prétexte à une course au profit entre grandes firmes pharmaceutiques, s’écrie de son côté Mohammed Yunus, l’inventeur du microcrédit et prix Nobel de la paix. Un vœu de plus, qui mérite sûrement d’être entendu