Notre incapacité à reconnaître que la vie et la mort peuvent ne pas avoir de sens, notamment en période d'épidémie nous permet de se questionner sur la rationalité des uns et des autres •
Notre incapacité à reconnaître que la vie et la mort peuvent ne pas avoir de sens, notamment en période d'épidémie nous permet de se questionner sur la rationalité des uns et des autres • ©Getty - sorbetto
Notre incapacité à reconnaître que la vie et la mort peuvent ne pas avoir de sens, notamment en période d'épidémie nous permet de se questionner sur la rationalité des uns et des autres • ©Getty - sorbetto
Notre incapacité à reconnaître que la vie et la mort peuvent ne pas avoir de sens, notamment en période d'épidémie nous permet de se questionner sur la rationalité des uns et des autres • ©Getty - sorbetto
Publicité

Guillaume Erner, à l'aide des sciences sociales, éclairera quotidiennement l'actualité du Covid-19. Il revient sur les propos d'Hani Ramadan, directeur du Centre islamique de Genève, qui assure que les hommes, en se livrant à la "turpitude", déclenchent des épidémies nouvelles.

Ravi de vous retrouver pour cette humeur du jour. Je vais essayer quotidiennement d'explorer ce que cette fichu saloperie - je suis sûr que vous voyez de quoi je parle - comment éclairer cette saloperie non pas par les sciences exactes, je ne suis ni médecin ni épidémiologiste, mais par les sciences sociales, en général, de la sociologie à la psychologie sociale.

Fornication et adultère ont créé le coronavirus, selon le frère de Tariq Ramadan

Et aujourd'hui ce qui m’intéresse, c'est une remarque d'Hani Ramadan, directeur du centre islamique de Genève. Si j'en crois le site du magazine Le Point, Hani Ramadan assure que les hommes en se livrant à la "turpitude" déclenchent des épidémies nouvelles. Ce n'est évidemment pas gentil pour son frère. Je ne sais pas dans quelle mesure Hani Ramadan a songé à Tariq Ramadan et à ses "turpitudes" avant d'évoquer cette causalité, une causalité jusqu'ici rarement retenue par les épidémiologistes... Alors bien sur on pourrait considérer qu'il s'agit uniquement d'une sottise de plus, proférée à une époque ou les sottises ne sont pas rares... Mais précisément, Hani Ramadan n'est pas le seul à avoir eu cette lecture, comment dire, "divine" de l'épidémie. 

Publicité

"Locus of control", le hasard n'existe pas dans la vie sociale

Le sémillant théologien irakien Hadi al-Modarresi a également livré des conclusions similaires, concernant le Coronavirus. Pour lui, le virus est une "punition envoyée par Allah aux chinois qui maltraitent l'islam et les musulmans". Deux sottises identiques, ce ne sont plus des sottises isolées mais une manière de voir, et finalement une manière de voir assez classique. Figurez vous qu'elle à un nom en sciences sociales. Le principe qui consiste à attribuer un méfait, par exemple une maladie, à une punition divine, ou bien à une mauvaise action, eh bien ce principe à un nom, il s'agit du "locus of control". Selon la théorie du "locus of control", il n'y a pas de hasard dans la vie sociale. Si vous êtes malade, c'est que vous l'avez cherché. Il y a des versions hard du "locus of control", par exemple cette version théologique, et un peu rudimentaire il faut bien le dire, mais il y a aussi des versions plus sophistiquées, celles qui considèrent par exemple que les gens malades se sont comportés de manière imprudente, ou bien pâtissent d'une mauvaise hygiène de vie. Le "locus of control" est par ailleurs une manière de voir profondément ambivalente. En un sens, c'est une vision parfaitement obscurantiste de la vie humaine. Elle signifie uniquement que l'on reçoit de bon ou de mauvais points en fonction de son comportement, que les avanies qui nous touchent ne sont finalement que les rétributions de nos péchés ou bien au contraire, les bienfaits conséquence de notre vertu. Mais cette vision obscurantiste est aussi une forme particulière de rationalité, comme s'il y avait des causes à tout, comme si tout était explicable. Ce qui n'est pas forcément le cas, bien sûr, puisqu'il existe bien sur des cas ou ce qui prédomine, c'est le hasard, l'inconnu, l'inexplicable.

Le "locus of control" c'est cela, l'alliance finalement bien étrange d'une pensée irrationaliste et d'un principe de causalité aux pouvoirs infinis. Rien n'est trop mystérieux pour ceux qui pratiquent le plus souvent sans le savoir, la théorie du "locus of control". Au fait, le théologien irakien dont je vous parlais, Hadi al-Modarresi, il a été lui même atteint par le virus.

L'équipe

Guillaume Erner
Guillaume Erner
Guillaume Erner
Production