Vivre au temps du Covid-19
Vivre au temps du Covid-19
Vivre au temps du Covid-19 ©AFP - NICOLAS ASFOURI
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Résumé

Guillaume Erner, à l'aide des sciences sociales, éclaire quotidiennement l'actualité du Covid-19. Alors que la dictature de l'urgence est morte, le producteur des Matins observe que nous n'en faisons pas plus que d'habitude.

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Nous vivons des jours passionnants. Oui, bien sur, je ne suis pas dupe  : je sais bien que derrière ce coté passionnant, il y a surtout un coté effrayant, mais celui-ci, il est tellement évident que je n'ai pas besoin de développer pour vous en convaincre. 

2,6 milliards d'individus à l'arrêt

Mais en dehors de la menace qui rode, pour la première fois, nous voilà pour une bonne part d'entre nous complètement à l'arrêt, près de 2,6 milliards d'individus, puisque l'Inde vient de rejoindre le mouvement – ou plutôt l'absence de mouvement. D'ailleurs la citation la plus citée du moment, la plus usée donc, est celle où Pascal explique que «  Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans leur chambre  ». Effectivement, si nous étions plus contemplatif, cette période serait probablement plus facile à passer. 

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Notons toutefois que Pascal n'a pas évoqué l'obligation de rester au repos dans une chambre entouré de 1, 2, ou 3 enfants, plus parfois, à qui il faut faire faire des dictées voire réviser des tables de multiplication et ainsi de suite. Pour beaucoup d'entre nous, le confinement a un petit côté lutte des classes, ou plus exactement, lutte pour faire la classe. Mais si l'on omet le temps consacré à l'étude, pour ceux qui n'ont pas encore lâché l'affaire, si l'on considère aussi tous ceux qui ont de grands enfants et ne comprennent donc plus les différents devoirs qui leurs sont infligés, eh bien en dehors de cela, beaucoup d'entre nous se retrouvent avec une sous-charge significative de travail. 

C'est tous les jours la semaine des quatre jeudi comme on disait auparavant

C'est très précisément la fin de la dictature de l'urgence, ce dictateur-là est complètement mort, plus rien ne presse, nous pouvons nous laisser aller à des robinsonnades d'appartement, c'est tous les jours la semaine des quatre jeudi comme on disait auparavant. Eh bien vous savez quoi  ? Il ne se passe rien. De la même façon que le silence des espaces infinis peut effrayer, nous n'en faisons pas plus que d'ordinaire. A ma connaissance, personne n'a profité de cette première semaine de confinement pour terminer de lire Proust, ou bien au contraire pour écrire Proust. Si nous ne traînons pas encore lamentablement en chaussettes et pyjama, c'est grâce au semblant de surmoi qui nous reste, souvenir de Robinson Crusoé qui avait emporté avec lui sur son île déserte le carcan de l’Angleterre victorienne. 

Même si nous ne faisons rien ou presque, la procrastination demeure

Mais le plus étrange c'est que le confinement ne nous rend pas moins débordé pour autant, même si nous ne faisons rien ou presque, la procrastination demeure. Je sais bien qu'il existe des disciples de Marie Kando, la prêtresse du rangement, des surfemmes et des surhommes qui en profitent pour tout ranger, mais le reste de l'humanité procrastine, peut être parce que ce 25 mars c'est la Journée mondiale de la procrastination. 

En savoir plus : Petit éloge de la procrastination

Et oui, aujourd'hui vous pouvez vous glorifier de tout remettre à demain, c'est le Premier ministre qui vous l'a dit, pourtant d'ordinaire un héraut du productivisme  : "Cela va durer plusieurs semaines..." Pourquoi faire aujourd'hui ce que l'on aura déjà beaucoup de temps pour l'accomplir demain ? 

Tenez par exemple, lire ou relire Proust, Proust qui écrivait notamment dans la Recherche : "Les difficultés que ma santé, mon indécision, ma «  procrastination  », comme disait Saint-Loup, mettaient à réaliser n'importe quoi, m'avaient fait remettre de jour en jour, de mois en mois, d'année en année, l'éclaircissement de certains soupçons comme l'accomplissement de certains désirs ". Peut-être vous ai-je aidé dans votre programme de demain  : cela fera une phrase de Proust en moins à lire ... 

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Guillaume Erner
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