Comment les élèves vivent-ils la suppression des épreuves finales du baccalauréat? ©Getty -  Chris Ryan
Comment les élèves vivent-ils la suppression des épreuves finales du baccalauréat? ©Getty - Chris Ryan
Comment les élèves vivent-ils la suppression des épreuves finales du baccalauréat? ©Getty - Chris Ryan
Publicité
Résumé

Le vendredi 3 avril dernier, le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, annonçait la suppression des épreuves de fin d’année du baccalauréat et leur remplacement par le contrôle continu : entre soulagement et interrogations légitimes, quel effet l'annonce de cette mesure exceptionnelle a-t-elle eu sur les élèves? Et comment envisagent-ils l'avenir dans cette période si singulière?

En savoir plus

Ce 12 mai, les élèves des écoles maternelles et élémentaires reprennent le chemin de leur classe pour une rentrée parcellaire et progressive… Mais d’autres ont quitté l’école pour toujours, sans s’y attendre, le 13 mars dernier : ce sont les lycéens de terminale. Ils ne reviendront pas au lycée, ou presque pas, et pas dans les conditions normales, d'autant que le baccalauréat 2020 sera obtenu en fonction du contrôle continu.

C’est le cas d'Helléa. Je l’ai rencontrée au pied de mon immeuble où elle surveille parfois son frère et sa sœur qui prennent l’air quand elle est chez son père  - son prestigieux lycée se situe dans un autre quartier. Helléa a partagé avec moi ses impressions sur cette année particulière, elle m’a aussi confié ses projets d’avenir et ses engagements...

Publicité

Louise Tourret : Comment te sens-tu aujourd’hui?

Helléa : J’ai l’impression que cette année, il s’est passé vraiment beaucoup d'événements, qu’on arrive à une époque complètement différente, il y a déjà eu la réforme des retraites durant laquelle je suis pas trop allée en cours, là il y a le coronavirus, le confinement etc. Et puis finalement, on apprend que le baccalauréat est supprimé, que ce qui est censé être l’examen qui vient valider toutes ces années de collège et de lycée, est finalement supprimé. Personnellement, cela m’arrange…

LT : Quel effet cela t’a fait de savoir que tu avais déjà le bac ?

H : Alors en soi, je ne suis pas encore vraiment titulaire du bac... Cela se jouera surtout à la motivation et à l’assiduité jusqu’au 4 juillet, donc je saurai seulement à ce moment-là si je l’ai, même si c’est vrai que c’est plus facile de l’obtenir techniquement de cette manière. J’étais très heureuse quand j’ai entendu que les épreuves finales du baccalauréat étaient annulées. Cette annonce de Jean-Michel Blanquer, c’était un peu ce que j’attendais comme conséquence "positive" du coronavirus, si je peux m'exprimer ainsi. D’après ce que j’ai compris, la période du confinement ne sera pas comptée dans l'obtention du bac, ni les notes, ni l’assiduité. Ce qui sera décisif, ce sera plutôt la période après le confinement, jusqu’au 4 juillet il faudra faire preuve d'assiduité même si les cours sont à distance, ne pas partir en vacances avant.

59 min

LT : Dans ce contexte particulier, avoir de bonnes relations avec tes enseignants devient-il plus important ? Ont-ils un pouvoir sur toi différent de celui qu'aurait impliqué un examen anonyme ?

H : Oui, j’y ai un petit peu réfléchi et c’est en partie vrai, mais d’un autre côté, le but de chacun des professeurs et de chaque lycée est quand même malgré tout d’avoir le plus d’élèves qui sont reçus au baccalauréat, particulièrement dans le lycée où je suis. Si quelqu’un n’a pas le bac, ça casse toutes les statistiques, donc en soi je ne me fais pas trop de soucis. 

LT : Comment cela s’est passé en terminale avec ces classes virtuelles ?

H : En fait, nous avons eu deux types de professeurs, qui ont géré différemment la situation : certains nous ont proposé des cours virtuels, notamment en espagnol et en philosophie, mais nous n'étions pas obligés d’y assister et ils nous envoyaient quoi qu'il arrive toujours les cours par mail, tandis que d'autres n’ont fait aucun suivi. Ils nous ont juste dit que nous avions des choses à préparer pour le bac. Par exemple, en anglais, nous devions préparer 4 oraux de 10 minutes mais le professeur a finalement annulé ces devoirs, par conséquent nous n’aurons pas eu de cours d’anglais durant toute la durée du confinement car il ne sait pas trop comment procéder sans le bac...

8 min

LT : De ce fait, tu travailles ou pas ?

H : Non, pas trop. Après, de temps en temps j’ai bien sûr des contrôles ou une dissertation à faire, et même si je mets du temps à m’y mettre je finis par le faire, mais en dehors de ça non je ne travaille pas beaucoup.

LT : Est-ce que ces événements t’ont fait réfléchir à ta scolarité ?

H : En réalité j'ai surtout repensé au fait que, quand je suis arrivée au collège en 6ème, 5ème, j’étais déjà stressée par le bac, je me souviens que j’étais très sérieuse, très portée sur les études, et que du coup à chaque fois que j’avais une mauvaise note je pensais "Oh non je vais pas avoir mon bac !" Ensuite, je suis arrivée au lycée et j’ai commencé un peu à me désintéresser des études, et petit à petit, cette année, en terminale, de décembre à mi-janvier au moment de la réforme des retraites, j'ai manqué les cours. A ce moment-là, je me suis dit "Cela fait 7 ans que je prépare le bac et j’ai un peu ruiné mes chances de l’avoir". Et finalement à la fin de l’année, on le supprime. J'ai l'impression que c’est un peu un coup de pouce du destin, parce que là, c’est beaucoup plus facile de l'obtenir et je suis beaucoup moins stressée...

LT : Est-ce que cette période particulière change quelque chose à tes projets ? 

H : Je comptais faire une ou plusieurs années de césure et un service civique à l’étranger, à priori en Amérique du Sud, j’aimerais bien aller en Colombie, en Argentine ou au Chili. Après, je me suis tout de même inscrite sur Parcoursup, même si je ne suis pas certaine d’être rentrée dans un an... J’ai choisi des études théâtrales parce que c’est une de mes passions, ainsi que des études de langues parce que j’ai vraiment envie de voyager - je ne fais pas ces études dans l’optique d’avoir un métier mais plutôt parce que cela m’intéresse vraiment. Mais c’est certain que la crise du coronavirus risque d'influencer mes projets du fait que, pour l’instant, les frontières sont fermées et qu'on ne connait pas trop l’évolution des choses. On est un peu pris au dépourvu et je me pose beaucoup de questions : est-ce que je vais vraiment pouvoir partir à l'étranger dans 6 mois ? Est-ce que les frontières seront rouvertes ?

31 min

LT : Que voudrais-tu faire plus tard ? 

H : A long terme, j’aimerais mettre en place une ferme autogérée, en permaculture, pour pouvoir vivre dans mon propre monde sans le capitalisme, pouvoir ne dépendre que de moi-même et pas de cette société qui n’est pas vraiment en accord avec mes valeurs et mes opinions. 

LT : On parle beaucoup d’alimentation en ce moment. Est-ce que cette crise, qui n’est pas seulement sanitaire, te renforce dans tes choix ? 

H : Pas vraiment puisque cela fait longtemps que je suis persuadée que je ne pourrai pas vivre dans cette société. Même si j’ai quand même envie de voyager avant pour découvrir un peu le monde, je suis assez persuadée que le monde tel qu’il est ne pourra pas me convenir surtout avec la mondialisation qui fait que la société a tendance à s’uniformiser, je ne suis pas sûre de découvrir quelque chose qui me donnerait envie de rester dans cette société-là... Donc, je sais que la réponse, c’est créer ma propre société, mon propre monde. Je suis convaincue qu’un jour, il faudra que je parte, et la ferme autogérée me semble le projet le plus logique depuis longtemps. Mais c'est certain que le coronavirus - et toutes les crises qui l’accompagnent - me démontrent effectivement que je n’ai pas tort...

8 min

LT : Penses-tu que cette crise puisse mobiliser la jeunesse ?

H : Il y a toute une partie de la jeunesse qui est plus mobilisée que les adultes. L'adolescence, c’est un peu l’âge où on commence à se politiser, on a la rage et on a envie de se battre, d’aller dans les manifestations, etc. Donc oui, il y a déjà pas mal de jeunes qui sont mobilisés et j’espère que ça pourra les réveiller encore plus, mais je n’en suis pas certaine.

Références

L'équipe

Louise Tourret
Louise Tourret
Louise Tourret
Production