Un homme porte un masque devant le bâtiment de la Commission européenne à Bruxelles, le 8 avril 2020 ©AFP - Aris Oikonomou
Un homme porte un masque devant le bâtiment de la Commission européenne à Bruxelles, le 8 avril 2020 ©AFP - Aris Oikonomou
Un homme porte un masque devant le bâtiment de la Commission européenne à Bruxelles, le 8 avril 2020 ©AFP - Aris Oikonomou
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Résumé

Ensemble ou en ordre dispersé ? Dans sa chronique internationale, Christine Ockrent raconte comment les pays de l'Union luttent contre le coronavirus.

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Le coronavirus frappe partout sur notre continent – à l’exception de la Biélorussie, enclos post-stalinien dont le président à vie affirme que rien, même pas le virus, ne résiste à quelques lampées de vodka. Si l’on s’en tient à l’Union Européenne dont le Royaume-Uni, rappelons-le, fait encore partie, on constate, au delà de la comparaison macabre des courbes de progression, un effet secondaire de la pandémie : l’arythmie. 

C’est en ordre dispersé que nos différents pays ont pris la mesure de la menace, c’est de façon non coordonnée qu’ils entreprennent d’en desserrer les contraintes. Partout, les dirigeants font face au même dilemme : jusqu’à quel nombre de morts faut-il sacrifier l’économie ? A quel moment les conséquences du confinement en termes d’inégalités, d’emploi, d’éducation, d’impact psychologique, deviennent-elles plus dangereuses que le virus lui-même ? En France, Emmanuel Macron vient de fixer un calendrier qui fait presque consensus, et c’est déjà un exploit. Au-delà du 11 mai, a-t-il précisé, les frontières de l’Europe hors espace Schengen doivent rester fermées. 

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Sans doute, mais que va-t-il se passer à l’intérieur de cette vaste zone de libre circulation que partagent les 26 pays signataires de l’accord, dont la Suisse et la Norvège qui ne sont pas membres de l’Union ? La première, l’Autriche autorise depuis hier la réouverture des petits commerces et des jardins publics ; début mai ce sera au tour des magasins plus grands et des coiffeurs, peut-être un peu plus tard celui des hôtels et des restaurants mais le télétravail reste de mise jusqu’à la fin avril. Le jeune chancelier Sebastian Kurz se félicite du faible nombre de décès – 350 pour une population de 8,8 millions – et de la qualité d’un système de santé qui n’a jamais été débordé. 

Quelles différences entre Sud et Nord de l'Europe ?

Plus surprenant, car là le virus a durement frappé, le travail vient de reprendre partiellement en Espagne. Après deux semaines d’arrêt, les secteurs de l’industrie et de la construction redémarrent. Mais le confinement reste obligatoire au moins jusqu’au 25 avril pour la majorité des quelque 46 millions d’Espagnols qui déploraient lundi 17 489 décès. Le Portugal et la Grèce envisagent de revenir à la normale en mai. L’Italie reste le pays le plus meurtri : 19 000 morts, dont 80% dans le nord, qui est aussi le poumon économique de la péninsule – représentant 45% de son PIB. Giuseppe Conte, le premier ministre, devenu très populaire à force d’incarner la détermination d’un État pourtant défaillant, avait imposé dès le 10 mars dernier un confinement total aux 60 millions d’Italiens qui ont fait montre d’une discipline inattendue. 

Malgré l’inquiétude et les pressions du patronat, la mesure a été prolongée jusqu’au 3 mai. Au Royaume-Uni, maintenant que leur premier ministre est tiré d’affaire - grâce à un infirmier portugais et un respirateur allemand - les Britanniques connaîtront demain le calendrier décidé par le gouvernement. Le confinement durera au moins 3 semaines supplémentaires car l’épidémie flambe et ses ravages pourraient rejoindre, sinon dépasser, les chiffres de l’Italie. À lire la presse britannique, qui s’attarde peu comme d’habitude sur le cas français, sauf pour en souligner les failles, la comparaison avec l’Allemagne est la plus douloureuse pour l’orgueil national : on sait l’efficacité de la riposte germanique grâce aux moyens sanitaires des Länder, à la réactivité du tissu économique et à la sobriété rassurante de Madame Merkel, "Mutte", la figure maternelle qui a reconquis une bonne partie de son crédit politique et qui parlera à la télévision ce soir. 

Que se passe-t-il aux Pays-Bas, où les dirigeants ont fait un temps le pari de laisser courir le virus pour obtenir une immunité partielle de la population, provoquant l’inquiétude de leurs voisins belges et danois ? Tout en évitant de prononcer le mot, Mark Ruttke, le premier ministre, a imposé un confinement de fait sans limitation de durée. De leur côté, les Belges apprendront aujourd’hui qu’ils devront rester chez eux jusqu’au 3 mai.

Sempiternelles Cassandre

Les angoisses et les polémiques auront été à peu près les mêmes partout en Europe concernant les masques, les tests, les respirateurs, les traitements, les conséquences économiques, la vie d’après. Partout, on constate la même frilosité, les mêmes difficultés à concevoir le retour à ce qui paraissait la norme il y a quelques semaines encore. 

La Commission européenne voulait éviter que la levée des restrictions se fasse en ordre dispersé. Impossible puisqu’elle n’a aucune autorité en la matière et que chaque pays réagit selon le calendrier et l’échelle qui lui sont propres. Une fois le confinement allégé ou supprimé, risque-t-on un rebond de la pandémie au sein de l’espace Schengen malgré les mesures de protection renforcée partout mises en place ? Les échanges de marchandises rependront plus vite que la circulation des personnes. Télétravail et visioconférences auront prouvé l’inutilité de nombre de déplacements professionnels. Sauf à imaginer une ruée vers les lacs autrichiens si les capacités hôtelières y sont rétablies avant que l’accès à nos plages ne soit à nouveau autorisé, le tourisme sera durablement ralenti. 

Le coronavirus a donné aux sempiternelles Cassandre l’occasion d’annoncer une fois de plus le trépas du projet européen. On a vu les réticences néerlandaises et même allemandes, heureusement balayées la semaine dernière, à édifier un front budgétaire et financier commun pour faire face à la catastrophe qui déferle sur nos économies. La Commission a réagi avec vigueur avec les outils dont elle dispose. Espérons que le Conseil des chefs d’état et de gouvernement qui aura lieu la semaine prochaine, le 23 avril, se montrera à la hauteur d’un défi sans précédent dans l’histoire mouvementée de l’Union.